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Par Karim Boukhari
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k.boukhari@telquel.info (DR)
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Notre ami du Journal
Au-delà de la petite tempête soulevée par la sortie du Grand malentendu de Ali Amar (lire détails en p.18), que lon doit tant au profil de son auteur quà la nature de son propos, on peut sarrêter sur plusieurs points périphériques. Le livre est une habile compilation de 10 ans de règne et, disons, de crispations entre la multitude de petits et grands personnages qui gravitent autour du Palais et les actionnaires dune publication qui a compté, à sa manière, au moment de la transition entre les deux règnes : Le Journal Hebdomadaire. Ce document a le mérite dexister, il contribue à libérer la parole dans un |
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pays, vous le savez très bien, où tout le monde préfère se taire. On ne témoigne de rien, ou alors simplement dans les chaumières et les salons. On ne raconte rien, ou alors à ses amis, une fois les téléphones éteints. On écrit si peu ou si mal, parce quon ne maitrîse pas assez les techniques décriture et, en amont, le processus de compilation et de vérification de données. On ne publie pas grand-chose parce que notre édition est un petit marché ronronnant, absolument déconnecté de la petite Nayda qui fouette depuis quelques années (depuis le nouveau règne, en fait) la presse, la musique, le cinéma et la peinture de ce pays. Le livre qui vient dêtre publié chez Calmann-Lévy porte assez bien son titre puisque des malentendus, nous en vivons et nous en incarnons. Ils sont aussi nombreux que les pépites à lépoque des chercheurs dor. Il ny a quà se baisser
Malentendus, donc, petits et grands. Sur la dimension réelle dun journal ou la qualité de ceux qui le font. Sur la vocation des uns et des autres, sur la nature de leurs projets, sur leur sérieux, sur la (dis)proportionnalité de certains combats, de certaines statures et postures. Et sur la sincérité de certains personnages. Leur lucidité, aussi
Il y a tellement à dire. Maintenant, il y a ce détail, cette pépite : le livre laisser entendre, et cest une idée assez largement répandue dans les cercles passéistes qui animent aussi ce pays, que les réformes introduites sous Hassan II et lespace de liberté arraché à lépoque étaient plus importants, plus conséquents que ce lon peut vivre aujourdhui. En gros, si Hassan II était resté, les Marocains seraient plus libres et plus développés aujourdhui. La vérité, cest que cette idée a été longtemps répercutée par Driss Basri, qui sen était ouvert au soir de sa vie auprès de plusieurs journalistes, à commencer par ceux du Journal Hebdomadaire. Il disait : Moi, de mon temps, celui de Hassan II, au moins on narrêtait pas les journalistes. Cest cette idée, complètement biaisée (on narrêtait pas beaucoup les journalistes parce quon ne leur concédait quun espace dexpression ridicule), qui inspire à certains relayeurs, et les journalistes en sont, la nostalgie du passé. Et ça, mes amis, il ny a nul besoin de se ranger parmi les thuriféraires du nouveau règne pour le comprendre. Un minimum de bons sens, de lucidité et peut-être de sincérité feraient laffaire.
Les rois du stade
Si vous avez suivi le Raja-Wydad du weed-end dernier à la télévision, vous devez savoir que le match sest déroulé dans un bon esprit, que le fair-play a triomphé, que lorganisation a été parfaite et que le public aussi. Mais cest complètement faux, bien entendu. A la télévision, on ne dit rien. Lorsquun joueur du Raja sest effondré en plein match, passant tout près dun arrêt cardiaque, aucun commentateur na cru bon de rappeler quil y a à peine sept ans, un joueur (international, qui plus est) a trouvé la mort pratiquement dans les mêmes circonstances, dans le même derby. Maintenant, oublions la télévision. Le derby, ce nest pas que du foot. Cest des chiffres, des scores. En voici quelques -uns : 5000 policiers et 100 agents mobilisés pour une dizaine de bus cassés, près de 400 arrestations, une dizaine de personnes déférées devant la justice, deux hospitalisations, des milliers de resquilleurs, des gamins (pourtant interdits de stade, daprès le nouveau règlement qui régit le foot marocain). Le derby, cest aussi des anecdotes, dont celle-là : deux gosses arrivent à lentrée du stade. Un agent les apostrophe : Vous nêtes pas accompagnés, vous ne pouvez pas rentrer. Un policier surgit alors : Ce sont mes enfants, je les fais rentrer. Il rappelle que des milliers de gamins non accompagnés sont à lintérieur du stade, alors que la loi linterdit. Pourquoi pas les miens ?, conclut notre policier. Quils paient au moins leur billet, rétorque lagent. Réponse définitive : Non, ils ne paieront rien. Je rends service à ce pays, je veux que lon me rende service aussi. Et les gosses sont rentrés, grâce au bravoureux papa. |
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