N° 368
Webmaster
TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

THINK TANK. L’IRES, cet ovni
UNIVERSITÉ. La révolution ou la mort
POLITIQUE. Le retour du parti du cheval
DÉBAT. Ne nous voilons plus la face
L'ACTU MAROC



Par Souleïman Bencheikh

Think tank. L’IRES, cet ovni

Abdelaziz Meziane Belfkih.
(AIC PRESS)

L’Institut royal des études stratégiques a fêté son premier anniversaire dans le plus grand silence. Malgré un budget (évalué à 30 millions de dirhams) inscrit au chapitre de la Cour royale, est-il autre chose qu’une coquille vide ? Eclairage.


L'idée d'un outil de veille stratégique et d'une véritable war- room royale est née de la même veine que le rapport du cinquantenaire. Chapeauté par le conseiller du roi, Abdelaziz Meziane Belfkih, ce rapport avait, au moment de sa parution en 2006, été unanimement salué par
la classe politique comme un heureux précédent. Quelques voix dans la presse indépendante avaient certes relevé le vide intellectuel et scientifique qu'il peinait à combler, mais en coulisses, le Palais s'activait déjà, conscient de l'urgence de se doter d’une structure de veille et d’analyse stratégique. En effet, conséquence logique du nouveau monde multipolaire, où l'information fuse et où les guerres se gagnent plus par médias interposés que sur le terrain militaire, le Maroc devait bien, lui aussi, amorcer le mouvement du soft-power, celui des guerres d'influence secrètes qui ont remplacé les traditionnelles oppositions frontales. C'est en tout cas le souhait émis par Mohammed VI dans le discours du trône du 30 juillet 2003 : “Notre pays vit une transition globale qui nécessite le renforcement de ses capacités d'analyse, d'adaptation et d'anticipation. Aussi avons-nous décidé de créer un Institut royal des études stratégiques afin d'être en interaction permanente avec les changements et de maîtriser les mutations profondes qui s'opèrent aux niveaux interne et externe”.

Retard à l’allumage
Malgré l’annonce de Mohammed VI, l’Institut royal des études stratégiques (IRES) mettra près de quatre ans et demi à voir officiellement le jour. Pendant ce laps de temps, le projet de think tank royal semble même mis en sourdine. En fait, dans l’ombre du cabinet royal, les chargés de mission s’activent. Tawfik Mouline, polytechnicien recruté pour l’occasion, est chargé de mener à bien le projet d’Institut. Deux visions s’affrontent alors dans le saint des saints : ceux qui voient dans la future structure un instrument de rayonnement international, capable de porter la voix marocaine dans le monde, et ceux qui penchent pour un think tank plutôt discret, un “producteur de connaissances” à l’usage exclusif du monarque.

Force est de constater qu’en janvier 2008, au moment de sa parution au Bulletin officiel, le dahir instituant l’IRES est en deçà des attentes les plus ambitieuses. Mohammed VI assigne en effet à l’IRES deux missions principales, l’une prospective, l’autre informationnelle. Ainsi, selon les termes du dahir royal, “l’Institut a pour mission de mener des études et analyses stratégiques sur les questions dont il est saisi par Notre Majesté. L’Institut assure également une fonction de veille, notamment en recueillant les informations et les données rendues publiques dans les domaines politiques, économiques et sociaux, sur les plans national et international”. Des objectifs somme toute assez flous et limités, comparés à ce qui se fait ailleurs dans le monde. Pour comparaison, Chatham House, considéré comme l’un des meilleurs think tanks britanniques (officiellement dénommé Institut royal des affaires internationales) couvre des domaines aussi variés que l'Afrique, les Etats-Unis, l'Europe, les enjeux énergétiques, l'économie et le droit international, la sécurité internationale ou encore les tendances globales telles que la crise alimentaire et économique.

Ambitions limitées
Au Maroc, rien de tel. Notre IRES, de l’aveu même de ses dirigeants, “n’a pas vocation à traiter des questions conjoncturelles”. Exit ainsi la grande “cause nationale saharienne” pour laquelle il n’a pas voix au chapitre. Les chercheurs de l’IRES sont par contre invités à étudier des notions aussi vagues que la nation, l’identité ou le lien social et à les agrémenter d’une actualisation marocaine. Quant au rayonnement international, il n’est pas non plus d’actualité : pas de site Internet, très peu de publications, hormis quelques fugaces participations à des colloques. En bref, une visibilité quasi-nulle.

Du coup, les critiques se font jour : “Si seulement l’IRES était une vraie structure sur laquelle pouvait compter le cabinet royal”, se plaint à mots couverts un fin connaisseur des arcanes du Palais. Pour l’instant, en interne, c’est Tawfik Mouline, directeur général de l’IRES, qui encaisse le gros des mécontentements. On lui reproche d’être trop discret, entravé par sa double fonction au cabinet royal et à l’IRES. Ses détracteurs l’accusent également d’avoir donné à l’Institut une orientation purement économique, loin de son ambition généraliste fixée par dahir. Droit dans ses bottes, Mouline continue son bout de chemin, dans un silence aussi gênant que gêné. Et pour cause : au bout d’un an d’existence, l’IRES peine encore à trouver les profils idoines, malgré les recherches actives du cabinet de recrutement Deloitte dont il s’est attaché les services. Ce sont ainsi une dizaine de personnes qui travaillent à temps plein dans les locaux de l’IRES, situés dans le quartier résidentiel de Hay Riad à Rabat. Analystes, veilleurs, chercheurs... l’équipe devrait à terme compter une trentaine de personnes. On est encore loin du compte. Avis donc aux intéressés !



Tawfik Mouline. Discret techno-chercheur

Malgré sa nomination à la tête de l’IRES, Tawfik Mouline n’a jamais renoncé à sa discrétion légendaire. “Nous ne communiquons qu’à l’occasion de la publication de grands rapports”, a-t-il pris l’habitude de rétorquer aux journalistes fouineurs. C’est dire le silence dans lequel il est muré depuis ses tout nouveaux locaux rbatis : l’IRES n’a en effet à son actif aucun rapport public. Quant aux notes que l’Institut est censé envoyer au roi, on n’en a bien sûr aucun écho. Mouline est pourtant loin d’être tombé de la dernière pluie et son expérience parle pour lui. Ingénieur de formation (diplômé de Polytechnique et des Mines de Paris), il débute sa carrière en 1976 à l’OCP, avant de rejoindre, en 1979, le cabinet du Premier ministre. Mouline est dès lors “lancé”. Il passera par l’ONA et le ministère des Finances, avant de se retrouver en 2003 chargé de mission au cabinet royal et dans le groupe de chercheurs qui planche sur le rapport du cinquantenaire. Auteur de la partie prospective du rapport (perspectives du Maroc à l’horizon 2025), il est la personne toute désignée pour prendre la tête de l’IRES à sa création.

 
 
TelQuel : Le Maroc tel qu'il est © 2009 TelQuel Magazine. Maroc. Tous droits résérvés