N° 372
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

GRIPPE PORCINE. Le virus de la discorde
TUNISIE. Où s’arrêtera Sakhr El Materi ?
L'ACTU MONDE



Par Zoé Deback

GRIPPE PORCINE. Le virus de la discorde
L’Egypte cherchait depuis longtemps
à se débarasser des élevages porcins… (AFP)

Dans certains pays qui ont toujours pris les cochons en grippe, le nom de la maladie dérange encore plus que les symptômes.


Les virologues auraient été bien avisés d’adopter, dès le début de l’épidémie, l’appellation scientifique du nouveau virus : “virus de la grippe A/H1N1”. Car ses premières dénominations, qui l’ont rendu célèbre, “virus de la grippe porcine” puis “de la grippe mexicaine”, ont causé plus d’une réaction irrationnelle. Climat de paranoïa aidant, ces qualificatifs ont jeté le discrédit sur les cochons et sur les Mexicains.
La Chine par exemple, non contente de suspendre les vols de la compagnie Aeromexico, a créé un froid diplomatique en décidant, samedi 2 mai, de placer en quarantaine des dizaines de personnes en provenance du Mexique. Les autorités de Hong-Kong n’y sont pas allées de main morte non plus, en mettant en quarantaine un hôtel entier, où un Mexicain porteur du virus était descendu le 30 avril. Quelque 300 personnes, clients et employés, ont dû patienter sept jours avant de pouvoir rentrer chez eux. Des mesures totalement exagérées selon de nombreux médecins.
Face à la menace pandémique, Internet a été pris d’assaut, mêlant informations scientifiques et explications farfelues (dont plusieurs “théories du complot”). Les plus paranoïaques peuvent même télécharger sur leur iPhone l’application Swine Flu Tracker, qui informe en permanence des nouveaux cas de grippe A/H1N1.

Jeûne et prière
Au cœur de cette panique médiatique, les pays de tradition musulmane ou juive, bien qu’ils soient épargnés (ou peu touchés) par l’épidémie, se sont distingués par un certain malaise, voire des réactions disproportionnées. Peu importe que le virus ne soit pas porcin à proprement parler, mais issu d’une recombinaison de souches (dans ce cas probablement humaines, porcines et aviaires), et que sa propagation se fasse, depuis le début de l’épidémie, d’humain à humain, et exclusivement par voie respiratoire. Dès le 27 avril, le vice-ministre israélien de la Santé (ultra-orthodoxe) a imposé l’appellation “grippe mexicaine” pour éviter les mots impurs. Et le lundi 4 mai, alors que le quatrième cas de grippe A/H1N1 venait d’être confirmé en Israël, le grand rabbin sépharade a appelé à un jour de jeûne et de prière pour lutter contre la propagation du virus. Quant au seul cochon d’Afghanistan, au zoo de Kaboul, il a été mis en quarantaine pour ne pas effrayer les visiteurs…
Si l’élevage est absent dans les pays du Golfe, ainsi qu’en Libye et en Algérie, plusieurs autres pays à majorité musulmane le tolèrent : Maroc, Tunisie, Liban… L’Egypte a le cheptel le plus impressionnant, avec environ 250 000 bêtes, élevées et consommées essentiellement au sein de la communauté chrétienne copte (environ 8% des Egyptiens). Les zabbaline (chiffonniers), qui recyclent les ordures des grandes villes, se servent également des cochons pour récupérer tout ce qui est comestible. Ces élevages informels sont le principal gagne-pain de nombreux quartiers pauvres. Mais, le 29 avril, le président Hosni Moubarak -dont le gouvernement avait été très critiqué pour sa négligence lors de l’épidémie de grippe aviaire - a décidé de faire abattre tous les porcs d’Egypte. Cette mesure extrême, jugée totalement inutile par l’Organisation mondiale de la santé, a déclenché un tollé international. Le gouvernement a alors rectifié le tir en déclarant qu’il s’agissait d’une “mesure sanitaire générale” ayant pour but d’éradiquer les élevages insalubres pour les remplacer par des fermes porcines dans le sud du Caire. “Dans deux ans, les porcs seront de retour”, a-t-il promis. De nombreux observateurs estiment ce plan peu crédible, d’autant que les quartiers en question constituent un fief islamiste.

Les Coptes, des boucs émissaires
L’opération d’abattage, commencée le 29 avril, se heurte à la résistance des éleveurs de porcs, peu convaincus par les indemnisations promises par le gouvernement. A l’est du Caire, des affrontements ont éclaté à l’arrivée des policiers qui voulaient emporter les 60 000 cochons cachés dans cette partie de la ville. Bilan : 12 agents et 8 éleveurs blessés. Tout porte à croire que le gouvernement égyptien cherchait depuis longtemps à se débarrasser de ces élevages porcins, pour des motifs au moins autant politiques que sanitaires. Trois jours avant la décision d’abattre le cheptel, des “experts” invités à une émission télévisée populaire avaient laissé au vestiaire leur rigueur scientifique pour déclarer que les cochons des zabbaline présentaient un danger dans la transmission de la grippe A/H1N1. Après l’augmentation des violences interreligieuses l’année passée, ces propos pourraient bien transformer les Coptes en boucs émissaires si l’épidémie arrivait en Egypte. Dans ce contexte, la prise de position du “pape copte” Chenouda III, soutenant la décision du gouvernement, a été interprétée comme la volonté d’éviter une crise majeure.
De son côté, l’OMS a finalement présenté le virus A/H1N1 comme moins virulent que prévu : en dehors du Mexique et des USA, personne n’a succombé à cette grippe. Pour certains médecins, la souche dominante du virus A/H1N1 est comparable à une grippe saisonnière. Lundi 4 mai, après une semaine de “pays mort” qui a coûté au Mexique des centaines de millions de dollars, le président Felipe Calderon a réuni les gouverneurs pour évoquer la réouverture des lieux publics. L’OMS, pour sa part, maintient par précaution le degré d’alerte au niveau 5 (sur une échelle de 6) et met en garde contre une deuxième vague de grippe qui pourrait revenir de l’hémisphère sud, plus virulente après s’être combinée aux grippes amenées par l’hiver austral qui s’approche. Les masques respiratoires - dont certains designers ont déjà fait des objets fashion -, risquent de rester à la mode encore longtemps…


zoom. Progression de la pandémie
Depuis les premiers cas détectés au Mexique début avril, le virus A/H1N1 continue son petit bonhomme de chemin. Jeudi 7 mai, le nombre de cas confirmés avoisinait les 2000 personnes dans le monde, dont près de 1000 (30 mortels) au Mexique et 650 (2 mortels) aux Etats-Unis. La Nouvelle-Zélande a annoncé que des écoliers ont ramené le virus A/H1N1 en Océanie, après un voyage au Mexique. L’Europe, elle, a été contaminée via l’Espagne. L’Asie, habituée des épidémies, s’était bien préparée à l’arrivée du virus. L’Afrique, sans doute protégée par un trafic aérien moins intense que dans le reste du monde, retient son souffle. Quelques cas suspects ont été détectés en Afrique australe mais le danger est plus susceptible d’arriver par le Nord. Plus précisément, par les frontières entre le Maroc et l’Espagne. Car jusqu’à aujourd’hui, notre voisin du Nord est le plus touché d’Europe (avec au moins 70 cas avérés). Justement, le premier cas suspect de grippe A/H1N1 en Afrique du Nord a été détecté, dimanche 3 mai, dans l’enclave espagnole de Sebta…

 
 
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