N° 372
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Karim Boukhari


k.boukhari@telquel.info (DR)

Notre ami du Journal
Au-delà de la petite tempête soulevée par la sortie du Grand malentendu de Ali Amar (lire détails en p.18), que l’on doit tant au profil de son auteur qu’à la nature de son propos, on peut s’arrêter sur plusieurs points périphériques. Le livre est une habile compilation de 10 ans de règne et, disons, de crispations entre la multitude de petits et grands personnages qui gravitent autour du Palais et les actionnaires d’une publication qui a compté, à sa manière, au moment de la transition entre les deux règnes : Le Journal Hebdomadaire. Ce document a le mérite d’exister, il contribue à “libérer la parole” dans un
pays, vous le savez très bien, où tout le monde préfère se taire. On ne témoigne de rien, ou alors simplement dans les chaumières et les salons. On ne raconte rien, ou alors à ses amis, une fois les téléphones éteints. On écrit si peu ou si mal, parce qu’on ne maitrîse pas assez les techniques d’écriture et, en amont, le processus de compilation et de vérification de données. On ne publie pas grand-chose parce que notre édition est un petit marché ronronnant, absolument déconnecté de la petite Nayda qui fouette depuis quelques années (depuis le nouveau règne, en fait) la presse, la musique, le cinéma et la peinture de ce pays. Le livre qui vient d’être publié chez Calmann-Lévy porte assez bien son titre puisque des malentendus, nous en vivons et nous en incarnons. Ils sont aussi nombreux que les pépites à l’époque des chercheurs d’or. Il n’y a qu’à se baisser… Malentendus, donc, petits et grands. Sur la dimension réelle d’un journal ou la qualité de ceux qui le font. Sur la vocation des uns et des autres, sur la nature de leurs projets, sur leur sérieux, sur la (dis)proportionnalité de certains combats, de certaines statures et postures. Et sur la sincérité de certains personnages. Leur lucidité, aussi… Il y a tellement à dire. Maintenant, il y a ce détail, cette pépite : le livre laisser entendre, et c’est une idée assez largement répandue dans les cercles passéistes qui animent aussi ce pays, que les réformes introduites sous Hassan II et l’espace de liberté arraché à l’époque étaient plus importants, plus conséquents que ce l’on peut vivre aujourd’hui. En gros, si Hassan II était resté, les Marocains seraient plus libres et plus développés aujourd’hui. La vérité, c’est que cette idée a été longtemps répercutée par Driss Basri, qui s’en était ouvert au soir de sa vie auprès de plusieurs journalistes, à commencer par ceux du Journal Hebdomadaire. Il disait : “Moi, de mon temps, celui de Hassan II, au moins on n’arrêtait pas les journalistes”. C’est cette idée, complètement biaisée (on n’arrêtait pas “beaucoup” les journalistes parce qu’on ne leur concédait qu’un espace d’expression ridicule), qui inspire à certains relayeurs, et les journalistes en sont, la nostalgie du passé. Et ça, mes amis, il n’y a nul besoin de se ranger parmi les thuriféraires du nouveau règne pour le comprendre. Un minimum de bons sens, de lucidité et peut-être de sincérité feraient l’affaire.


Les rois du stade
Si vous avez suivi le Raja-Wydad du weed-end dernier à la télévision, vous devez savoir que le match s’est déroulé dans un bon esprit, que le fair-play a triomphé, que l’organisation a été parfaite et que le public aussi. Mais c’est complètement faux, bien entendu. A la télévision, on ne dit rien. Lorsqu’un joueur du Raja s’est effondré en plein match, passant tout près d’un arrêt cardiaque, aucun commentateur n’a cru bon de rappeler qu’il y a à peine sept ans, un joueur (international, qui plus est) a trouvé la mort pratiquement dans les mêmes circonstances, dans le même derby. Maintenant, oublions la télévision. Le derby, ce n’est pas que du foot. C’est des chiffres, des “scores”. En voici quelques -uns : 5000 policiers et 100 agents mobilisés pour une dizaine de bus cassés, près de 400 arrestations, une dizaine de personnes déférées devant la justice, deux hospitalisations, des milliers de resquilleurs, des gamins (pourtant interdits de stade, d’après le nouveau règlement qui régit le foot marocain). Le derby, c’est aussi des anecdotes, dont celle-là : deux gosses arrivent à l’entrée du stade. Un agent les apostrophe : “Vous n’êtes pas accompagnés, vous ne pouvez pas rentrer”. Un policier surgit alors : “Ce sont mes enfants, je les fais rentrer”. Il rappelle que “des milliers de gamins non accompagnés sont à l’intérieur du stade, alors que la loi l’interdit”. “Pourquoi pas les miens ?, conclut notre policier. “Qu’ils paient au moins leur billet”, rétorque l’agent. Réponse définitive : “Non, ils ne paieront rien. Je rends service à ce pays, je veux que l’on me rende service aussi”. Et les gosses sont rentrés, grâce au bravoureux papa.

 
 
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