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Par Fahd Iraqi
CGEM. Whatever ONA wants !
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Moulay Hafid Elalamy nest pas candidat à sa propre succession. (AIC PRESS)
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Digne dune mauvaise comédie dramatique, les élections à la présidence de la Confédération des entreprises sont riches en rebondissements. Chronique dune folle semaine chez le patronat..
Jeudi 7 mai, siège de la Confédération générale des entreprises du Maroc (CGEM). Les administrateurs du syndicat des patrons tiennent conseil. A lordre du jour, un seul point : lexamen et la validation des deux candidatures déposées pour la succession de Moulay Hafid Elalamy. La séance est à peine ouverte quun coup de théâtre se |
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produit : Mohamed Chaïbi, candidat à la présidence, et son vice-président en lice, Youssef Alaoui, annoncent leur retrait de la course. Lassistance est sidérée, la bataille pour le prestigieux fauteuil de patron des patrons est compromise.
Non à la candidature unique !
Quelques jours auparavant, le duo était en tournée pour présenter son programme dans certaines régions du royaume. Sauf quà lépoque, Chaïbi et Alaoui pensaient être les seuls en piste. Cétait le seul ticket à avoir manifesté son intention de prendre les rênes du patronat et à déposer officiellement sa candidature. Néanmoins, quelques jours avant le dernier délai de dépôt des candidatures, un autre binôme se positionne. Mohamed Horani (président de HPS) et Mohamed Tamer (patron de Bogard) font leur entrée sur la scène, poussés par une frange du patronat qui voulait éviter à tout prix de revivre le remake des élections 2006, où Moulay Hafid Elalamy sétait retrouvé seul à postuler pour la présidence. Cest pour ne pas se retrouver avec une candidature unique que des entrepreneurs se sont mobilisés pour convaincre ce nouveau duo de se présenter, même si les chances de lemporter étaient vraiment minimes, nous explique Karim Zaz. Mais le dépôt de candidature du ticket Horani Tamer ne sera pas une simple formalité. En préparant les pièces du dossier, léquipe se retrouve confrontée à une entrave juridique : les statuts de la CGEM stipulent que les candidats doivent être des représentants légaux de sociétés adhérant directement à la CGEM et à jour de leurs cotisations. Or les deux postulants sont membres indirects de la CGEM. Etant à la tête de fédérations sectorielles (lApebi pour Horani et lAmith pour Tamer), ils sont membres du conseil dadministration de la Confédération, mais leurs sociétés ne sont pas membres directs de la CGEM. Cette contrainte, introduite par les nouveaux statuts de la CGEM établis en 2005, est considérée aujourdhui par ses propres rédacteurs comme une aberration. Nous lavons introduite après les élections 2003 où il y a eu un parachutage massif dentreprises qui sont venues payer leurs cotisations au dernier moment, pour soutenir Adnane Debbagh contre Hassan Chami, nous explique lun dentre eux. Mais à toute entrave juridique, il existe une échappatoire. Cest ainsi que Tamer aussi bien que Horani se voient offrir un poste dadministrateur chez dautres entreprises, en règle, pour être éligibles. Tamer devient alors administrateur dune société textile appartenant au groupe Moula Ratib. Horani, de son côté, devient représentant légal dArchos conseil, une filiale de lONA. Le groupe royal fait son apparition dans la bataille pour les élections
Des élections sans aucun candidat ?
Le duo Horani-Tamer dépose alors sa candidature in extremis. Laccusé de réception de notre dossier est horodaté du mardi 5 mai à 17h50 (40 minutes avant la clôture, ndlr). Il est clair que nous nous y sommes pris avec quelque retard, mais suffisamment tôt pour être dans les délais et nous avions le temps pour mener campagne en bonne et due forme, nous explique Horani. Reste alors la simple formalité de validation technique des candidatures par le conseil dadministration de la CGEM du 7 mai. Mais lannonce du retrait de Chaïbi et Alaoui a complètement bouleversé la donne. Surtout que le motif évoqué donne la chair de poule : en facilitant la candidature de Horani, le holding royal montre clairement quil soutient ce nouveau ticket et les concurrents nont pas envie de se retrouver à batailler contre les candidats de lONA, et par extension du Palais. Youssef Alaoui serait encore allé plus loin en lançant en plein conseil : Je risque la malédiction de ma maman si je me lance dans une bataille contre lONA. Dès lors, lambiance tourne au vinaigre. Moâtassim Belghazi, président de lONA, qui a refusé dadmettre que la nomination (de complaisance) de Horani comme administrateur dune de ses filiales est un soutien direct à sa candidature, se sent insulté par lattitude de Chaïbi et Alaoui. Horani, le concurrent den face, va plus vite que la musique en lançant : Pas question de se retrouver dans la position de candidat unique que nous avons voulu éviter. Si nos concurrents se rétractent, nous aussi on se retire. La situation se complique : la CGEM risque dorganiser des élections sans aucun candidat. Moulay Hafid Elalamy intervient alors pour arrêter lhémorragie : on revient à lordre du jour de la réunion, le conseil valide techniquement les deux candidatures, et on demande aux prétendants de prendre un temps de réflexion avant de se décider. Le week-end porte conseil
ONA, lexcuse nucléaire
Dès le lendemain, une délégation imposante du patronat marocain sapprête à senvoler pour Alger afin dassister aux travaux du premier forum des hommes daffaires maghrébins. Sur le tarmac de laéroport Mohammed V, on se gausse encore du déroulement de la réunion de la veille. Surtout quune des stars du patronat fait faux bond au dernier moment. Youssef Alaoui, qui jusquà la veille confirmait sa participation parmi la délégation de la CGEM, sexcuse au dernier moment. Et durant le week-end, la nouvelle tombe : le duo Chaïbi-Alaoui retire officiellement sa candidature. Fuyant désormais les journalistes, le binôme se contente dun communiqué où il explique son retrait par des raisons personnelles. Digne dune mauvaise lettre de démission.
