N° 368
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

PORTRAIT. American dreamer
REPORTAGE. Sauvez mon Zoo



Par Zoé Deback

Portrait. American dreamer

Kamal Oudrhiri. (DR)

Kamal Oudrhiri, directeur de projet à la NASA, rêve d’un voyage pour la planète Mars et pense à son pays de toujours : le Maroc.


“J’ai juste cet idéal, celui de la Renaissance, d’un équilibre entre arts et science”, lance, sobrement, Kamal Oudrhiri. Ce jeune quadra au sourire d’enfant, connu pour diriger des projets à la NASA, ne trouve rien d’extraordinaire à mener de front sa carrière scientifique et la réalisation de projets culturels reconnus. Directeur artistique du spectacle musical Fès reine des villes, parrainé par l’UNESCO, qui a
réalisé une tournée mondiale dans six villes en 2008, cet homme étonnant entretient sa silhouette athlétique en courant le marathon, mais joue aussi du oud et du qanoun, et trouve encore du temps pour une intense vie associative. Enfant, Kamal rêvait devant les images envoyées par les sondes Viking et Voyager : participer à l’exploration spatiale devient son souhait le plus cher. Après une bonne scolarité dans un lycée public de Casablanca, il décide de partir à Los Angeles et s’inscrit à l’Université de Californie du Sud. Une vraie aventure pour le jeune homme, qui finance lui-même ses études avec des petits jobs. “J’étais complètement coupé de mes racines, raconte-t-il. C’était en 1986, il n’y avait pas Internet, et très peu de Marocains à Los Angeles”. Kamal se plonge dans les études et obtient un diplôme en “communication théorique”, puis réussit, en 1993, le concours d’entrée au prestigieux Jet Propulsion Laboratory de la NASA à Pasadena. Une simple affaire d’obstination “et de chance” pour Kamal. Pendant dix ans, le jeune homme se consacre aux communications de deux programmes majeurs : la sonde Cassini et deux robots martiens, les “rovers” Spirit et Opportunity.

Un exemple de réussite professionnelle
En 2004, les Marocains découvrent avec fierté cet “enfant du pays”, lorsque les deux rovers atterrissent avec succès sur Mars et que Cassini réussit à se glisser dans l’orbite de Saturne après 7 années de voyage. Ces missions ont, depuis, dépassé toutes les espérances de leurs concepteurs. Les robots, conçus pour fonctionner 90 jours, roulent toujours sur Mars et continuent d’envoyer des informations sur le relief et les roches (ils ont même confirmé la présence passée d’eau sur Mars). “Par miracle, une bourrasque dépoussière de temps en temps leurs panneaux solaires, se réjouit Kamal. On aimerait bien qu’ils restent actifs jusqu’à l’arrivée du rover nouvelle génération, Mars Science Laboratory, en 2011”. Mais Kamal Oudrhiri n’a plus vraiment le temps de suivre de près les missions martiennes. Depuis 2007, il dirige l’équipe de 80 personnes du projet Constellation, chargée d’imaginer une vaste architecture de communications entre la Terre, la Lune et Mars dans le cadre d’une installation humaine sur la Lune en 2020, première étape pour un voyage habité vers Mars en 2030. “J’en avais un peu marre des robots, s’amuse-t-il. Je préfère travailler sur les futures missions humaines”.

Rêver de la Lune, œuvrer pour la Terre
Si l’idée de s’installer sur la Lune peut paraître délirante, c’est une hypothèse parfaitement logique pour notre ingénieur, qui pense que “qui contrôle la Lune, contrôle le système solaire”. Grâce à la gravité plus faible, il faudrait beaucoup moins de carburant pour lancer des navettes vers d’autres planètes depuis la Lune que depuis la Terre. Notre satellite serait aussi le laboratoire idéal pour tester de nouvelles technologies et la résistance du corps humain, avant d’aller sur Mars. Et pour les communications, la Lune présente un grand avantage par rapport à la planète bleue : aucune interférence magnétique. Mais Kamal peut aller beaucoup plus loin dans le rêve et imaginer une base lunaire en autarcie, à condition d’y trouver une source d’eau pour l’agriculture, et une source d’énergie dans le sous-sol… “Pensez à ce que ressentiraient les enfants s’ils pouvaient téléphoner à des gens qui vivent sur la Lune”, conclut-il, l’esprit, comme toujours, tourné vers les générations futures.

Convaincu que l’éveil à la science doit se faire dès l’enfance, Kamal a créé en 2003 la fondation Grove of Hope pour améliorer l’enseignement scientifique dans les écoles des quartiers défavorisés aux USA. L’association organise depuis 2006 un semi-marathon à Los Angeles pour récolter des fonds. Et elle envoie chaque année des experts de la NASA pour animer des ateliers pédagogiques… au Maroc. Car presque tous les projets de Kamal Oudrhiri sont tournés vers son pays natal. Rêvant d’un enseignement marocain interactif et tourné vers le réel, il ne cache pas son agacement face à un gouvernement qui fixe brutalement l’objectif de “former 10 000 ingénieurs par an d’ici 2010”, alors que l’enseignement des sciences est négligé.

Sur le plan culturel aussi, Kamal ne rate pas une occasion de bâtir des ponts entre ses deux pays. Il a ainsi fondé le Centre culturel maroco-américain de Los Angeles, qui accueille des musiciens marocains et organise même des cours de darija. Un projet du centre, en collaboration avec l’université UCLA, vient de recevoir une bourse du prestigieux institut Fulbright : lors d’un voyage d’études de 5 semaines, des éducateurs américains visiteront plusieurs régions du Maroc, notamment des écoles rurales. A leur retour, ils pourront faire connaître le pays à leurs propres élèves.
Le spectacle musical Fès reine des villes, créé et dirigé par Kamal Oudrhiri à l’occasion des 1200 ans de Fès, sera diffusée par Al Aoula le dimanche 12 avril 2009 à 16h30.



Projet. Une cité des sciences africaine

Avec la fondation Grove of Hope, Kamal Oudrhiri a pensé au Maroc pour abriter un projet époustouflant : une cité des sciences, du type cité de la Villette à Paris. Elle offrirait au public une riche exposition scientifique interactive en sciences de la Terre et de l’espace, en biologie, et même en océanographie. Elle contribuerait aussi à l’amélioration de l’enseignement des sciences sur tout le continent africain grâce à des ateliers d’été pour les professeurs. Et non seulement Kamal a trouvé les bailleurs de fonds pour un investissement de dizaines de millions de dollars, mais il a obtenu l’accord de principe de partenaires, comme la NASA et l’Agence spatiale européenne, prêts à partager leur savoir-faire. Même Bill Clinton, que Kamal Oudrhiri a croisé il y a un an, s’est dit emballé par l’idée et lui a exprimé son soutien. Pour démarrer, le projet n’a besoin que d’un emplacement. Présenté en 2005 au Premier ministre, le projet a été accepté et transmis au wali de Casablanca, avec mission de trouver un bout de terrain (seule contribution demandée au Maroc). Depuis, Kamal fait, deux fois par an en moyenne, le voyage interminable depuis la côte pacifique – il a même repéré le terrain idéal à Dar Bouazza – sans que les choses aient avancé. Après quatre ans, il ne comprend toujours pas que les responsables marocains ne saisissent pas une occasion pareille. Bientôt, dit-il, “malgré mon amour pour le Maroc, si cet immobilisme continue, Grove of Hope sera forcée d’emporter le projet ailleurs”.

 
 
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