N° 367
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Réda Allali

ZB a bénéficié d’une seule augmentation ces dernières années?: un chiffre à son numéro de téléphone.

Nom : Boualem
Prénom : Zakaria
Né en 1976 à Guercif
Signe particulier : Marocain à tendance paranoïaque



Zakaria Boualem est désolé de devoir
démarrer cette chronique par un message privé, mais il n’a pas le choix. Il souhaite réitérer à Lady Fitness l’expression de sa profonde volonté de ne point se rendre chez elle pour y faire du sport. Il en a déjà parlé dans ces colonnes, mais le harcèlement continue. Voilà que Lady Fitness lui envoie des SMS à trois heures du matin, rédigés en ces termes : “On ne vous a pas vu encore ! Abonnez-vous aujourd’hui, etc.”. Ce ton est insupportable, en particulier ce point d’exclamation qui constitue en soi une sorte de violence silencieuse. Vous vous imaginez… Zakaria Boualem se lève de son lit à trois heures du matin, imaginant qu’une catastrophe est arrivée à sa chère maman et il découvre un SMS lui reprochant de ne
pas s’être inscrit pour faire du sport. On suppose que ces SMS nocturnes ont brisé des ménages, ruiné des couples, jeté le discrédit sur des hommes fidèles et plongé leur vie dans le chaos. Sujet numéro deux, s’il vous plaît, et merci. Il paraît que Sebta va ouvrir ses frontières sans visa pour augmenter son chiffre d’affaires. C’est logique, parce que Sebta n’est pas une ville, ni même une enclave. Sebta, c’est un supermarché avec une porte d’entrée de discothèque, comprenez un supermarché doté d’un système complexe de filtrage des entrées sur des critères louches. C’est bien entendu incohérent, et incompatible avec sa vocation de supermarché. Bientôt, ça va devenir un supermarché avec une porte d’entrée de supermarché et c’est très bien. Dans quelques mois, donc, la ville sera saturée de coups de klaxons marocains, les rues décorées aux sacs plastiques noirs marocains, les files d’attente seront des files d’attente marocaines, etc. Ce jour-là, le patron du supermarché risque de lâcher l’affaire : “On vous laisse la ville, voilà les clés, que Dieu vous aide, on s’est surestimé, on n’est pas capable de gérer ce truc, finalement, euh… Si vous nous cherchez, on est derrière la mer, et merci”.

Sujet numéro trois, sans transition.
Il n’aura échappé à personne que la banque qui emploie Zakaria Boualem traverse ces dernières années une période particulièrement brillante. Elle a commencé par laisser le champ libre à un agent boursier qui a creusé un trou dans la caisse, dont la profondeur n’a égale que la nullité du système de contrôle chargé de l’encadrer. Elle a continué en beauté en sollicitant une aide de l’Etat français pour couvrir les méfaits de la crise, la pauvre ! Et voilà qu’elle vient de distribuer des stocks-options à ses dirigeants, sans doute pour les féliciter de la qualité de leur travail. La presse française et les clients ayant jugé cette initiative de mauvais goût, la banque a fait machine arrière. C’est très bien, heureusement qu’ils sont là pour remettre un peu de hchouma sur leurs fronts. Au Maroc, rien. Les clients ne protestent jamais contre rien, puisqu’ils ne savent même pas combien ils payent d’intérêt. Les journalistes ne protestent pas non plus, de peur de se voir interdits de découvert. Quand aux salariés, les Zakaria Boualem en tout genre, on leur explique que la crise est là, qu’il faut se serrer la ceinture. Avant cette crise, il y avait une autre crise qui avait un autre nom, mais qui exigeait elle aussi qu’on se serre la ceinture. Les patrons, de leur côté, n’ont pas l’air de se serrer la ceinture, c’est bizarre. Signalons pour terminer que la seule augmentation dont Zakaria Boualem a bénéficié ces dernières années, c’est quand on a ajouté un chiffre à son numéro de téléphone.

Au fait, le Raja est leader, et on n’en parle jamais dans cette page. C’est pour éviter le mauvais œil, il paraît qu’il y a des Wydadis qui nous lisent. Mais Zakaria Boualem bout, il n’en peut plus, il a hâte de se retrouver à la dernière journée du championnat. Plus que quelques semaines. Il se couche plus tôt, pensant accélérer le cours du temps. Bonne nuit donc, et merci.

 
 
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