N° 372
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

De Hassan Hamdani

“Ma vie, c’est l’khedma l’dar”

Hassan El Fad
Comédien (TNIOUNI)

Antécédents

1962. Naissance à Casablanca
1998. One man show Ninja
2001. Prix du meilleur second rôle dans Ali, Rabiâ et les autres
2002. Crée Kanat Ci Bi Bi pour la TVM
2003. Présente Q’hiwa mâa Hassan sur TVM
2005. One man show Dr Ghlala. Crée Chanily TV sur TVM.
2009. Chroniqueur dans Sahrane mâak allayla sur 2M

Le PV
Hassan El Fad évite de se laisser surprendre par les questions. Il réfléchit, cherche le terme juste, le trait d’esprit aussi. En un mot, il maîtrise sa communication depuis qu’il est à cheval sur plusieurs carrières, sa tête chauve couverte de plusieurs casquettes. Il monte sur scène un jour pour jouer des personnages absurdes, et le lendemain, il anime un séminaire des forces de vente de son sponsor dans la téléphonie mobile. Il est au four pour faire cuire à feu doux son humour décalé qu’il aimerait, un jour, servir chaud sans l’affadir aux Marocains. Et au moulin, à faire le camelot pour ses sponsors. Paradoxal, Hassan El Fad. A soigner d’urgence…


Smyet bak ?
Mohamed Ben Mohamed

Smyet mok ?
Jamila Bent Brahim

Nimirou d’la carte ?
Vous l’avez déjà (BJ 11 055, ndlr). Quoique cela ne vous regarde pas.

Vous êtes un humoriste francophone ou arabophone ?
Ni l’un ni l’autre. Je suis dans un dosage des deux langues, ce qui fait de moi un humoriste marocain.

Ce qui vous oblige à vous limiter pour ne pas vous couper du public…
On ne peut pas parachuter de l’humour décalé au milieu d’un public habitué à des formes de rire plus académiques. Je creuse des percées à chacun de mes spectacles ou émissions de télévision. Je dose entre le rire surréaliste et absurde que j’aimerais faire et les habitudes du public marocain. Pour cela, je fais des compromis.

Où finit le compromis et où commence la compromission ?
Je me trahis quelques fois en me limitant. Je partage mon humour avec ceux qui me ressemblent, mais cette ressemblance a des degrés. Tous les Marocains sont sensibles à mon personnage de vétéran de l’Indochine. Par contre, quand je fais le philosophe qui invente la “relatitivité”, je sais que je m’adresse à beaucoup moins de gens. Pourtant, ils me ressemblent autant.

Un peu schizophrène en somme…
Oui, comme beaucoup de Marocains. A l’origine, le Maroc faisait une symbiose des genres. Avec la crise, le mix de cultures est devenu schizophrénie.

Sexe, religion, politique ne sont jamais abordés dans vos spectacles. Autocensure ?
Si, j’en parle. Je décide de mon degré de hardiesse en flairant la réceptivité de la salle. Je fais une vanne, si je vois qu’il y a de la réactivité, je pousse plus loin pour voir. L’humour, c’est comme l’amour, ça se fait à deux.

Vous n’avez pas la sensation de servir de la confiture à des cochons ?
Je ne pense pas produire de la confiture et je n’ai pas l’impression d’avoir affaire à des cochons.

Le goût pour le show, ça vient tôt ?
Au primaire, je dessinais des images que je commentais. Le spectacle se tenait dans un garage abandonné et je faisais salle comble grâce à ma famille très nombreuse. J’accrochais un panneau en carton pour annoncer le spectacle, une semaine à l’avance. Le tarif d’entrée : une capsule de limonade.

Vous avez eu une période hippie. C’est sérieux pour un chauve ?
Chauve parce que je le vaux bien. Le Hassan El Fad devant vous, c’est celui d’après. Mais il y a eu celui d’avant, l’adolescent avec la queue de cheval. Au même titre que Bob Dylan ou Nass El Ghiwane, mon frère plus âgé était une de mes idoles. J’écoutais fasciné ses conversations avec ses amis, au coin de la rue, sur le savoir vivre hippie.

