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Par Meryem Saadi
Rétro. Les années Yankees
En débarquant en 1942, les soldats américains apportent armes, chewing-gums, cigarettes et jazz. Pendant 30 ans, sur fond de guerre et de farniente, les Marocains succombent au charme US.
Octobre 1942, au large des Bermudes. Une centaine de navires de lUS Navy, avec à leur bord 350 000 hommes, se dirigent vers les côtes marocaines. Cette impressionnante armada fait partie de lOpération Torch, lancée par le président Franklin Roosevelt pour déstabiliser la France du Maréchal Pétain - allié du régime nazi - en débarquant |
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simultanément au Maroc et en Algérie. Mission accomplie, durant la nuit du 7 au 8 novembre 1942. Les troupes américaines arrivent à la fois au port de Casablanca, mais aussi à Safi, Mohammedia et Mehdia (plage de lactuelle ville de Kénitra). Des avions survolent Casablanca en lâchant des milliers de tracts, rédigés en arabe et en français, dans lesquels le général Eisenhower (futur président des Etats-Unis, à lépoque en charge de lOpération Torch) demande à la population marocaine de ne pas prendre les armes contre ses hommes. Le message passe. Sauf que les boys sont accueillis à coups de canon par les généraux du régime de Vichy, qui navaient aucune intention de livrer le Maroc aux forces alliées sans se battre. Sensuivront trois jours de bombardements au large de la côte Atlantique, mais aussi sur Casablanca et Mohammedia, faisant des milliers de morts : des militaires américains et français, mais aussi des civils marocains. Larmée de Vichy finit par déposer les armes et le résident général Noguès fuit vers le Portugal. Presque sans transition, lhistorique amitié maroco-américaine vire à la passion.
In America we trust
Même si les Marocains ont été traumatisés par leur première expérience des bombardements, ils ont tout de suite sympathisé avec les militaires américains, quils considéraient réellement comme des libérateurs, explique lhistorien Maâti Monjib. Cest surtout le cas des juifs marocains, qui vivaient depuis des mois dans la hantise dêtre finalement déportés, malgré les efforts de Mohammed V pour les protéger. Lorsque les Américains défilent dans les grandes avenues de Casablanca, ils sont accueillis comme de véritables héros par les habitants. Les Boys nhésitent pas à distribuer bonbons, chocolats, chewing-gums et Coca-cola à la population locale, habituée depuis plusieurs années à la disette, ravie de découvrir ces nouveaux produits.
Les mois qui suivent larrivée des troupes yankees sont riches en événements. Du 14 au 24 janvier 1943, la plus grande ville du Maroc abrite la Conférence dAnfa, rendez-vous historique qui réunit Franklin Roosevelt, Winston Churchill, le général De Gaulle ainsi que Mohammed V. Après les accords qui y sont conclus, Casablanca devient une sorte dentrepôt militaire géant, en plein air. Des milliers de tonnes darmements sont déposées un peu partout, en attendant dêtre envoyées en Tunisie. Les GIs américains choisissent de sinstaller dans une zone de Casablanca pleine de palmiers, doù la mer pouvait être vue. Un quartier quils baptisent California, parce quil leur rappellait étrangement lEtat américain le plus ensoleillé. Le soir, ils sortent beaucoup et ont leurs habitudes dans plusieurs cafés, dancings ou cinémas. Certains endroits voient le jour spécialement pour eux, comme le Seamens Club, situé boulevard Moulay Abderrahman, qui existe toujours plus de 60 ans après sa création.
Ambiance bon enfant
Larmée américaine rapatrie la majorité de ses hommes à la fin de la Deuxième guerre mondiale, en 1945. Mais ils reviennent quelques années plus tard, en 1951. Avec le début de la guerre de Corée, le gouvernement américain a besoin de bases au Maroc, pour servir descales entre lAmérique et lAsie. Larmée US construit des aéroports militaires à Sidi Yahia, Sidi Slimane ou encore à Bouknadel, mais utilise surtout limposante base de Port Lyautey (Kénitra), dont elle sétait déjà servie pendant lOpération Torch. Certains militaires sont mutés avec leurs familles et leurs enfants, quils envoient à lécole de Port Lyautey. Ils profitent au maximum de leur passage dans un pays loin de la Guerre froide, organisent bals et concerts de music made in USA (lire encadré), chassent le gibier, jouent au golf et même au baseball. Devenant très vite des habitués de la plage de Mehdia, ils sont les premiers à surfer sur ses vagues au début des années soixante. Les années que jai passées à Port Lyautey ont été sans aucun doute les plus agréables de ma carrière.
