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Par Karim Boukhari
Au bistrot, camarades
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Karim Boukhari
k.boukhari@telquel.info
(DR)
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| Nos amis de lApell (Association pour la promotion de lédition, du livre et de la lecture) ont eu la bonne idée de nous inviter, et vous aussi, si vous le voulez bien, au café littéraire quil tiennent le 7 avril au bistrot du Pietri à Rabat. Cest ce que dit le carton dinvitation. Au menu du soir, Edmond Amran El Maleh, auteur de Zrirek (Le Fennec, 1999), écrivain que lon pourrait qualifier de doux et lucide. Il a 92 ans, toutes ses dents et il y croit encore. Nest-ce pas joli comme tout ? Donc, nos amis du livre, qui existent depuis trois, quatre ans, se rappellent que la lecture va mal, et quil va falloir aller chercher les lecteurs là où ils se trouvent : dans les bistrots par exemple. A écouter du jazz, comme au |
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Pietri. Ou à compter les mouches et à rêvasser en enchaînant les liqueurs on the rocks. Ecoutons Bichr Bennani, fondateur de Tarik éditions (Cellule 10, Héros sans gloire) et dirigeant de lApell : Il y a encore deux ans, mes tirages moyens étaient de 3 à 4000 exemplaires, aujourdhui je tire entre 1000 et 1500. La maison Tarik cherche des lecteurs, elle qui a fleuri quand, dans limmédiat après-Hassan II, les Marocains se sont découvert un goût pour la littérature carcérale et tous ces vocables qui nous paraissent aujourdhui étrangement désuets : années de plomb, tortures, putschs, etc. Bien sûr, le problème ne sarrête pas à la seule Tarik éditions. Au moment où le Maroc se développe, lit la presse, goûte à la proximité via les talk-shows à la télévision, au moment où ce pays bizarre qui est le nôtre explose la blogosphère sur Internet, les éditeurs narrivent plus quà écouler des livres scolaires ou des manuels pour décorer son intérieur ou mener sa grossesse à terme. Un best-seller, aujourdhui, cest du 1000 exemplaires. Au-delà, cest un carton. En deçà, ce nest même pas un échec. Juste normal. Alors on va tous aller au bistrot, pour toutes les raisons du monde. Rabat, Casablanca, Marrakech, Tanger, etc. Et on fermera les poignets. Et on rêvera. Et on oubliera que lon na peut-être pas les éditeurs quun pays en voie de développement et de Nayda mérite. A la vôtre !
Journée de deuil personnel
Même si vous naimez pas le foot, vous devez vous demander : mais comment est-ce que le Maroc a pu perdre contre le Gabon à Casablanca ? Cest toujours comme ça. On naime pas quand un pays politiquement et économiquement petit, ou supposé comme tel, nous fait la leçon. Et chez nous. Chauvinisme, nationalisme ou strabisme, toutes les raisons sont bonnes pour crier au scandale, à la honte. Quand on perd le Gabon, on gronde ses enfants, on congédie sa femme de ménage et on décrète journée de deuil personnel. Le foot, cest de la sociologie. Je voudrais juste attirer votre attention sur un petit plus, un bonus pêché dans la presse sportive, écrite et parlée. Zaza, le portier marocain, a eu droit à ce commentaire chez nos confrères dAl Mountakhab : Il est coupable sur le deuxième but du Gabon, même sil a arrêté quelques balles décisives. En France, en Angleterre ou dans nimporte quelle démocratie du foot, Zaza aurait eu droit à un tout autre commentaire : Il a arrêté des balles décisives, même sil est coupable sur le deuxième but. Question de point de vue. Selon que lon soit ici, ou là-bas, cela change du tout au tout. Le football, ce nest quun détail. Que lon manie la plume, le ballon rond, ou les ustensiles de cuisine, le principe est le même : il suffit que tu rates un détail, un but, une info ou un plat de chez pépé et mémé pour te faire jeter comme un malpropre. Oui, mon ami.
Général sur le gril
Au café du coin, vous savez, là où les tables comme le service et le café sont aussi pourris que le bois après la saison des pluies, on débat à bâtons rompus du thème du jour. Pas nimporte lequel, sil vous plaît : le départ du général Housni Benslimane. Cest un général de corps darmée, il ne peut pas partir. Sa démission est un suicide. Si le général quitte le football, il quittera la gendarmerie aussi. On en est là. Benslimane ne présidera plus aux destinées du football marocain à partir du 14 avril, date de lassemblée générale de la Fédération. Encore une fois, gommez le foot, mettez ce que vous voulez à la place. Cela reste valable. Cest ce quon pense au café du coin, là où le service est pourri, et le noss noss aussi. Les buveurs de substances licites ne sont ni plus, ni moins futés que la moyenne nationale. Ils ont juste compris ce qui est à la portée du premier venu : ici, tout est lié. Quand Driss Basri a été limogé, en son temps, de la Fédération de golf, ces gens-là, comme chantait lautre, ont pronostiqué la mort politique de lenfant de Zettat. Ils ont vu juste puisque Basri, quelques semaines plus tard, a quitté la politique après le golf et bien dautres luxes. Alors, Benslimane aussi ? |
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