Au point d’en faire une mauvaise chanson avec un certain Si Mehdi…
Qu’est ce qu’on entend par qualité artistique ? Le morceau a plu aux jeunes et moins jeunes. C’est une rencontre multi-générationnelle portée par un rythme d’inspiration manouche.

Vous contribuez pourtant à bâtir le mythe d’un âge d’or seventies dans la tête des jeunes.
Je n’ai jamais considéré les années 1970 comme un âge d’or. Je n’associe pas cette période uniquement aux années de plomb, mais aussi à l’exubérance artistique des seventies. Quoique je me souvienne très bien que mes amis et moi fuyions à l’arrivée des estafettes. Nous n’avions rien à nous reprocher, mais la peur des flics de l’époque créait ce genre de réflexe.

Vous admirez Tarik Ibn Zyad dont vous avez fait un personnage de votre dernier one man show. Pourquoi ?
Gamin, il m’a fait rêver car c’est le premier véritable héros que l’on rencontre dans les manuels scolaires marocains. C’était pour moi un grand homme qui a pris la mer, avant de brûler ses bateaux et construire Al Andalus.

Brûler ses bateaux, c’est pas un peu idiot en cas de défaite ?
Il n’avait pas l’intention de revenir. C’est l’histoire officielle dont je vous parle, telle qu’on nous l’a racontée. La version espagnole doit bien entendu être différente. Mais je m’en fiche, je me suis fabriqué mon propre héros, mon Tarik Ibn Zyad que j’ai mis en scène dans un sketch.

Toujours aussi fan de l’imam star de la mosquée Hassan II, Omar Kzabri ?
Oui. J’assiste aux prières qu’il dirige pendant le ramadan. J’ai eu le plaisir de croiser l’homme, il est sympathique et parle avec bonhomie.

Vous êtes très pieux ?
Pieux, je ne sais pas. Pratiquant, cela se limite à ça.

Très sérieux, au fond.
Ma vie, c’est “l’khedma l’dar”. J’ai calqué mes valeurs sur celles de mon père : bien faire son travail et avoir une famille.

Vous n’avez foulé le tapis rouge du Festival international de cinéma de Marrakech qu’une seule fois. Asocial à ce point ?
Je fais beaucoup d’efforts, mais je ne suis pas très sociable. Je n’aime ni les mondanités, ni ce tapis rouge qui me pose problème. J’en profite d’ailleurs pour demander à mes collègues d’être plus discrets lorsqu’ils passent dessus.

C’est quoi votre problème avec l’Egypte ?
Je n’aime pas l’hégémonie culturelle. La culture du Machreq en général est en train de raser les spécificités de l’identité marocaine.

Même Oum Kaltoum ne trouve pas grâce à vos yeux ?
J’écouterais du Oum Kaltoum le jour où j’y serais acculé (rire).

Vous êtes chroniqueur dans Sahran maâk allayla sur 2M, émission présentée par Imad Ntifi. Entre vous deux, ce ne serait pas un choc des cultures ?
Mahmoud Abbas a serré la main à Ehud Olmert, l’USFP pense à une alliance avec le PJD. Pourquoi pas Imad et moi ? Non, sans blague, il faut provoquer des rencontres, chercher des surprises, proposer de nouvelles choses au téléspectateur marocain. Imad Ntifi et moi sommes suffisamment différents pour être complémentaires, même si cette complémentarité n’est pas encore tout à fait au point dans l’émission.

Et votre femme, vous la faites rire ?
Non, dans la vraie vie, je suis plutôt râleur et grincheux. Ma femme me traite de croque-mort, n’aimant pas trop mon humour. Une de mes vannes fait l’unanimité ? Elle, elle l’a trouve juste “pas mal”.

 
 
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