N° 367
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Youssef Ziraoui

“Les années de plomb, c’est fini”

Amina Bouayach, Présidente de
l'Organisation marocaine
des droits de l'Homme (OMDH)
(TNIOUNI)

Antécédents

1958. Naissance à Tétouan.
1977. Intègre le mouvement des familles des détenus politiques.
1981. Rejoint l’AMDH.
1982. Obtient un DES d’économie et de journalisme.
1988. Trésorière à l’OMDH.
1998. Chargé de presse au cabinet de Youssoufi.
Depuis 2007. Chargée d’étude au ministère de l’Emploi.
2009. Réélue présidente de l’OMDH.

Le PV
De sa voix rauque, Amina Bouayach a le tutoiement facile et lance des réponses toutes prêtes. Sauf quand il s’agit de noter le Maroc des droits de l’homme de Hassan II. Là, Madame Droit de l’homme hésite, tourne autour du pot, perd ses mots. En revanche, elle accorde un bon point à M6, bon élève des droits de l’homme selon elle… Reste que la présidente est heureuse de rempiler à la tête de l’OMDH, à ne surtout pas confondre avec l’AMDH. La différence entre les deux ONG? La même qu’entre les Beatles et les Rolling Stones. Les premiers font moins de vague que les seconds, plus consensuels.


Smyet bak ?
Hamadi Bouayach

Smyet mok ?
Fatna Ben Sahla.

Nimirou d’la carte ?
L67920.

C’est votre premier interrogatoire ?
Non, j’ai déjà été interrogée plusieurs fois, pour avoir manifesté aux côtés des familles de détenus politiques, au début des années 1980. J’ai été embarquée au commissariat du 2ème arrondissement de Rabat, où j’ai été harcelée de questions par les policiers.

Vous venez d’être élue pour la deuxième fois à la tête de l’OMDH. C’est un poste à vie ?
Le règlement de l’OMDH est clair : on ne peut pas prétendre à plus de deux mandats.

Et vous ne comptez pas demander que le règlement soit changé, façon Chavez, Moubarak, Bouteflika, etc. ?
Non, non, ce n’est pas le genre de la maison. Je me suis présentée, les urnes ont parlé, c’est tout.

En même temps, c’était un peu joué d’avance, vous étiez la seule candidate…
Non, la procédure est un véritable casse-tête. Il faut rassembler beaucoup de signatures à travers tout le pays. Il faut aussi avoir l’aval du congrès national, puis se faire élire par le conseil national.

Le fait d’être une femme, ça aide, au boulot, dans la vie de tous les jours ?
C’est plus un handicap, dans la mesure où il faut en faire deux fois plus.

Vous pensez que le Maroc a tourné la page des années de plomb ?
Si vous parlez de cette période qui a connu des violations continues des droits de l’homme, oui, assurément. Les disparitions forcées, la torture, le délit d’opinion... tout ça, c’est fini.

Vous servez à quoi alors ?
A poursuivre les nouveaux combats, comme la question des droits des homosexuels, la liberté de conscience, le droit à la diversité, à l’expression... Bref, les droits de l’homme en général. Un jeune qui se balade avec une fille et qui se fait arrêter par une estafette, c’est une violation des droits de l’homme.

Pourquoi avoir quitté l’AMDH en 1985, après quatre années de bons et loyaux services ?
Parce que je sentais que les choses n’avançaient pas, notamment sur la question de la libération des détenus politiques.

Entre nous, vous n’êtes pas jalouse de votre homologue de l’AMDH, Khadija Ryadi, qui se prend des coups de gourdin de chabakounis pendant les manifestations ?
Au contraire, je suis très solidaire. Il est triste qu’une leader des droits de l’homme se fasse “tabasser”.