Une attitude défaitiste qui déçoit bon nombre de patrons. Cest de la lâcheté électorale. Ils voulaient gagner sans livrer bataille. Dès quils ont vu larrivée de la concurrence, ils ont sorti lexcuse nucléaire : lONA, commente un membre de la CGEM. Surtout que la partie nétait pas gagnée davance : Ce nest pas parce que le holding royal a fait son choix que les jeux sont faits, explique un autre patron. En 2003, Hassan Chami avait gagné face à Adnane Debbagh, alors fortement soutenu par lONA et dautres grands groupes. Il nempêche que lONA pèse lourd, très lourd. Au-delà des 400 voix qui peuvent faire basculer la balance, il y a surtout cet effet psychologique : Qui dit ONA, dit Palais. Rares sont les entrepreneurs suffisamment clean pour oser contester les décisions venues den haut, explique un membre du patronat.
Le désistement officiel du duo Chaïbi-Alaoui laisse donc la voie libre au duo Horani -Tamer. Surtout que ceux-ci ont révisé leur position durant le week-end : ils sont décidés à aller jusquau bout, même sils se retrouvent ticket unique. Cest une situation regrettable, mais on a décidé de continuer, car on ne peut pas trahir la confiance des entreprises qui ont soutenu notre candidature, justifie, un peu confus, Horani.
Encore une fois, les élections de la CGEM sont jouées davance avec une seule candidature. Pas de véritable campagne électorale, encore moins de débat ou de confrontation didées entre postulants, et même la participation risque dêtre minime. En 2006, le taux dabstention avait dépassé les 60%. Un score à battre si les patrons veulent donner un minimum de crédibilité à leur futur président
par défaut. |
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Bilan. Peut mieux faire
Il avait droit à un deuxième mandat, mais il sest abstenu. Un geste tellement rare dans un pays où les décideurs ont plutôt tendance à chercher à conserver leurs postes à vie. En cela, le très rusé Moulay Hafid Elalamy a marqué un point. Surtout que son bilan aurait pu lui servir pour briguer un second mandat. Retour des grands groupes au sein de la CGEM, dépoussiérage des commissions de la Confédération, réductions fiscales, absorption de la fédération des PME, élaboration dun livre blanc regroupant les revendications du patronat, introduction dun label CGEM
autant de réalisations sous son mandat. Mais pour les initiés de la Confédération, certains de ces acquis sont à relativiser. Pour la baisse de la fiscalité, cest une mesure gouvernementale dans laquelle la CGEM na aucun mérite, explique un entrepreneur. Le gouvernement a dabord procédé à une baisse de lImpôt sur le revenu avant de toucher à lImpôt sur les sociétés comme le demandait le patronat. Dailleurs, au sujet de lIS, la suppression de la provision pour investissement a conduit à laugmentation de la pression fiscale sur les entreprises malgré la baisse du taux. Autre exemple cité, la labellisation : Cest une mesure inspirée de la catégorisation des entreprises de textile qui a eu un large succès. Le label CGEM, lui, na jusque-là pas séduit plus dune dizaine dentreprises. Même le livre blanc ne trouve pas grâce chez les détracteurs du président sortant. Cest une excellente initiative, mais il est regrettable de constater que les revendications du patronat ont été élaborées par un cabinet dexpertise étranger, souligne notre source. En gros, si Moulay Hafid Elalamy na pas déçu, il pouvait faire beaucoup mieux. |
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