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Par Souleïman Bencheikh
Think tank. LIRES, cet ovni
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Abdelaziz Meziane Belfkih.
(AIC PRESS)
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LInstitut royal des études stratégiques a fêté son premier anniversaire dans le plus grand silence. Malgré un budget (évalué à 30 millions de dirhams) inscrit au chapitre de la Cour royale, est-il autre chose quune coquille vide ? Eclairage.
L'idée d'un outil de veille stratégique et d'une véritable war- room royale est née de la même veine que le rapport du cinquantenaire. Chapeauté par le conseiller du roi, Abdelaziz Meziane Belfkih, ce rapport avait, au moment de sa parution en 2006, été unanimement salué par |
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la classe politique comme un heureux précédent. Quelques voix dans la presse indépendante avaient certes relevé le vide intellectuel et scientifique qu'il peinait à combler, mais en coulisses, le Palais s'activait déjà, conscient de l'urgence de se doter dune structure de veille et danalyse stratégique. En effet, conséquence logique du nouveau monde multipolaire, où l'information fuse et où les guerres se gagnent plus par médias interposés que sur le terrain militaire, le Maroc devait bien, lui aussi, amorcer le mouvement du soft-power, celui des guerres d'influence secrètes qui ont remplacé les traditionnelles oppositions frontales. C'est en tout cas le souhait émis par Mohammed VI dans le discours du trône du 30 juillet 2003 : Notre pays vit une transition globale qui nécessite le renforcement de ses capacités d'analyse, d'adaptation et d'anticipation. Aussi avons-nous décidé de créer un Institut royal des études stratégiques afin d'être en interaction permanente avec les changements et de maîtriser les mutations profondes qui s'opèrent aux niveaux interne et externe.
Retard à lallumage
Malgré lannonce de Mohammed VI, lInstitut royal des études stratégiques (IRES) mettra près de quatre ans et demi à voir officiellement le jour. Pendant ce laps de temps, le projet de think tank royal semble même mis en sourdine. En fait, dans lombre du cabinet royal, les chargés de mission sactivent. Tawfik Mouline, polytechnicien recruté pour loccasion, est chargé de mener à bien le projet dInstitut. Deux visions saffrontent alors dans le saint des saints : ceux qui voient dans la future structure un instrument de rayonnement international, capable de porter la voix marocaine dans le monde, et ceux qui penchent pour un think tank plutôt discret, un producteur de connaissances à lusage exclusif du monarque.
Force est de constater quen janvier 2008, au moment de sa parution au Bulletin officiel, le dahir instituant lIRES est en deçà des attentes les plus ambitieuses. Mohammed VI assigne en effet à lIRES deux missions principales, lune prospective, lautre informationnelle. Ainsi, selon les termes du dahir royal, lInstitut a pour mission de mener des études et analyses stratégiques sur les questions dont il est saisi par Notre Majesté. LInstitut assure également une fonction de veille, notamment en recueillant les informations et les données rendues publiques dans les domaines politiques, économiques et sociaux, sur les plans national et international. Des objectifs somme toute assez flous et limités, comparés à ce qui se fait ailleurs dans le monde. Pour comparaison, Chatham House, considéré comme lun des meilleurs think tanks britanniques (officiellement dénommé Institut royal des affaires internationales) couvre des domaines aussi variés que l'Afrique, les Etats-Unis, l'Europe, les enjeux énergétiques, l'économie et le droit international, la sécurité internationale ou encore les tendances globales telles que la crise alimentaire et économique.
Ambitions limitées
Au Maroc, rien de tel. Notre IRES, de laveu même de ses dirigeants, na pas vocation à traiter des questions conjoncturelles. Exit ainsi la grande cause nationale saharienne pour laquelle il na pas voix au chapitre. Les chercheurs de lIRES sont par contre invités à étudier des notions aussi vagues que la nation, lidentité ou le lien social et à les agrémenter dune actualisation marocaine. Quant au rayonnement international, il nest pas non plus dactualité : pas de site Internet, très peu de publications, hormis quelques fugaces participations à des colloques. En bref, une visibilité quasi-nulle.
Du coup, les critiques se font jour : Si seulement lIRES était une vraie structure sur laquelle pouvait compter le cabinet royal, se plaint à mots couverts un fin connaisseur des arcanes du Palais. Pour linstant, en interne, cest Tawfik Mouline, directeur général de lIRES, qui encaisse le gros des mécontentements. On lui reproche dêtre trop discret, entravé par sa double fonction au cabinet royal et à lIRES. Ses détracteurs laccusent également davoir donné à lInstitut une orientation purement économique, loin de son ambition généraliste fixée par dahir. Droit dans ses bottes, Mouline continue son bout de chemin, dans un silence aussi gênant que gêné. Et pour cause : au bout dun an dexistence, lIRES peine encore à trouver les profils idoines, malgré les recherches actives du cabinet de recrutement Deloitte dont il sest attaché les services. Ce sont ainsi une dizaine de personnes qui travaillent à temps plein dans les locaux de lIRES, situés dans le quartier résidentiel de Hay Riad à Rabat. Analystes, veilleurs, chercheurs... léquipe devrait à terme compter une trentaine de personnes. On est encore loin du compte. Avis donc aux intéressés !
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Tawfik Mouline. Discret techno-chercheur
Malgré sa nomination à la tête de lIRES, Tawfik Mouline na jamais renoncé à sa discrétion légendaire. Nous ne communiquons quà loccasion de la publication de grands rapports, a-t-il pris lhabitude de rétorquer aux journalistes fouineurs. Cest dire le silence dans lequel il est muré depuis ses tout nouveaux locaux rbatis : lIRES na en effet à son actif aucun rapport public. Quant aux notes que lInstitut est censé envoyer au roi, on nen a bien sûr aucun écho. Mouline est pourtant loin dêtre tombé de la dernière pluie et son expérience parle pour lui. Ingénieur de formation (diplômé de Polytechnique et des Mines de Paris), il débute sa carrière en 1976 à lOCP, avant de rejoindre, en 1979, le cabinet du Premier ministre. Mouline est dès lors lancé. Il passera par lONA et le ministère des Finances, avant de se retrouver en 2003 chargé de mission au cabinet royal et dans le groupe de chercheurs qui planche sur le rapport du cinquantenaire. Auteur de la partie prospective du rapport (perspectives du Maroc à lhorizon 2025), il est la personne toute désignée pour prendre la tête de lIRES à sa création. |
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