N° 373
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

CGEM. Whatever ONA wants !
L'ACTU ÉCONOMIE



Par Fahd Iraqi

CGEM. Whatever ONA wants !
Moulay Hafid Elalamy n’est pas candidat à sa propre succession. (AIC PRESS)

Digne d’une mauvaise comédie dramatique, les élections à la présidence de la Confédération des entreprises sont riches en rebondissements. Chronique d’une folle semaine chez le patronat..

Jeudi 7 mai, siège de la Confédération générale des entreprises du Maroc (CGEM). Les administrateurs du “syndicat des patrons” tiennent conseil. A l’ordre du jour, un seul point : l’examen et la validation des deux candidatures déposées pour la succession de Moulay Hafid Elalamy. La séance est à peine ouverte qu’un coup de théâtre se
produit : Mohamed Chaïbi, candidat à la présidence, et son vice-président en lice, Youssef Alaoui, annoncent leur retrait de la course. L’assistance est sidérée, la bataille pour le prestigieux fauteuil de patron des patrons est compromise.

Non à la candidature unique !
Quelques jours auparavant, le duo était en tournée pour présenter son programme dans certaines régions du royaume. Sauf qu’à l’époque, Chaïbi et Alaoui pensaient être les seuls en piste. C’était le seul ticket à avoir manifesté son intention de prendre les rênes du patronat et à déposer officiellement sa candidature. Néanmoins, quelques jours avant le dernier délai de dépôt des candidatures, un autre binôme se positionne. Mohamed Horani (président de HPS) et Mohamed Tamer (patron de Bogard) font leur entrée sur la scène, poussés par une frange du patronat qui voulait éviter à tout prix de revivre le remake des élections 2006, où Moulay Hafid Elalamy s’était retrouvé seul à postuler pour la présidence. “C’est pour ne pas se retrouver avec une candidature unique que des entrepreneurs se sont mobilisés pour convaincre ce nouveau duo de se présenter, même si les chances de l’emporter étaient vraiment minimes”, nous explique Karim Zaz. Mais le dépôt de candidature du ticket Horani – Tamer ne sera pas une simple formalité. En préparant les pièces du dossier, l’équipe se retrouve confrontée à une entrave juridique : les statuts de la CGEM stipulent que les candidats doivent être des représentants légaux de sociétés adhérant directement à la CGEM et à jour de leurs cotisations. Or les deux postulants sont membres indirects de la CGEM. Etant à la tête de fédérations sectorielles (l’Apebi pour Horani et l’Amith pour Tamer), ils sont membres du conseil d’administration de la Confédération, mais leurs sociétés ne sont pas membres directs de la CGEM. Cette contrainte, introduite par les nouveaux statuts de la CGEM établis en 2005, est considérée aujourd’hui par ses propres rédacteurs comme une aberration. “Nous l’avons introduite après les élections 2003 où il y a eu un parachutage massif d’entreprises qui sont venues payer leurs cotisations au dernier moment, pour soutenir Adnane Debbagh contre Hassan Chami”, nous explique l’un d’entre eux. Mais à toute entrave juridique, il existe une échappatoire. C’est ainsi que Tamer aussi bien que Horani se voient offrir un poste d’administrateur chez d’autres entreprises, en règle, pour être éligibles. Tamer devient alors administrateur d’une société textile appartenant au groupe Moula Ratib. Horani, de son côté, devient représentant légal d’Archos conseil, une filiale de l’ONA. Le groupe royal fait son apparition dans la bataille pour les élections…

Des élections sans aucun candidat ?
Le duo Horani-Tamer dépose alors sa candidature in extremis. “L’accusé de réception de notre dossier est horodaté du mardi 5 mai à 17h50 (40 minutes avant la clôture, ndlr). Il est clair que nous nous y sommes pris avec quelque retard, mais suffisamment tôt pour être dans les délais et nous avions le temps pour mener campagne en bonne et due forme”, nous explique Horani. Reste alors la simple formalité de validation technique des candidatures par le conseil d’administration de la CGEM du 7 mai. Mais l’annonce du retrait de Chaïbi et Alaoui a complètement bouleversé la donne. Surtout que le motif évoqué donne la chair de poule : en facilitant la candidature de Horani, le holding royal montre clairement qu’il soutient ce nouveau ticket et les concurrents n’ont pas envie de se retrouver à batailler contre les candidats de l’ONA, et par extension du Palais. Youssef Alaoui serait encore allé plus loin en lançant en plein conseil : “Je risque la malédiction de ma maman si je me lance dans une bataille contre l’ONA”. Dès lors, l’ambiance tourne au vinaigre. Moâtassim Belghazi, président de l’ONA, qui a refusé d’admettre que la nomination (de complaisance) de Horani comme administrateur d’une de ses filiales est un soutien direct à sa candidature, se sent insulté par l’attitude de Chaïbi et Alaoui. Horani, le concurrent d’en face, va plus vite que la musique en lançant : “Pas question de se retrouver dans la position de candidat unique que nous avons voulu éviter. Si nos concurrents se rétractent, nous aussi on se retire”. La situation se complique : la CGEM risque d’organiser des élections sans aucun candidat. Moulay Hafid Elalamy intervient alors pour arrêter l’hémorragie : on revient à l’ordre du jour de la réunion, le conseil valide techniquement les deux candidatures, et on demande aux prétendants de prendre un temps de réflexion avant de se décider. Le week-end porte conseil…

