N° 367
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

INÉDIT. L’homosexualité expliquée à ma mère
ENQUÊTE. Bienvenue chez les mroud
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Par Mohammed Boudarham

Enquête. Bienvenue chez les mroud

Hamidou Laânigri. (AIC PRESS)

Depuis qu’il a repris en main les Forces auxiliaires, le général Hamidou Laânigri tente d’appliquer les méthodes qu’on lui a connues quand il a dirigé la police et les services secrets. Avec plus ou moins de bonheur.


Lundi 9 mars à Salé. La place mythique de Bab Lemrissa offre un spectacle inédit pour les riverains. Une trentaine de fourgons flambant neufs sont alignés derrière un “bataillon” de près de 400 mroud, ou merda. Non, ce ne sont pas des CMI, abonnés à ce genre de
démonstration de force, mais bien des éléments des Forces auxiliaires de Hamidou Laânigri, aussi fringants que des GUS. Les Slaouis ne comprennent pas la “manœuvre”. “Nous pensions que toutes ces forces étaient venues pour évacuer l’un des bidonvilles du coin…”, témoigne un habitant de la ville. Non, il n’est point question d’évacuer quoi que ce soit. Le show est simplement organisé… pour lancer le redéploiement des hommes de Hamidou Laânigri, appelés à plus d’implication pour assurer l’ordre public, contribuer à la lutte contre la petite criminalité et sévir contre ce qu’un communiqué du ministère de l’Intérieur a désigné par “toutes les formes d’incivilité”. En d’autres termes, les mroud sont là pour se montrer et, accessoirement, participer au maintien de l’ordre. Ce que nous confirme, à sa manière, un gradé des FA (Forces auxiliaires) : “On est là pour appuyer au besoin le travail de la police, qui est un peu débordée dans la majorité des grandes villes”. Concrètement, et c’est une grande nouveauté qui concerne tout le pays, des détachements de 10 à 15 mokhaznis, placés sous l’autorité du caïd de l’arrondissement, patrouilleront désormais dans les rues et pourront même procéder à des “arrestations”. Mission jusque-là assignée à la seule police.

Ça bouge chez les mroud
Vendredi 13 mars, cette fois à Marrakech. Des dizaines de mokhaznis attendent le feu vert du wali, Mounir Chraïbi, pour prendre littéralement d’assaut 27 annexes administratives, 11 caïdats, 8 arrondissements urbains et 3 cercles ruraux de la région Marrakech-Tensift-El Haouz. En plus de 40 véhicules d’intervention, la ville ocre a désormais droit à deux mokhaznis motards chargés de patrouiller dans les ruelles de la vieille Kasba. Pour commencer. En fait, la bougeotte qui s’est emparée du corps des mroud a démarré à Casablanca, dès décembre 2008. Les FA, jusque-là confinées dans les casernes, sont sorties pour “occuper” -le mot n’est pas trop fort- 17 annexes administratives de la ville blanche. Ce n’est qu’un début puisque le phénomène devrait s’étendre à d’autres centres névralgiques du royaume. Après Casablanca, Salé et Marrakech, les mokhaznis-patrouilleurs ont investi Tanger. Avant de s’attaquer, demain, à des villes comme Fès et Meknès.

Selon le ministère de l’Intérieur, un total de 20 opérations similaires est programmé d’ici à fin 2009. Pendant ce temps-là, indique une source à l’Inspection générale des forces auxiliaires (IGFA, qui fait office de direction des FA), les stages de formation vont bon train à l’Ecole de formation des cadres de Benslimane, et au centre dit Lemjaâra, près du barrage Al Wahda dans la région d’Ouezzane. Ces stages de perfectionnement durent en moyenne deux à trois mois. Le but de ces formations accélérées ? Mettre en place des “unités de la garde territoriale”, appellation qui remplace celle d’“unités statiques” (déployées auparavant dans les zones rurales et les municipalités). Composée chacune d’une dizaine d’éléments, les unités mobiles sont commandées par un sous-officier habilité, et c’est une autre nouveauté, à porter une arme à feu. Le reste du détachement est muni de menottes et de la classique matraque, dite zarouata, dont l’image colle depuis toujours aux mroud. Résultat des courses : aujourd’hui, une unité de mokhaznis peut parfaitement procéder à une arrestation, et placer un prévenu en détention le temps que le caïd, investi du statut d’officier de la police judiciaire, établisse un PV pour le déférer devant la justice. Le tout dans l’objectif théorique de soulager le corps de la police, de plus en plus sollicité par des soucis liés à la petite criminalité.

Pressé, pressé, le général
L’opération de redéploiement, qui marque le retour au premier plan du général Laânigri, aurait-elle été orchestrée de manière hâtive ? Des sources de l’IGFA affirment que plusieurs aspects, liés à la préparation, devaient être tranchés avant de passer à l’action. C’est notamment le cas pour les annexes administratives (en fait, des dépendances des arrondissements) qui doivent servir de siège pour tout détachement, avec bureaux et moyens de communication. “Les éléments des FA se retrouvent à l’étroit dans les locaux des annexes qui sont loués par l’Etat”, explique un agent d’autorité à Casablanca. Parce que rien n’est simple : dans la majorité des cas, prévoir une geôle, dans des locaux déjà exigus, n’est pas aisé. Du coup, détenir des prévenus, et donc décongestionner les commissariats, devient un objectif compromis.

