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Par Mohammed Boudarham
POLITIQUE. Les sénateurs refusent de mourir
Fait rare dans les annales parlementaires, la deuxième chambre reprend du poil de la bête. En cause, les élections communales du 12 juin.
Depuis une dizaine de jours, les couloirs du parlement bruissent de lagitation soudaine des sénateurs. Le groupe de lUnion constitutionnelle (UC) sactive auprès des conseillers pour recueillir les 90 signatures (soit le tiers des 270 sénateurs) lui permettant de déposer une motion davertissement au gouvernement. Cest que lUC y |
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tient mordicus. Même si la procédure nest pas aussi terrible quune motion de censure, qui peut renverser le gouvernement, elle nen constitue pas moins un signe politique fort, qui oblige le Premier ministre à répondre officiellement aux motifs de lavertissement.
Carton jaune pour Abbas
Les reproches adressés à Abbas El Fassi ? Des propos qui lui sont attribués par la presse affirmant que la deuxième chambre serait sous la mainmise de lobbies. Grave crime de lèse-sénateurs. Driss Radi, président du groupe UC, sest empressé de brandir la menace dune motion davertissement, acculant Abbas El Fassi à fournir des explications. Cest du mépris de la part dun gouvernement dont la faiblesse, dans la gestion de plusieurs dossiers, nest plus à démontrer, sinsurge un conseiller du parti du cheval.
LUC nest pas la seule formation à donner de la voix contre loffense dEl Fassi. Cest une grave immixtion dans les affaires de linstitution parlementaire, nous disons stop, ça ne passera pas, renchérit Mohamed Fadili, secrétaire général-adjoint du Mouvement populaire (MP) et premier vice-président de la même chambre. Pour le leader haraki, la sortie du Premier ministre est une réplique inappropriée aux déclarations de certains conseillers de lopposition qui avaient affirmé que le projet de Code de la route (initié par le ministre istiqlalien Karim Ghellab) pouvait déboucher sur lanarchie. Et le sénateur de conclure que son parti mène des concertations avec ses partenaires pour adopter la démarche qui simpose. La signature de la motion davertissement ? Envisageable.
Pas de quoi faire trembler lIstiqlal pour autant. La procédure est impossible à faire aboutir au vu des forces politiques en présence, commente un conseiller istiqlalien. Allusion faite aux 82 conseillers du groupe Rassemblement et modernité (PAM-RNI) et aux 53 sénateurs du parti de la balance, qui représentent, en tout, la moitié des sénateurs. Autrement dit, même si lUC arrive à recueillir les signatures nécessaires, la motion na aucune chance dêtre votée. Pour ce sénateur, cette agitationest à mettre sur le compte de la fièvre préélectorale. Le mot est lâché.
Joutes préélectorales
Ce branle-bas de combat est tout à fait normal. Nous sommes en période préélectorale et les parlementaires sont prêts à tout pour profiter de la fenêtre que leur offre la retransmission des questions orales chaque mardi sur la télé publique, analyse un autre élu de lIstiqlal pour qui lUC, le MP et la FDT (Fédération démocratique du travail, proche de lUSFP, parti qui siège au gouvernement) semblent redécouvrir lopposition. Ce qui se passe na rien à voir avec les prochaines élections, rétorque Mohamed Fadili, qui nen démord pas. Le gouvernement ne fait rien contre le chômage, linsécurité, etc. Notre devoir est de le mettre face à ses responsabilités.
La majorité des conseillers, en pleine campagne dans leurs circonscriptions respectives, allongent le pas jusquà Rabat, tous les mardis après-midi, histoire de briller à la séance des questions orales. Conjoncture oblige, ils préfèrent la rhétorique politicienne aux débats de fond. A suivre ces joutes oratoires, on ne peut guère deviner que le débat, le vrai, concerne le sort même de la deuxième chambre, depuis longtemps remise en cause, au point que la prochaine copie constitutionnelle (quand elle verra le jour) risque de modifier jusquaux attributions de la chambre des conseillers.
Des conseillers, aujourdhui, qui refusent de mourir, pour reprendre lexpression dun parlementaire. Le débat est reporté sur dautres sujets périphériques, plus ou moins liés à lactualité. Exemple du Code de la route. Ecoutons ce cadre du parlement, expert en droit constitutionnel : Au fond, les joutes entre opposition et gouvernement relèguent au second plan de sérieuses entorses à la loi. La décision de suspendre lexamen du projet de Code de la route nest pas du ressort de la présidence de la chambre et du ministre de lEmploi, mais de la commission de lIntérieur. Cest une décision anticonstitutionnelle. Ce juriste estime que ladite décision est dautant plus illégale que la présidence de la commission de lIntérieur est vacante depuis le départ de Brahim Abouzaïd (remplacé par Omar Dkhil), nommé gouverneur par Mohammed VI. Mais, dans lhémicycle, cette irrégularité ne semble pas interpeller les sénateurs. Leurs yeux sont rivés sur les communales du 12 juin, mais aussi, bien au-delà, sur le renouvellement du tiers des conseillers, prévu le 2 octobre prochain. Parmi les 90 conseillers sortants, tous concernés par le renouvellement en question, on dénombre plusieurs stars du petit monde politique, comme listiqlalien Mohamed Ansari, président de la commission de la Justice, le Rniste Driss Alaoui, patron de la commission de lAgriculture, et le socialiste Mohamed Alami à la tête de celle de lEnseignement.
Le gîte et le couvert
Dans tous les cas, lété sera chaud et les chantiers attendront la rentrée parlementaire doctobre, comme la réforme du fonctionnement de la chambre promise par Maâti Benkaddour. Le président RNI de la chambre semble, lui aussi, plus préoccupé par sa réélection à la commune rurale de Jaqma, dans la région de Settat, que par dautres dossiers. Reçu par Mohammed VI à Ifrane, le lendemain de son élection à la présidence de la deuxième chambre, le successeur de Mostafa Oukacha avait soumis au roi un plan de réforme (nouvel organigramme, redistribution des rôles pour les questions orales, création dune chaîne de télévision parlementaire, etc) de ladite chambre et promis de passer à laction dès que possible. Mais de lavis de plusieurs conseillers, majorité et opposition comprises, rien na abouti.
Benkaddour avait une réelle volonté de faire bouger les choses et de changer limage de cette chambre, mais il a fini par être happé par lambiance générale. Et par limminence des communales qui le poussent, dabord, à assurer sa propre réélection, remarque un conseiller de la majorité.
Pour le moment, la seule réalisation tangible est de lordre de lanecdotique : depuis quelques semaines, les conseillers
offrent le gîte aux députés. Parce que leur siège était en réfection, les députés ont trouvé refuge chez leurs voisins, les sénateurs. Tout simplement. Les députés nous ont logés pendant plus dune décennie, nous avons aujourdhui loccasion de leur rendre la pareille. Mais à condition quils ne séternisent pas, ironise un conseiller.
Organisation de la deuxième chambre (voir PDF) |
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