N° 367
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Karim Boukhari

Au bistrot, camarades

Karim Boukhari
k.boukhari@telquel.info
(DR)

Nos amis de l’Apell (Association pour la promotion de l’édition, du livre et de la lecture) ont eu la bonne idée de nous inviter, et vous aussi, si vous le voulez bien, au café littéraire qu’il tiennent le 7 avril au bistrot du Pietri à Rabat. C’est ce que dit le carton d’invitation. Au menu du soir, Edmond Amran El Maleh, auteur de Zrirek (Le Fennec, 1999), écrivain que l’on pourrait qualifier de doux et lucide. Il a 92 ans, toutes ses dents et il y croit encore. N’est-ce pas joli comme tout ? Donc, nos amis du livre, qui existent depuis trois, quatre ans, se rappellent que la lecture va mal, et qu’il va falloir aller chercher les lecteurs là où ils se trouvent : dans les bistrots par exemple. A écouter du jazz, comme au
Pietri. Ou à compter les mouches et à rêvasser en enchaînant les liqueurs on the rocks. Ecoutons Bichr Bennani, fondateur de Tarik éditions (Cellule 10, Héros sans gloire) et dirigeant de l’Apell : “Il y a encore deux ans, mes tirages moyens étaient de 3 à 4000 exemplaires, aujourd’hui je tire entre 1000 et 1500”. La maison Tarik cherche des lecteurs, elle qui a fleuri quand, dans l’immédiat après-Hassan II, les Marocains se sont découvert un goût pour la littérature carcérale et tous ces vocables qui nous paraissent aujourd’hui étrangement désuets : années de plomb, tortures, putschs, etc. Bien sûr, le problème ne s’arrête pas à la seule Tarik éditions. Au moment où le Maroc se développe, lit la presse, goûte à la proximité via les talk-shows à la télévision, au moment où ce pays bizarre qui est le nôtre explose la blogosphère sur Internet, les éditeurs n’arrivent plus qu’à écouler des livres scolaires ou des manuels pour décorer son intérieur ou mener sa grossesse à terme. Un best-seller, aujourd’hui, c’est du 1000 exemplaires. Au-delà, c’est un carton. En deçà, ce n’est même pas un échec. Juste normal. Alors on va tous aller au bistrot, pour toutes les raisons du monde. Rabat, Casablanca, Marrakech, Tanger, etc. Et on fermera les poignets. Et on rêvera. Et on oubliera que l’on n’a peut-être pas les éditeurs qu’un pays en voie de développement et de Nayda mérite. A la vôtre !

Journée de deuil personnel

Même si vous n’aimez pas le foot, vous devez vous demander : mais comment est-ce que le Maroc a pu perdre contre le Gabon à Casablanca ? C’est toujours comme ça. On n’aime pas quand un pays politiquement et économiquement petit, ou supposé comme tel, nous fait la leçon. Et chez nous. Chauvinisme, nationalisme ou strabisme, toutes les raisons sont bonnes pour crier au scandale, à la honte. Quand on perd le Gabon, on gronde ses enfants, on congédie sa femme de ménage et on décrète journée de deuil personnel. Le foot, c’est de la sociologie. Je voudrais juste attirer votre attention sur un petit plus, un bonus pêché dans la presse sportive, écrite et parlée. Zaza, le portier marocain, a eu droit à ce commentaire chez nos confrères d’Al Mountakhab : “Il est coupable sur le deuxième but du Gabon, même s’il a arrêté quelques balles décisives”. En France, en Angleterre ou dans n’importe quelle démocratie du foot, Zaza aurait eu droit à un tout autre commentaire : “Il a arrêté des balles décisives, même s’il est coupable sur le deuxième but”. Question de point de vue. Selon que l’on soit ici, ou là-bas, cela change du tout au tout. Le football, ce n’est qu’un détail. Que l’on manie la plume, le ballon rond, ou les ustensiles de cuisine, le principe est le même : il suffit que tu rates un détail, un but, une info ou un plat de chez pépé et mémé pour te faire jeter comme un malpropre. Oui, mon ami.

Général sur le gril

Au café du coin, vous savez, là où les tables comme le service et le café sont aussi pourris que le bois après la saison des pluies, on débat à bâtons rompus du thème du jour. Pas n’importe lequel, s’il vous plaît : le départ du général Housni Benslimane. “C’est un général de corps d’armée, il ne peut pas partir”. “Sa démission est un suicide”. “Si le général quitte le football, il quittera la gendarmerie aussi”. On en est là. Benslimane ne présidera plus aux destinées du football marocain à partir du 14 avril, date de l’assemblée générale de la Fédération. Encore une fois, gommez le foot, mettez ce que vous voulez à la place. Cela reste valable. C’est ce qu’on pense au café du coin, là où le service est pourri, et le noss noss aussi. Les buveurs de substances licites ne sont ni plus, ni moins futés que la moyenne nationale. Ils ont juste compris ce qui est à la portée du premier venu : ici, tout est lié. Quand Driss Basri a été limogé, en son temps, de la Fédération de golf, ces gens-là, comme chantait l’autre, ont pronostiqué la mort politique de l’enfant de Zettat. Ils ont vu juste puisque Basri, quelques semaines plus tard, a quitté la politique après le golf et bien d’autres luxes. Alors, Benslimane aussi ?

 
 
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