N° 368
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Réda Allali

Zakaria Boualem était tellement énervé qu’il était incapable de s’exprimer en français.

Nom : Boualem
Prénom : Zakaria
Né en 1976 à Guercif
Signe particulier : Marocain à tendance paranoïaque



L’étonnant silence de Zakaria Boualem au sujet de la défaite de notre équipe nationale contre le Gabon s’explique aisément. Notre homme était tellement énervé qu’il était incapable de s’exprimer en français. Bloqué par ce clavier trop grand pour lui, ce clavier parfaitement dépourvu des bonnes lettres pour s’énerver correctement, il a préféré se taire une semaine. Et voilà que, pendant cette semaine de repos, le Raja, estimant probablement qu’il était judicieux de s’illustrer à son tour, a décidé d’encaisser deux buts à domicile contre Aït Melloul. Oui, le Raja a perdu contre Aït Melloul, qui est un peu le Gabon de Casablanca… A chaque fois le même score : deux buts à un à domicile. A chaque fois sur le même terrain du Stade d’honneur de Casablanca. Difficile de
ne pas voir la main d’un complot sioniste derrière cette invraisemblable coïncidence. Une main fourbe et infatigable, qui nous a déjà privés d’un nombre important de coupes d’Afrique, de Coupes du Monde, de Champions’ League africaines et autres trophées divers qui nous revenaient de droit. Assez rigolé, s’il vous plaît, la situation est très grave. La seule compétition que les footballeurs marocains sont en mesure de gagner, c’est le championnat du Maroc. S’ils arrivent à l’organiser. Zakaria Boualem a déjà eu le loisir de décrire dans ces mêmes colonnes l’implacable cycle en trois temps dans lequel était entré notre football. En voici un nouveau résumé :
Phase 1, l’amorce : un match amical contre une équipe européenne se solde par un résultat encourageant. Un nul contre la France ou la République Tchèque, une victoire contre la Belgique par exemple.
Phase 2, la montée en température : grâce à notre propension naturelle à nous voir plus beaux que nous sommes, nous rêvons tous, soudain, de titres continentaux, de qualifications glorieuses, nous nous autoproclamons favoris pour tout ce qui se présente, la vie est belle et merci.
Phase 3, la claque : sans commentaire.

S’ensuit une période un peu trouble où des joueurs affirment ne plus vouloir jouer, les supporters ne plus pouvoir rien supporter, etc. Et ça repart… Ce moteur trois temps s’est récemment emballé. Il est alimenté par la suffisance et lubrifié par l’incompétence. Attention, on parle ici d’une incompétence de niveau intergalactique, puisque le Gabon fait mieux que nous, tout comme le Togo et la Namibie, tous les deux qualifiés pour la dernière Coupe du Monde. Les Marocains, qui ont toujours considéré ces pays comme des terrains vagues gérés par des abrutis, devraient se réveiller. Parce qu’évidemment, notre glorieuse équipe nationale est incapable de produire une prestation aussi piteuse devant une équipe qu’ils respectent. Mettez-les en face des Russes ou des Italiens, condamnés à la défaite par une opinion publique consciente de l’écart des niveaux, et vous serez surpris par leur mobilisation, leur esprit de corps et souvent, au final, par leur résultat. Mais bombardez les favoris logiques devant le Gabon, sous la pression d’un résultat exigible et l’horreur s’installe, le festival commence et c’est la fin du monde.

C’est comme ça : le Marocain est soluble dans la pression et ses routes sont solubles dans l’eau, ce qui n’a rien à voir d’ailleurs, mais on n’arrivait pas à la placer ailleurs. Sous d’autres cieux, lorsqu’un lycéen va passer le bac, son papa lui conseille de se détendre, de respirer. Chez nous, on lui propose de se serrer la tête, alias de zeyer rassou, parce qu’il est naturellement détendu. La conclusion s’impose : il faut retirer au Marocain toute pression pour espérer obtenir un résultat. Il faut s’abstenir d’attendre quelque chose pour pouvoir l’obtenir. Feignons donc l’indifférence, n’ayons l’air de rien, désintéressons-nous publiquement de ces histoires de footballeurs et nous pourrions bien finir champions du monde.

 
 
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