N° 372
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Réda Allali

Zakaria Boualem va se payer le luxe d’un titre
de champion du Maroc avec le Raja.


Nom : Boualem
Prénom : Zakaria
Né en 1976 à Guercif
Signe particulier : Marocain à tendance paranoïaque



On reproche à Zakaria Boualem son ton désabusé, voire geignard, son esprit négatif et son ironie systématique, quasiment érigée en mode de vie. C’est faux, cet homme est sans doute plus complexe que ne peut le laisser penser cette chronique. Nous allons cette semaine tenter de coller au plus près à ses états d’âme, et vous décrire sans plus attendre le riche panel d’émotions qui a traversé le Guercifi, et merci de pardonner cette phrase étrange.
Amusé. Il n’aura échappé à personne que le Maroc utile, toujours aussi original et inattendu dans ses choix, s’était donné rendez-vous à Marakech ce week-end. Zakaria Boualem, représentant du Maroc futile, s’était aussi invité à la fête. C’est ainsi qu’il s’est retrouvé, comme tout le monde, coincé de longues minutes sur les péages autoroutiers. Le
spectacle de grosses berlines et autres 4X4 sombres se faufilant tels des rats sur la bande d’arrêt d’urgence pour gagner quelques secondes lui a beaucoup plu. Il faut voir ces conducteurs qui avancent piteusement en raclant leur rétroviseur contre la barrière de sécurité et qui évitent de tourner la tête du côté de ceux qu’ils doublent pour ne pas avoir à croiser leur regard. Un vrai plaisir, de constater une nouvelle fois que le civisme n’a absolument rien à voir avec le niveau social.
Rassuré. Il n’y a pas de grippe mexicaine au Maroc, ni de grippe du khinzire hachakoum d’ailleurs. C’est formidable. Il n’y a aucun risque, nous sommes protégés par nos frontières et par l’efficacité de notre système de santé publique, que Dieu l’assiste. Au cas où, il est important de noter que le Maroc a débloqué 850 millions de dirhams pour lutter contre ce virus qui n’existe pas chez nous. C’est pour éviter qu’il se mette à exister soudain. Il existe donc de l’argent, quelque part, pour lutter contre les choses qui risquent d’exister. Zakaria Boualem propose de débloquer ces fonds pour lutter contre des choses qui existent, comme l’analphabétisme, l’administration, le choléra, la TVM, les taxis, la tuberculose et les juges pourris. S’il reste de l’argent, on pourrait acheter un gardien de but pour l’équipe nationale, et merci.
Etonné. Zakaria Boualem est musulman. A ce titre, il est supposé mépriser les femmes et les épouser par packs de quatre. Les Européens, par contre, sont des gentlemen soucieux de l’égalité des sexes et tout entiers occupés à accorder aux femmes la place qu’elles méritent. Ils s’épanouissent dans la fidélité alors que les Zakaria Boualem, dominés par leurs hormones, font à peu près n’importe quoi. Bizarrement, les grands leaders occidentaux ne respectent pas cette charte. Il y a eu François Mitterrand et le Prince Charles, tous les deux bigames, citons aussi Bill Clinton et sa stagiaire. Et voilà que surgit le cavalier Berlusconi, dont l’épouse vient de demander le divorce. Elle lui reproche de s’être rendu à l’anniversaire d’une jeune fille de 18 ans dans une boîte de nuit napolitaine et d’avoir inscrit sur ses listes électorales une équipe de jolies jeunes femmes plus connues pour la taille de leurs décolletés que pour la pertinence de leurs propositions en politique étrangère. Il existe donc des Italiens, des Français, des Anglais et des Américains infidèles. C’est très déstabilisant, de constater que nous sommes battus sur le terrain de l’hypocrisie. Presque vexant, en fait.
Ravi. Par l’incroyable spectacle offert cette année par la Champions’ League. Des matches de légende en quantité abondante, des scénarios renversants, des buts inouïs. Liverpool héroïque, Barcelone magique, Manchester implacable, Chelsea rugueux… Zakaria Boualem s’est régalé. Il va même se payer le luxe d’un titre de champion du Maroc avec le Raja malgré une défaite parfaitement ridicule contre une équipe dont le nom m’échappe et qui joue en rouge, la pauvre. Il s’en fout, il est champion du Maroc, il vous dit.

 
 
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