CCDH, AMDH, OMDH, etc. Avec toutes ces ONG, vous n’avez pas l’impression de doublonner ?
Nous œuvrons pour la même thématique, les droits de l’homme. Le CCDH est une instance étatique. Quant à l’AMDH, nous nous différencions d’elle dans la mesure où nous adoptons une approche indépendante des partis.

Vous êtes surtout plus dociles…
Nous n’avons pas la même démarche surtout. Par exemple, on n’ira jamais dire qu’on dispose d’une liste de tortionnaires, car nous jugeons que toute personne est innocente jusqu’à preuve du contraire. Et, qu’on le veuille ou non, c’est ça aussi, le respect des droits de l’homme.

L’OMDH est-elle une ONG makhzenienne ?
Non, je rappelle juste que les membres de l’OMDH ont été interdits de rassemblement à trois reprises. Dans le genre makhzénien, on a vu pire.

Et vous, makhzénienne, vous l’êtes un peu, beaucoup, passionnément, à la folie, ou pas du tout ?
Pas du tout. J’ai même été accusée de connivence avec l’étranger. J’estime être réformiste, démocrate. Mais je ne milite pas pour le changement d’un système, je travaille pour le respect des droits de l’homme, qu’on soit en monarchie ou en république.

Vous donneriez combien sur 10 au Maroc des droits de l’homme de Hassan II ?
Je ne sais pas trop, c’est difficile de déterminer les indicateurs et de les pondérer.

Et pour Mohammed VI ?
Je lui donnerais plus que la moyenne.

Des nouvelles de Si Youssoufi, pour qui vous avez travaillé pendant près de cinq ans, du temps où il était Premier ministre ?
Oui, on s’appelle de temps en temps, pour les fêtes religieuses. Il prend des nouvelles des enfants.

Quel genre de patron était-il ?
Il est aussi agréable qu’exigeant.

Vos détracteurs vous reprochent de faire dans la langue de bois. Vous leur répondez quoi ?
Que je suis du genre sincère, qui ne mâche pas ses mots.

Vous êtes chargée d’étude du ministre de l'Emploi. En même temps, vous devez prendre position face à certaines actions de l’Etat. Ça sent le conflit d’intérêts à plein nez...
Quand je m’exprime, je ne le fais pas à titre personnel, mais en tant que présidente de l’OMDH, qui prend des décisions collégiales. Donc, il n’y a pas de conflit d’intérêts.

La journaliste d’Al Ayam, Maria Moukrim, a subi un interrogatoire pour avoir demandé de publier une photo de la mère du roi. Qu’en pensez-vous ?
Cela n’aurait jamais dû arriver. La loi est claire, on ne peut pas être puni pour quelque chose qui n’a pas été publié. Plus généralement, je suis contre les peines privatives de liberté et les amendes pécuniaires qui mettent en péril l’existence d’un titre de presse.

Et la chasse au chiisme menée par le ministère de l’Intérieur, c’est légitime selon vous ?
Non, l’Etat n’a pas respecté l’article 6 de la Constitution qui indique que l’islam est la religion d’Etat et que l’Etat garantit le libre exercice des autres cultes.

Sur une île déserte, vous emmenez qui avec vous, Che Guevara ou Brad Pitt ?
Che Guevara, non, c’est sûr. Brad Pitt non plus, il ne me plaît pas trop. Par contre, l’autre là, qui joue dans Mission impossible… Tom Cruise voilà, lui, je veux bien qu’il m’accompagne. (Rires)

Dites-nous, ça paye bien votre poste de présidente de l’OMDH ? Vous pouvez tout nous dire, on ne répétera pas au fisc, promis juré…
Pas un kopeck, c’est du bénévolat. Je paye mes factures téléphoniques, mes déplacements, etc.

Vous roulez dans quoi ?
Une Fiat Uno verte…

Elle est customisée ?
Tu parles ! Elle est complètement déglinguée. Certains matins, elle ne veut même pas démarrer, il faut mettre le starter. Mais je suis très fière de rouler avec.

 
 
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