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Par Driss Bennani
MOULAY HICHAM, ALI AMAR, ETC.
Grand malentendu et petites polémiques
Lessai qui vient dêtre publié en France par Ali Amar naura probablement pas de vie au Maroc. Il déclenche pourtant une intense polémique dans les milieux médiatico-politiques nationaux. Eclairage.
Sorti le 29 avril en France et en Europe, le premier livre de Ali Amar (Le grand malentendu, Calmann-Lévy) a visiblement peu de chances dêtre distribué au Maroc. Mais attention, prévient demblée lauteur, il ne sagit pas de censure. Calmann-Lévy est une filiale du groupe Hachette |
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qui dispose dune société de distribution exclusive au Maroc. Cette dernière na pas jugé utile de commander le livre, affirme Amar. Même son de cloche du côté de ce professionnel de lédition qui rappelle un précédent du même genre. Les Trois rois dIgnace Dalle na jamais été distribué au Maroc pour les mêmes raisons. Le livre a pourtant fait de très bons scores en France et notamment dans les aéroports où plusieurs Marocains transitent tous les jours. Nest-ce pas de la censure déguisée, du coup ? Difficile de laffirmer. Disons simplement que certains distributeurs préfèrent ne pas commander certains livres pour préserver leurs intérêts sur le marché marocain, confie une source au sein de la société de distribution Hachette, qui na pas souhaité sexprimer officiellement sur le sujet.
Une chose reste cependant sûre : le livre de Amar dérange. Dabord, parce que cest bien la première fois quun sujet de Sa Majesté ose sattaquer à lexercice (jusque-là périlleux) de lessai journalistique. Ensuite, parce que lauteur na tout simplement pas pris de gants pour la rédaction de son brûlot. Attaques frontales contre Mohammed VI, retour sur des affaires peu flatteuses pour le régime (Mandari, Talsint, etc.), et surtout une retranscription détaillée de certaines rencontres et déclarations censées rester secrètes. Même en France, explique Ali Amar, le livre a été accueilli avec une certaine tiédeur qui ma grandement étonné. Même si jai pu faire des matinales sur de grandes radios ou sur des écrans de télévision, nous avons eu très peu de retours dans la presse qui a préféré éviter le sujet ou y consacrer de petits formats.
Cachez-moi ce livre
Au Maroc, plusieurs personnes ont tenu à marquer leurs distances vis-à-vis de louvrage dès la publication des premières bonnes feuilles dans la presse, à commencer par les anciens compagnons de Amar au Journal Hebdomadaire. Fadel Iraki, actionnaire majoritaire de la publication casablancaise, a par exemple demandé à déprogrammer un dossier sur le sujet à la dernière minute. Ali nous avait promis lexclusivité des bonnes feuilles, mais jai été étonné dapprendre que plusieurs autres confrères sapprêtaient à publier la même chose. Jai alors décidé de temporiser, cela nous permettait en plus de prendre du recul par rapport à ce livre et à la polémique quil a déclenchée, explique Iraki. Lhomme ne cache pourtant pas une certaine amertume quant à la démarche adoptée par lauteur du Grand malentendu. Je nen veux pas à Ali mais je regrette sincèrement que dautres aient eu connaissance de lexistence ou du contenu du livre avant nous. Nous avons vécu des choses intenses pendant plus de dix ans, il ny avait pratiquement pas de secrets entre nous, conclut Iraki. Dautres personnes, comme Driss Jettou (ancien Premier ministre), ont préféré pour leur part contester des informations erronées contenues dans le livre de Amar. Lancien Premier ministre nie par exemple avoir dit que Au Palais, on ne lit pas tous vos articles dans le détail, (et) le sens général nest pas souvent compris. Vous navez pas affaire à des intellectuels. Ce genre de démentis visent à décrédibiliser le livre de Ali Amar, de manière à en faire un non-événement et cest ce qui est train de se passer, constate notre professionnel de lédition.
Profonde révulsion
Mais la charge la plus violente contre louvrage de Amar est venue des Etats-Unis où réside Moulay Hicham, cousin germain du roi Mohammed VI et grand ami de Ali Amar. Dans un texte adressé à notre rédaction, Moulay Hicham exprime sa profonde révulsion à légard du contenu et du style de cet ouvrage avant de poursuivre : Au lieu dun bilan sérieux et objectif de ces dix années de règne, lauteur nous donne un tissu de clichés malveillants sur la personne du roi, de son épouse, sur la famille royale, ainsi que sur de nombreuses personnalités politiques, des intellectuels, des artistes, des journalistes et des militants associatifs. Lobjectif de M. Amar paraît des plus douteux. Non seulement il napporte rien, mais il en rajoute par lusage dun vocabulaire injurieux qui cache mal la vacuité du propos. Le prince critique sévèrement lensemble des chapitres du Grand malentendu. Selon lui, aucun sujet na eu droit à un traitement équilibré et profond. Moulay Hicham va plus loin en affirmant quen somme, tout se passe comme si lon était en présence dun combat singulier opposant le roi à Ali Amar. Le journaliste ayant perdu ainsi tout sens des proportions.
