|
Par Fadoua Ghannam
IMMOBILIER. Tendance à la baisse
|
Avec la baisse des transactions
immobilières, les promoteurs
devront se montrer plus agressifs pour espérer vendre
(TNIOUNI)
|
Comment le marché de limmobilier se porte au Maroc ? Si la crise tant crainte par les professionnels ne se fait pas encore ressentir, le secteur vit un grand attentisme. Tour du marché en 10 questions.
Ces dernières années, limmobilier a été une véritable locomotive de croissance au Maroc. Construction et vente de logement, industrie des matériaux, engins de BTP, emplois
des pans entiers de léconomie nationale ont été portés par leuphorie du secteur. Mais le renversement de tendance à linternational, notamment en Espagne où limmobilier |
|
est littéralement effondré en 2008 et dont les grands promoteurs se sont installés en masse au royaume, a jeté la suspicion sur lévolution du secteur au Maroc. Résultat : les professionnels du secteur, aussi bien promoteurs, commerciaux que banquiers ou encore notaires, observent une stagnation du marché qui pousse de nombreux observateurs à parler de crise.
Limmobilier vit-il une crise ?
Les professionnels préfèrent évoquer un ralentissement de la croissance du secteur plutôt que de crise. Les années 2000 ont été fastes pour limmobilier au point que nombre dobservateurs sattendaient à un éclatement de la bulle. Cela na pas eu lieu, explique Annick Guidon, agent immobilier à Casablanca. Nous ne sommes pas encore dans une logique de crise, mais nous constatons un affaiblissement du marché, souligne pour sa part William Simoncelli, directeur de Carré Immobilier. En cause, la flambée des prix enregistrée entre 2006 et 2008. Le mètre carré a atteint un niveau tel que tout le monde choisit dattendre le bon moment pour acheter. La crise est beaucoup plus psychologique. Elle a engendré un attentisme observé sur tout le territoire national, explique pour sa part Taoufik Hejira, ministre de lHabitat et de lUrbanisme.
Les appartements se vendent-ils mal ?
La baisse du nombre de transactions immobilières est réelle, à en croire ce notaire casablancais. On ne traite plus autant de dossiers quil y a un an, précise-t-il. Même constat du côté des promoteurs, même sils rechignent à lavouer ouvertement. De plus en plus dappartements neufs trouvent difficilement des acquéreurs, souligne ce membre de la Fédération nationale de la promotion immobilière. Même le ministre de tutelle laffirme : Certains segments comme le haut standing et limmobilier de luxe souffrent dune baisse de la demande, commente Taoufik Hejira.
Quel impact sur les promoteurs ?
Le ralentissement du marché na pas eu de conséquences néfastes. La situation actuelle du secteur a permis de faire le ménage du côté de la profession. Le secteur connait de grandes mutations au Maroc. Le marché est en train dexclure tous les non-professionnels, explique Taoufik Hejira. Le boom des dernières années a attiré un nombre considérable de Marocains qui se sont improvisés, du jour au lendemain, en promoteurs immobiliers. A côté de cet assainissement, on assiste actuellement à une véritable bataille commerciale entre promoteurs. Lexemple le plus édifiant est Bouskoura. Deux des plus grands promoteurs du pays, Addoha et la CGI, y commercialisent actuellement des projets immobiliers. La filiale de la CDG a réussi à écouler plus de 600 villas en un seul mois, performance quAddoha na pu égaler. La CGI a été plus agressive, commercialement parlant, commente cet agent immobilier.
Les prix vont-ils baisser ?
Non !, jurent les promoteurs et les agents immobiliers. Le contraire aurait été étonnant de leur part
Mais si une légère correction des prix nest pas à exclure, ce nest pas non plus demain que le mètre carré va seffondrer. Les raisons ne manquent pas. Dabord, la demande dépasse de loin loffre disponible dans plusieurs villes et régions du Maroc. Le déficit que connaît le secteur est aux alentours dun million de logements, explique Taoufik Hejira. A ce déséquilibre du marché sajoute une raréfaction des terrains à construire au sein des grandes agglomérations du pays. Enfin, les banques continuent toujours daccorder des facilités de financement aux futurs propriétaires. Le secteur a encore une grande marge de développement dans les années à venir, conclut le ministre.
Les taux bancaires vont-ils augmenter ?