Autre épine dans le pied des FA : les effectifs. Leur nombre (lire encadré) reste insuffisant, comparé aux objectifs du général Laânigri. “En plus, tous les départs à la retraite ne sont pas automatiquement remplacés”, relève une source aux FA. Question, alors : comment fait Laânigri pour investir les rues, avec son armada de mroud nouvelle génération ? Réponse : il recycle les anciens mokhaznis, tout simplement. Le général a une autre casserole sur le feu : les mroud exigent une augmentation salariale beaucoup plus conséquente que les centaines de dirhams de plus qui atterrissent mensuellement dans leur compte bancaire, depuis la publication d’un décret sur le Bulletin officiel. On le voit bien, tout n’est pas rose chez les mroud. Et Laânigri, échaudé par l’échec de l’opération GUS, tient à rectifier le tir. C’est ce qu’on assure dans son premier entourage. “Non, non, les mokhaznis déployés dans les villes ont été formés pour éviter les dérapages lors de leurs interventions. La hiérarchie nous a transmis un message très clair à ce sujet : zéro tolérance envers ceux parmi les mokhaznis qui pourraient déborder du cadre de leurs nouvelles missions”, déclame fièrement un officier à l’IGFA.

Et les droits de l’homme ?
Où tout cela nous mènera-t-il ? Il est sans doute trop tôt pour y répondre. Ce qui est sûr, par contre, c’est que le nouveau plan de Hamidou Laânigri suscite déjà des motifs d’inquiétude chez les militants des droits humains. “Nous avons des appréhensions quant à la manière dont les nouvelles unités de mokhaznis vont agir face à la grogne des masses populaires et aux éventuelles manifestations sur la place publique”, explique Abdeslam Adib, qui dirige la section de l’AMDH (Association marocaine des droits humains) à Rabat. Ce que notre interlocuteur laisse clairement entendre, sans le dire ouvertement, le voilà donc : si Laânigri applique, avec les mroud, les mêmes recettes qu’avec les services de la DST quand il s’en occupait, il s’attirera très vite l’hostilité des associations des droits de l’homme. Entre autres.

  [Voir carte]



Stat’. Les mroud en chiffres

Avec la réforme entamée par le général Hamidou Laânigri, les Forces auxiliaires, près de 45 000 hommes au total, seront présentes dans toutes les entités administratives : caïdats, pachaliks, arrondissements, etc. En plus, bien entendu, des casernes qui sont en place dans les grandes villes. A côté des toutes nouvelles unités dites “de la garde territoriale”, composées chacune d’une dizaine d’éléments, les unités stationnées dans les casernes sont composées en moyenne de 120 mokhaznis. Les déplacements de ces unités se font avec le feu vert de l’Inspection générale des Forces auxiliaires, sise au quartier ministériel de l’Agdal à Rabat. Les changements en cours affectent aussi la répartition géographique des casernes. Exemple : dans le Moyen-Atlas, à Zaïda près de Midelt, la caserne des F.A est presque déserte. Parce que les unités qui s’y trouvaient ont été déplacées à Meknès. Reste à signaler, pour la fin, que près du tiers des effectifs des Mroud est basé au Sahara, essentiellement près du Mur de défense construit par l’armée marocaine. A signaler aussi que le cycle des réformes avait commencé bien avant Laânigri, quand, à la fin des années 1990, les F.A ont été investies de nouvelles missions qualifiées de “plus sensibles”: la lutte contre le trafic de drogue et l’immigration clandestine. C’est ce qui explique un déploiement, en milliers d’hommes, sur les frontières méditerranéennes du royaume.



Laânigri. Le patron est un pur people

Même s’il a entrepris un toilettage de fond en comble des Forces auxiliaires, le général se fait plutôt discret sur le terrain. Il reste à l’abri des caméras et délègue la conduite des opérations de déploiement au colonel Mohamed Boukharta, chargé de la division armement et matériel et qui a toute la confiance du “patron”. Le général a de quoi s’occuper, gérant directement d’autres dossiers affectant le plus vieux “corps d’armée” du pays. Exemple : la réforme des statuts régissant les Forces auxiliaires, dont la dernière mouture, aujourd’hui obsolète, remonte à 1973. Laânigri supervise d’autre actions, comme la mise au point… du nouvel uniforme que porteront les 45 000 mroud du pays. Un “projet” qui devrait révolutionner, à sa manière, l’image des mokhaznis. Le général plancherait même sur une nouvelle dénomination pour les FA, pour laquelle il semble déjà avoir obtenu le feu vert du Palais. Sans oublier que le général a décidé, dès son arrivée en 2006, de fondre les zones nord et sud en une seule et même zone. Le colonel Haddou Hajjar, ancien inspecteur pour la zone Sud (de Bouznika à Lagouira) a été mis au placard après une promotion au grade de général. Quant à l’ancien patron de la zone Nord (de Skhirat à Tanger), le colonel-major Boubker El Mounzil, il a été mis à l’écart pour sa présumée implication dans l’affaire Bin Louidane, en 2007. Last but not least : en plus de ses nombreuses missions officielles, Hamidou Laânigri est devenu, aussi, un mondain. Il fréquente les expos et les salles de vernissage. Un vrai people dans son genre.

 
 
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