|
Par Meryem Saadi
Arts plastiques. Eclectiquement vôtre
[Voir le montage]
Convergences, exposition collective à la Villa des Arts de Casablanca, consacre plusieurs jeunes artistes marocains, aux influences et styles différents. A voir absolument.
Khalid Nadif aime les femmes. Au centre de tous ses tableaux, elles sont accompagnées dun corbeau, un masque à proximité. Des éléments que Nadif ne peut sempêcher dintroduire dans quasiment toutes ses uvres picturales. Jai toujours aimé la couleur et la symbolique des corbeaux, et jai une fascination pour les masques, |
|
parce que je considère que nous en portons tous un, explique lartiste, qui qualifie son style dexpressionnisme moderne.
Fondée en 1990, la Villa des Arts a surtout ouvert son espace à des artistes reconnus, nayant plus rien à prouver. Mais cette fois-ci, la Fondation ONA, dont elle dépend, a décidé de rompre cette tradition. Convergences permet à des artistes faisant partie dune nouvelle génération de montrer ce quils ont dans le ventre. Dès lentrée, les toiles abstraites de Saïd Raji, où se fondent couleurs sombres et violentes donnent le ton de lexposition.
Au fond du premier étage de la Villa des Arts, une petite salle vaut particulièrement le détour. Le cadre, intitulé Pourquoi pas moi ? et réservé aux jeunes artistes en herbe, na aucun lien avec les expositions en cours dans le reste de la Villa. Jusquau 21 avril, cest Omar Mahfoudi, jeune peintre tangérois de 28 ans, qui inaugure dignement cet espace, dans lequel sont exposés ses portraits, aux couleurs fauves et chatoyantes. Une pièce quil ne faut surtout pas oublier de visiter.
A première vue, tous les tableaux de Mehdi El Mofid se ressemblent. Des nuds et les mêmes palettes de couleurs utilisées. Mais à y regarder de plus près, cette certitude disparaît. Les fonds sur lesquels se détachent les nuds ne sont jamais pareils, et dautres petits détails font la différence. Des toiles originales, très proches du design graphique, que lartiste a dailleurs étudié après ses études secondaires en arts plastiques.
Lune des plus grandes salles de la Villa regroupe les tableaux dAhmed El Hayani, Tawfik Chichani et Noureddine Alioua. Le point commun entre ces trois peintres ? Labstraction. Les toiles dEl Hayani sont pleines de mouvement et de couleurs. Sa palette, très riche, passe des teintes les plus agressives au plus pastel qui contrastent avec le style de Chichani, caractérisées par la transparence, la superposition de couleurs. Quant à Alioua, ses uvres sont beaucoup plus sombres et pleines de symboles.
Géométriques. Cest le terme qui définit les tableaux de Nabil Bahya. Leurs compositions, tantôt verticales, tantôt horizontales, et quasiment toujours symétriques et parfaitement structurées, feront plaisir à tous les amateurs de cubisme. Bahya semble avoir une véritable fascination pour les formes carrées et rectangulaires, les principaux sujets de toutes les uvres du peintre marrakchi.
Les toiles de Aziz Nadi accrochent le regard. Admirer lunivers onirique du jeune peintre, originaire de Berrechid, permet à toute personne de sévader pendant quelques minutes. Les couleurs et les formes quil utilise égaieraient nimporte quel endroit. Comme le font si souvent les dessins denfants. Colorée, belle et épurée, la peinture de Nadi offre une véritable bouffée dair frais dans lart pictural marocain.
Le travail du plasticien Younès Khourassani se caractérise par lutilisation de matériaux plutôt originaux. Sur certaines toiles, il nhésite pas à coller facture, reçu ou autre document administratif. Khourassani aime mélanger les techniques et na pas peur de lexpérimentation. Les points communs entre toutes ses uvres exposées ? Lutilisation de couleurs ternes, voire sombres. Au détour de certains tableaux, se profilent des silhouettes décharnées et fantomatiques. Un univers particulier.
La femme, sous le pinceau de lartiste autodidacte Raja Atlassi, est pleine de mystères. Presque toujours représentée de profil, elle évoque la reine de cur dun jeu de cartes, au regard perdu et mélancolique. Le cadre spatio-temporel dans lequel évoluent les femmes de Raja Atlassi est très difficile à deviner, donnant une certaine universalité à ses uvres. Et à son style pictural, qui na rien à envier à celui des lauréats des plus grandes écoles des Beaux-Arts.
Aziz Sahaba travaille exclusivement sur le corps, personnage principal de toutes ses uvres, androgyne et sombre. Les couleurs de prédilection de lartiste, plutôt froides, donnent limpression que les hommes sont seuls et perdus. Même lorsquils ont une cigarette à la main. Aziz Sahaba ne se limite pas à la peinture et nhésite pas à mêler à ses tableaux bouts de carton et morceaux de vieux journaux. Sans changer latmosphère angoissée qui se dégage de ses tableaux.
Pour Convergences, jai choisi de montrer les deux aspects principaux de mon travail artistique. A savoir, la peinture et le travail sur la céramique sous toutes ses formes, explique la plasticienne Fatiha Zemmouri. Depuis sa sortie de lEcole des Beaux-Arts de Casablanca en 1987, lartiste a pris la décision de ne jamais limiter son champ de travail, bien au contraire. Son triptyque céramique exposé à la Villa des Arts, ainsi que ses toiles abstraites, le prouvent clairement.
La Villa des Arts de Casablanca jusquau 12 mai. |
|