Les taux des prêts immobiliers sont voués à être stables. Zouhir Chorfi, directeur du Trésor au ministère de l'Economie et des Finances, la affirmé lors de sa dernière sortie médiatique. Difficile de croire que le ministère mettrait en jeu lavenir du secteur de limmobilier, qui montre déjà des signes dessoufflement, avec une augmentation des taux. Cela dit, les encours de crédits à limmobilier ne cessent daugmenter. A fin février 2009, ils ont enregistré une hausse de 25?% par rapport au même mois de lannée dernière, atteignant désormais les 155 milliards de dirhams.
Est-ce le bon moment pour acheter ?
Il nexiste pas de moment particulier pour acheter un bien immobilier, précise William Simoncelli. Annick Guidon parle pour sa part de stabilisation des prix, aussi bien des logements neufs que de seconde main. Pour ces deux agents immobiliers, la question quil faut plutôt se poser est le rapport qualité-prix du bien convoité. Lautre paramètre à prendre en considération est la capacité dendettement de chaque personne. Acheter maintenant, cest une bonne chose, mais pas à nimporte quel prix.
Ne vaut-il pas mieux louer ?
Cest la grande question que se posent tous les ménages locataires mais qui aspirent à être propriétaires. Et ils sont nombreux. Si à lachat le marché stagne, le locatif se porte, quant à lui, très bien. Les prix ont commencé à augmenter, conséquence de la grande demande. Les maisons à louer sont de plus en plus rares à Casablanca par exemple. Lapproche de lété, saison des changements de locataires, narrangera rien à la situation, explique Annick Guidon.
Haut ou moyen standing, que choisir ?
De lavis même du ministre de tutelle, le segment de haut standing se trouve en front office de la crise mondiale. Il est évident que limmobilier de luxe est touché de plein fouet par la crise économique, analyse-t-il. Les raisons concernent directement la clientèle ciblée par ce produit immobilier de luxe. Selon les chiffres du ministère de lHabitat, seuls 4 % de la population marocaine peuvent se permettre ce type dacquisition immobilière, vu leur pouvoir dachat. Pour le moyen standing, lavenir est plus prometteur. LEtat a engagé sa garantie pour tous les prêts immobiliers entre 300 000 et 800 000 DH dans le cadre du plan Damane Sakane. Il a également mobilisé, pour la seule année 2009, plus de 3500 ha dans la périphérie des grandes villes pour ce type de logements.
Où fait-il bon acheter ?
Deux régions sont particulièrement touchées par le tassement actuellement observé dans le secteur immobilier : Tanger et Marrakech. La ville du nord a grandement pâti de la baisse de lactivité industrielle due à la crise mondiale. En outre, quelques-uns de ses plus grands projets de luxe ont également été stoppés pour le même motif, notamment ceux menés par linvestisseur qatari Dyar. Pour la ville ocre, le recul de lactivité est en étroite relation avec la défection des clients étrangers. A cause de la conjoncture mondiale, les non-Marocains deviennent de plus en plus réticents à investir dans des secondes résidences, souligne Aziz Ouarrak, agent immobilier marrakchi. Pour William Simoncelli, seuls les projets immobiliers bien structurés, qui ont adopté une bonne politique commerciale, se vendent sans grande peine.
Quelles sont les villes à éviter ?
Les stars de la promotion immobilière sont incontestablement Casablanca et Rabat. Cest la preuve que le marché maroco-marocain se porte bien, précise William Simoncelli. Pour cet agent immobilier, ces deux villes sont des valeurs sûres pour les investisseurs où la demande excède toujours loffre immobilière. La nouvelle ville Tamesna na pas réussi à résorber tout le déficit de la capitale. Il en est de même pour Casablanca où les deux villes nouvelles annoncées en 2006, Lakhyayta et Zenata, nont pas encore vu le jour. La tension persiste par ailleurs sur deux segments en particulier : le social et le moyen standing. Faute de terrains et de documents durbanisme récents, les promoteurs préfèrent se diriger vers limmobilier de luxe qui leur assure une plus grande marge. Avec les nouvelles incitations pour laccès de la classe moyenne à la propriété, ils sont en train de changer de stratégie, explique ce promoteur casablancais. |
 |
Prix du mètre carré neuf à Casablanca
Racine : entre 18 000 et 25 000 DH
Gauthier : entre 18 000 et 22 000 DH
Maârif, Palmiers, 2 mars entre 12 000 et 15 000 DH
Oulfa : entre 5000 et 7000 DH
et Rabat
Hay Ryad : entre 16 000 et 20 000 DH
Agdal : de 14 000 à 18 000 DH
Hassan : de 13 000 à 16 000 DH
Diour Jamâa : de 7000 à 12 000 DH
Chiffres recoupés auprès de plusieurs agents immobiliers. |
|
|