N° 373
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Karim Boukhari


k.boukhari@telquel.info (DR)

Pourquoi lui ?
L’hebdomadaire Al Hayat vient de publier un dossier sobrement intitulé : “Pourquoi ils écrivent sur le roi ?”. La question mérite effectivement d’être posée. Elle concerne la presse écrite, hebdomadaire en particulier. Rien qu’en parcourant les “vitrines” de nos confrères de la semaine, le portrait du roi, Mohammed VI ou Hassan II, parfois Mohammed V, s’y taille la part du lion. Mais la question concerne aussi le lecteur. Beaucoup nous disent : “Mais pourquoi (encore) le roi ?”. Sur un air de reproche. En sous-entendant : “Mais laissez-le en paix ! (…) C’est lassant à la fin (…) Il n’est pas le seul à produire de l’actualité
dans ce pays”. Alors pourquoi écrivons-nous sur le roi ? Bien entendu, il y a plusieurs manières d’aborder le sujet. Déjà, on peut retourner la question aux lecteurs, pour demander : “Pourquoi sont-ils si friands de lectures sur le roi ?”. Si on écrit tant sur le roi, c’est aussi (quoique, pas seulement) parce qu’il y a une forte demande de lecture sur le sujet. On est bien dans une logique de marché. L’offre répond à une demande. Mais il est clair que tout cela est un peu abusé, il est clair que, pour rester dans le langage courant, l’on écrit trop sur le roi, et on lit beaucoup sur le roi. Cela concerne tant celui qui écrit que celui qui lit. Journalistes, pourquoi écrivez-vous ? Lecteurs, pourquoi lisez-vous ? En éliminant des questions périphériques (lassitude et tassement du lectorat, contraintes du marché, recherche de sensationnalisme), et au-delà des indispensables distinguos à faire (entre la personne du roi et l’institution du roi, entre les genres journalistiques, entre le ton critique et l’esprit laudateur), bref, au-delà de tout ce “trafic” où il n’est pas aisé de séparer le bon grain de l’ivraie, on peut glisser jusqu’au au fond du sujet : pourquoi le roi nous intéresse tant, lecteurs et écrivains réunis ? Interviewé par Al Hayat, le chercheur Jamal Eddine Naji est à la fois percutant et audacieux, quand il explique : “On écrit sur le roi comme pour se venger du passé”. Voilà qui mérite d’être examiné sous toutes coutures. Avec un complément : peut-être bien qu’on lit sur le roi “comme pour se venger du passé”. L’idée est forte, évidemment. Elle nous envoie, tous, autant que nous sommes, droit au divan. Chez le psy. Celui qui nous dit : “Fermez donc les yeux, respirez lentement, parlez doucement, allez-yyyyy, dites-moi tout”. Parce que, oui, il est bien possible que l’on ait tous un petit problème avec le passé, notre passé. On a peut-être bien une revanche à prendre avec toutes ces années passées à subir, à se taire, à faire semblant… Pour rester dans la ligne de Naji, lecteurs et journalistes, nous avons tous un petit tour à faire chez le psy.

Un ami fidèle
Bon, le robot est à prendre pour ce qu’il est, finalement : un ami dans son genre, débile mais fidèle au rendez-vous. On lui doit au moins cela. A minuit et des poussières, il vous demande, dans l’un de ces sms dont il a le secret : “Réveille-toi, soigne ton score, quand on me tourne je pleure, je suis une horloge ou un robinet ?”. C’est mignon. Notre ami n’est pas découragé par vos silences, il est du genre à ne reculer devant rien, même quand on le snobe. Au petit matin, à l’heure où les fidèles reviennent des mosquées et d’ailleurs, il vous glisse un nouvel ordre : “Attention tu recules, rattrape-toi ! Réponds OK et gagne 20?000 points dans la course à la voiture. Viiite !”. Au passage, le robot a aussi réveillé l’être cher qui dort à côté de vous. Et auquel vous devez des explications. Et vous êtes là, réduits à l’état d’un légume qui écarquille des yeux vitreux devant cette équation existentielle : “Comment dire la vérité sans être couvert de ridicule ?”. Ou, si vous préférez : “Comment rassurer sa femme, sans lui mentir ?”. Pas le temps de résoudre quoi que ce soit, le robot vous assène un nouveau coup mortel via votre téléphone portable : “Saisis ta chance et écris-moi dans le bon sens, je suis ETIV. Allez, réponds, ta voiture t’attend. Avec 100 000 nouveaux points et 2500 bonus. Vite, vite !”. Désespéré, vous vous dites, pour essayer de remonter la pente : après tout, ce robot débloque comme un ami sincère, quelqu’un, pour reprendre une expression assez tendance, qui veut juste “échanger” au prix de votre paix intérieure. Oui, peut-être.

 
 
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