Je noublierai jamais lambiance gaie qui régnait à cette époque là, la beauté des paysages, et la sympathie des Marocains envers nous, écrit Bob, stationné entre 1957 et 1962, sur un site Internet consacré aux anciens militaires américains qui ont fait escale au Maroc. Il fait partie de la dernière vague des Boys à avoir mis les pieds dans le pays. Hassan II a demandé aux Américains de quitter leurs bases quand ils ont reconnu lindépendance de la Mauritanie en 1960, indique Maâti Monjib. Officiellement, la base de Kénitra revient aux mains des Marocains en 1963. Mais en réalité, lévacuation des troupes US ne se fait pas immédiatement. Les derniers militaires américains ne font leurs valises que dans les années 1970. Depuis, les seuls Marines ou GIs que lon peut croiser au Maroc, ne viennent que pour tourner des films de guerre et nont de vrai que leurs uniformes. |
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Casablanca, le film. Entre mythe et réalité
Plus de 60 ans après sa sortie, Casablanca, du réalisateur Michael Curtiz, est toujours considéré comme lun des meilleurs films du cinéma hollywoodien. Sorti aux Etats-Unis en 1943, quelques mois après lOpération Torch, le film permet aux Américains de se faire une idée sur la ville où leurs Boys avaient débarqué. Sauf quaucune scène na été tournée au Maroc. Les réalisateurs se sont inspirés de photographies pour reconstituer un décor en studio, sous le ciel californien, ressemblant à Casablanca. Le résultat est assez crédible, mais il semblerait que Tanger ait également été une source dinspiration. La réalité de Casablanca avait été reconstituée en la confondant avec celle de Tanger, ville internationale où se traitaient tous les trafics, et se croisaient tous les espions dOrient et dOccident, explique lécrivain et journaliste français Bertrand Bellaigue, témoin du débarquement au Maroc. Avec le recul, beaucoup de critiques voient en Casablanca une uvre de propagande, conçue pour remonter le moral des troupes et de la population américaines. Cette love story, sur fond de guerre, connaît un succès immédiat dès sa sortie. Et reste, jusquà présent, la première référence qui vient à lesprit des Américains lorsquil sagit de parler du Maroc. |
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Musique. Influences from USA
Les musiciens marocains ont été sans lombre dun doute fortement influencés par larrivée des Américains. Tout dabord au niveau des textes, puis au niveau des sonorités musicales. Houcine Slaoui est lun des premiers à écrire des chansons sur larrivée des GIs au Maroc. A lépoque, il compose Hdi Rassek (Fais attention) et le célèbre morceau Al Mirikan (Les Américains), devenu une référence du répertoire populaire local, avec la fameuse phrase OK, OK, Come On, Bye Bye. Dans ce dernier titre, Slaoui parle des beaux gars aux yeux bleus, des vieilles qui ont mis des violettes et mâchent du chewing-gum et des petites filles qui ont appris l'américain. Quelques années plus tard, beaucoup de clubs et de music-halls ouvrent leurs portes pour satisfaire les goûts musicaux des Yankees. Nombre de Marocains découvrent alors en avant-première le rocknroll et le rythmnblues, styles encore méconnus en France. Les bases militaires, surtout celle de Kénitra, organisent régulièrement bals et concerts, auxquels participent souvent des musiciens marocains qui y travaillent, ou qui sont amis avec certains militaires. Cest comme cela que des artistes tels que Vigon, Kaki et les Goldens Hands trouvent leur vocation, et donnent à la musique marocaine des années 1960 un coup de fraîcheur indéniable. Et une touche davant-gardisme qui ne sera malheureusement jamais égalée. |
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