N° 373
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

PAKISTAN. Guerre aux talibans
L'ACTU MONDE



Par Nina Hubinet.

PAKISTAN. Guerre aux talibans
Les combats ont chassé plus de
500 000 habitants de leurs villages. (AFP)

Sous la pression américaine, Islamabad a lancé une grande offensive contre les talibans dans le nord-ouest du pays. Les combats ont poussé des centaines de milliers de Pakistanais à l’exode.

Une “guerre invisible”. C’est ainsi que les médias pakistanais parlent du conflit en cours dans les montagnes proches de la frontière afghane, car aucun journaliste ne peut accéder aux zones des combats, bouclées par l’armée. Mardi 12 mai, le commandement pakistanais a annoncé avoir mis en déroute les combattants islamistes, après une opération
héliportée dans la vallée de Peochar, où se trouve leur quartier général. Mais ces affirmations sont impossibles à vérifier.
Le 26 avril, l’armée pakistanaise a lancé une offensive d’envergure pour faire reculer les talibans, qui n’étaient plus qu’à une centaine de kilomètres d’Islamabad. Le gouvernement pakistanais a agi sous la pression de Washington, qui considérait l’accord conclu en février avec les talibans comme une “abdication”. En échange de la paix, les autorités pakistanaises avaient accepté que les talibans instaurent officiellement la Charia dans la vallée de Swat, où ils sont implantés depuis deux ans. Mais Islamabad a tardé à nommer les juges chargés d’appliquer la législation religieuse, et les talibans ont exprimé leur mécontentement en avançant jusqu’aux portes de la capitale.
“Ils ne s'attendaient pas à une telle offensive”, a déclaré lundi 11 mai le ministre de l'Intérieur pakistanais, Rehman Malik, soutenant que 720 talibans (et 24 soldats pakistanais) avaient été tués depuis le 26 avril. Environ 15 000 soldats feraient face à 5000 combattants islamistes. “L'opération se poursuivra jusqu'à ce que le dernier taliban soit chassé”, a ajouté Rehma Malik. “Les talibans pakistanais ne veulent pas conquérir le pouvoir. Ils savent que leur vision de l’islam n’est pas partagée par la majorité des Pakistanais”, estime Karim Pakzad, chercheur associé à l’Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS), interrogé par le journal en ligne Mediapart. “Mais ils ont engagé une épreuve de force avec Islamabad pour faire appliquer la Charia dans tout le nord-ouest du pays”, explique-t-il.

Crise humanitaire majeure
Pour le moment, les combats ont surtout chassé plus de 500 000 habitants de leurs villages. Dimanche 10 mai, des milliers de civils ont profité d’une levée du couvre-feu pour quitter la région. En fuyant, certains se sont retrouvés sous le feu des bombardements de l’armée et plusieurs personnes ont été tuées. “Le fait que les talibans décapitent leurs ennemis et utilisent les civils comme boucliers humains ne donne pas tous les droits à l’armée pakistanaise”, a rappelé Brad Adams, directeur régional de Human Rights Watch.
L’ONU dit maintenant craindre une “crise humanitaire majeure” dans le pays, alors que 550 000 autres réfugiés fuyant les combats avaient déjà trouvé refuge dans la région en 2008. Les réfugiés de la vallée de Swat, qui ont vécu sous la loi des talibans, contestent certaines interdictions faites aux femmes par les islamistes, comme celle de travailler dans les champs. Certains disent en revanche apprécier l’impartialité des talibans en matière de justice. Mais tous les déplacés interrogés fustigent l’incapacité du gouvernement pakistanais à leur venir en aide.

 
 
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