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Par Karim Boukhari
Rugueux comme la rue
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Karim Boukhari
k.boukhari@telquel.info
(DR)
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| Il a 25 ans, il sappelle Ismael El Iraki et on vous invite à bien retenir son nom. Son premier film, le court (30 minutes) mais précieux Hrash, fera débat dès quun écran de cinéma marocain daignera le projeter. Cela a failli se faire la semaine dernière à Tétouan, quand les amis du cinéma, regroupés autour de lexcellent Ahmed Housni, ont décidé de le programmer en compétition officielle. Mais comme tout festival adulte et responsable, Tétouan a fini par se dégonfler. Malgré la qualité intellectuelle de ses organisateurs. Le président Housni nous explique, au détour dune conversation téléphonique, comment Hrash a fini par être déprogrammé pour une question de format non adapté
Bon, bon. |
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Hrash, littéralement le rugueux, est resté inédit à Tétouan comme ailleurs parce que ça arrange tout le monde. Le film porte bien son titre. Il égratigne en amoncelant ces petites choses dégoûtantes, dans la forme et dans le fond, qui animent notre quotidien. Vous savez, tous ces détails qui nous font parfois rougir, un mot trop haut, une scène trop crue. On y voit un fils à papa assassiner une jeune fille qui résiste à son offensive de charme, un blasphémateur aigu qui incendie la religion et le Sahara réunis, un flic ripou jusquà la moelle, etc. On y entend surtout des gros mots à la pelle et des expressions qui feraient passer les dialogues de Casanegra pour un doux poème. Cru, dur, très dur, Hrash est un petit ovni qui dénote dans le ronronnement de la cinématographie marocaine, voire arabe.
Tétouan sest épargné une grosse polémique en le déprogrammant, Marrakech non plus ne risque pas de le mettre en compétition, il faudra sans doute attendre la prochaine édition du Festival du film à Tanger (où la production marocaine est projetée en vrac, sans aucune sélection) pour espérer voir ce petit objet en public. Mais on vous recommande vivement dattendre. Dabord parce que le film est bon. Ismael El Iraki la réalisé à la fin de son cycle de formation à la Femis, prestigieuse école de cinéma en France. Et laffaire est tellement entendue que le jeune réalisateur est déjà en train de préparer son premier long, théoriquement avec un financement mixé entre la France et le Maroc. Ensuite, et cest ce qui nous intéresse ici, le film repose à sa manière un problème vieux comme le monde : la langue. Jai tourné avec la langue que je connais, celle de la rue, nous annonce, avec le sourire, le jeune cinéaste, francophone et darijophone. Le langage de rue est une composante essentielle de la darija, véritable langue nationale. Dans un pays aux parlers multiples, complexes, en perpétuel combat les uns avec les autres, le petit Hrash nous met le doigt et le nez sur une plaie nationale. Cette plaie, que vous connaissez bien, je vous la résume : notre rapport à cette langue que lon parle mais que lon refuse dentendre. Bienvenue.
Ça surfe
Mais comment est-ce quon faisait avant ? La vérité, on ne faisait pas. On assistait de loin, impuissants, à lévolution de notre monde. Et on ressemblait trop à nos parents, malgré nos cheveux en bataille et les jeans délavés de nos copines. Il nous a fallu attendre le collège et le premier cours de sciences naturelles pour découvrir, sur dessin seulement, lanatomie humaine. Quelle misère?! Au cinéma, on courait voir des séries Z vaguement érotiques et on sarrachait au prix fort les revues X en se croyant plus malins que les autres. Pour lire une ligne critique sur le régime hassanien, on commandait un bouquin ou un mag à un copain expatrié, mais il fallait la voir, la tête du copain, ses yeux hagards, sa mine pâle, les perles de sueur qui glaçaient son dos et sa figure avant et après le passage des douanes. Tout était risqué et on a tous, au moins une fois, paniqué un peu quand le policier nous a demandé, au plus fort de cette ère préhistorique, si loin et si proche de nous : Mais quest-ce que cest que ce livre que vous tenez là, mon ami ?. Cétait avant. Mais avant quoi, donc ? Internet, la révolution numérique, les mille et une choses dont on se sert toutes les minutes et qui nexistaient pas il y a encore une dizaine dannées. 700 000 Marocains sont aujourdhui connectés, avec un extraordinaire taux de progression en 2008 de 48%. Oui, Internet est la seule chose qui marche vraiment dans ce pays. Cest bien, même si tous les miracles du Web ne peuvent suffire à faire le bonheur dun homme. |
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