ONA, l’excuse nucléaire
Dès le lendemain, une délégation imposante du patronat marocain s’apprête à s’envoler pour Alger afin d’assister aux travaux du premier forum des hommes d’affaires maghrébins. Sur le tarmac de l’aéroport Mohammed V, on se gausse encore du déroulement de la réunion de la veille. Surtout qu’une des stars du patronat fait faux bond au dernier moment. Youssef Alaoui, qui jusqu’à la veille confirmait sa participation parmi la délégation de la CGEM, s’excuse au dernier moment. Et durant le week-end, la nouvelle tombe : le duo Chaïbi-Alaoui retire officiellement sa candidature. Fuyant désormais les journalistes, le binôme se contente d’un communiqué où il explique son retrait par “des raisons personnelles”. Digne d’une mauvaise lettre de démission.
Une attitude défaitiste qui déçoit bon nombre de patrons. “C’est de la lâcheté électorale. Ils voulaient gagner sans livrer bataille. Dès qu’ils ont vu l’arrivée de la concurrence, ils ont sorti l’excuse nucléaire : l’ONA”, commente un membre de la CGEM. Surtout que la partie n’était pas gagnée d’avance : “Ce n’est pas parce que le holding royal a fait son choix que les jeux sont faits, explique un autre patron. En 2003, Hassan Chami avait gagné face à Adnane Debbagh, alors fortement soutenu par l’ONA et d’autres grands groupes”. Il n’empêche que l’ONA pèse lourd, très lourd. Au-delà des 400 voix qui peuvent faire basculer la balance, il y a surtout cet effet psychologique : “Qui dit ONA, dit Palais. Rares sont les entrepreneurs suffisamment ‘clean’ pour oser contester les décisions venues d’en haut”, explique un membre du patronat.
Le désistement officiel du duo Chaïbi-Alaoui laisse donc la voie libre au duo Horani -Tamer. Surtout que ceux-ci ont révisé leur position durant le week-end : ils sont décidés à aller jusqu’au bout, même s’ils se retrouvent ticket unique. “C’est une situation regrettable, mais on a décidé de continuer, car on ne peut pas trahir la confiance des entreprises qui ont soutenu notre candidature”, justifie, un peu confus, Horani.
Encore une fois, les élections de la CGEM sont jouées d’avance avec une seule candidature. Pas de véritable campagne électorale, encore moins de débat ou de confrontation d’idées entre postulants, et même la participation risque d’être minime. En 2006, le taux d’abstention avait dépassé les 60%. Un score à battre si les patrons veulent donner un minimum de crédibilité à leur futur président… par défaut.

Bilan. Peut mieux faire
Il avait droit à un deuxième mandat, mais il s’est abstenu. Un geste tellement rare dans un pays où les décideurs ont plutôt tendance à chercher à conserver leurs postes à vie. En cela, le très rusé Moulay Hafid Elalamy a marqué un point. Surtout que son bilan aurait pu lui servir pour briguer un second mandat. Retour des grands groupes au sein de la CGEM, dépoussiérage des commissions de la Confédération, réductions fiscales, absorption de la fédération des PME, élaboration d’un livre blanc regroupant les revendications du patronat, introduction d’un label CGEM… autant de réalisations sous son mandat. Mais pour les initiés de la Confédération, certains de ces acquis sont à relativiser. “Pour la baisse de la fiscalité, c’est une mesure gouvernementale dans laquelle la CGEM n’a aucun mérite, explique un entrepreneur. Le gouvernement a d’abord procédé à une baisse de l’Impôt sur le revenu avant de toucher à l’Impôt sur les sociétés comme le demandait le patronat. D’ailleurs, au sujet de l’IS, la suppression de la provision pour investissement a conduit à l’augmentation de la pression fiscale sur les entreprises malgré la baisse du taux”. Autre exemple cité, la labellisation : “C’est une mesure inspirée de la catégorisation des entreprises de textile qui a eu un large succès. Le label CGEM, lui, n’a jusque-là pas séduit plus d’une dizaine d’entreprises”. Même le livre blanc ne trouve pas grâce chez les détracteurs du président sortant. “C’est une excellente initiative, mais il est regrettable de constater que les revendications du patronat ont été élaborées par un cabinet d’expertise étranger”, souligne notre source. En gros, si Moulay Hafid Elalamy n’a pas déçu, il pouvait faire beaucoup mieux.

 
 
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