Pour comprendre les raisons de lindignation du prince (en plus de sa frustration académique), il faut en fait aller à la dernière page du livre, celle des remerciements. On peut notamment y lire ceci :
Bien que Marocain et issu de ce milieu, ma compréhension des arcanes du Makhzen ne serait pas ce quelle est sans le prince Moulay Hicham et son épouse Malika, qui ont eu lamitié de me faire partager, pendant toutes ces années, leur connaissance du sujet et leurs souvenirs avec passion, écrit Ali Amar. Pour Moulay Hicham, ces quelques phrases ne sont pas anodines. Il (lauteur) se permet de me citer sans vérifier mes propos. Plus encore, il me cite comme pour suggérer que je suis lune de ses sources. Je refuse dêtre instrumentalisé pour un objectif aussi peu louable, affirme Moulay Hicham.
Je nai injurié personne
Des propos qui étonnent Ali Amar. Selon lui : Les remerciements que comporte le livre sont de bonne foi. Je nai jamais dit que Moulay Hicham et son épouse étaient des sources. Je ne veux causer de problèmes à personne et je nai pas écrit ce livre pour des raisons revanchardes. Lauteur dit dailleurs comprendre que certains, qui sattendaient à un essai plus académique ou plus analytique, soient quelque peu déçus ou frustrés. Mais tous ont le droit décrire. Nous avons suffisamment souffert du manque de témoignages sur lhistoire immédiate. Il faut banaliser ce genre de pratiques, explique-t-il. Lauteur reste également serein quant aux éventuelles répercussions (notamment judiciaires) que pourrait entraîner la parution de son livre. Je crois avoir fait attention au respect dû au roi en tant que personne et en tant que chef dEtat. Je nai injurié personne, répond Amar. Soit, mais na-t-il pas péché par précipitation ? En tout, il na consacré que quatre mois à la rédaction de son ouvrage. Trop peu, selon ses détracteurs, pour recouper toutes les informations et confirmer les principales citations contenues dans le livre. Cela expliquerait, toujours selon eux, la masse dinexactitudes contenues dans Le grand malentendu. Là encore, Ali Amar tient à relativiser en affirmant quil na pas démarré la rédaction ex-nihilo. Je me suis appuyé sur une documentation amassée au fil de plusieurs années. Tout était déjà sourcé et soigneusement conservé dans des notes écrites. Reste une question : en écrivant ce livre, Amar met-il un terme à sa carrière journalistique ? Cest la fin dun cycle, celui du Journal Hebdomadaire, mais pas dune carrière. Je crois que si dautres journalistes sessayaient à cet exercice, il y aurait moins dexacerbation autour. Avis aux intéressés ? |
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Dixit. Le prince Moulay Hicham répond à Ali Amar
A la suite de la publication par Ali Amar du livre Mohammed VI. Le grand malentendu, chez Calmann-Lévy, je tiens à faire savoir que, contrairement à ce que visent à insinuer de bien curieux remerciements, ni moi-même ni mon épouse navons introduit de quelque manière que ce soit lauteur dans les soi-disant arcanes du Palais. Je ne mexplique pas ces remerciements dautant que jai cessé tout contact avec Ali Amar depuis deux ans, en raison de doutes sur son intégrité. Ceux qui me connaissent ou suivent mes prises de position savent que jai toujours agi à visage découvert, en prenant mes responsabilités sur la place publique. Ils connaissent aussi la valeur que jattache à la liberté dexpression. Mais celle-ci comporte également des obligations : il appartient ainsi à Ali Amar dassumer les atteintes à la vie privée et à la réputation de nombreuses personnes -de la famille royale aux militants de la société civile, en passant par ses confrères journalistes - quil juge expéditivement dans son livre, souvent au mépris des faits et sans jamais leur donner loccasion de présenter leur part de vérité. De tels procédés se jugent deux-mêmes. Je fais confiance aux lecteurs pour les prendre comme ce quils sont : les preuves dun regrettable manque de professionnalisme. Hicham Ben Abdellah Alaoui |
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