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Par Fadoua Ghannam
EL HIMMA vs BENMOUSSA. La guerre ouverte
Après une longue hésitation, le ministère de lIntérieur a rejeté les candidatures de députés transhumants aux communales de 2009. Une première qui met le ministère de lIntérieur en confrontation directe avec le PAM.
En septembre 2007, 595 parlementaires ont été élus sous différentes couleurs politiques. Et depuis, 70 dentre eux ont changé de parti en cours de mandat. En jargon politique, on les appelle des transhumants. A la veille de chaque échéance électorale, ces députés caméléons font |
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lobjet dintenses débats (et de confrontations) entre formations politiques rivales. Mais à quelques jours des élections communales de 2009, ce débat risque de se transformer en une véritable crise politique.
Tout a commencé il y a quelques semaines quand, saisi par de nombreux chefs de partis politiques sérieusement touchés par cette hémorragie, le ministre de lIntérieur a demandé au secrétaire général du gouvernement, Driss Dahhak, de se pencher sur les modalités dapplication de larticle 5 de la loi sur les partis. Ce dernier interdit à tout élu de changer de couleur politique en cours de mandat (lire encadré). Le département de Chakib Benmoussa souhaitait, selon certaines sources anonymes, se baser sur une fatwa juridique pour publier une circulaire interdisant la candidature de députés transhumants aux prochaines communales. Le sujet a ensuite été brièvement évoqué en conseil de gouvernement, mercredi 13 mai.
Il nen fallait pas plus pour que le PAM, premier bénéficiaire de cette transhumance, monte au créneau. Une réunion durgence est dabord tenue dans la banlieue de Rabat pour évaluer les conséquences de léventuelle circulaire de lIntérieur. Puis, vendredi, cest au tour des députés estampillés PAM de se fendre dun communiqué virulent, dans lequel ils menacent tout bonnement de démissionner du parlement. Si ce retrait avait été mis en exécution, il aurait signé larrêt de mort du gouvernement El Fassi puisque les 95 députés du PAM constituent lossature de la majorité gouvernementale, rappelle ce politologue. En coulisses, de hauts responsables gouvernementaux rassurent les cadres du parti de Si Fouad, mais les députés mécontents nen démordent pas. Ils exigent un communiqué officiel du département de Benmoussa, démentant ce projet de circulaire. Ils obtiennent finalement une réunion avec le ministre. Le démenti viendra, quant à lui, de lagence officielle MAP qui, dans une dépêche, nie lexistence dune circulaire de lIntérieur interdisant aux candidats transhumants de se porter candidats lors des prochaines communales.
Le bras de fer entre Chakib Benmoussa et Fouad Ali El Himma a-t-il finalement tourné en faveur de ce dernier ? Tout portait à le croire, jusquau mercredi 20 mai, en début de soirée. Une première candidature PAM est rejetée sur la base de larticle 5 à Marrakech. Les cadres du parti de Si Fouad sont pris de court et rédigent, à la hâte, un communiqué qui descend en flamme le département de Benmoussa. Le PAM critique le double discours de lIntérieur et se sent floué. Il maintient dailleurs la menace de démission collective brandie par ses députés, en attendant lissue de lappel que les candidats recalés (une trentaine à lécriture de ces lignes) ont introduit auprès du tribunal administratif. Selon cet observateur : Le ministère de lIntérieur a eu raison de nier lexistence dune circulaire puisque le texte de loi existe et que son application est automatique. Mais cela ressemble effectivement à une ruse utilisée pour calmer momentanément une tempête politique.
Cafouillage politicien
Car au final, cet épisode (PAM contre Intérieur) nest que la dernière démonstration dun véritable malaise, dont souffre toute la classe politique. Au point que plusieurs patrons de partis narrivent plus à suivre le rythme auquel certains de leurs propres adhérents changent dappartenance partisane. Certains ont même été incapables de nous communiquer avec certitude le nombre de leurs parlementaires actuels. Cest le cas du FFD par exemple. La presse a récemment fait état du départ de sept députés sur les neuf que ce parti comptait au début de lactuelle législature. Mais son secrétaire général, Thani El Khyari, temporise. Officiellement, nous navons enregistré que deux départs, Mohamed Benattia de Salé et Ismaïl Barhoumi de Marrakech, tient à préciser lancien ministre de la Santé, qui ne décolère pas quant à lampleur du phénomène. Lun des grands mérites de la loi sur les partis était justement de mettre fin à cette transhumance, qui fait beaucoup de mal aux petites formations. Or, trois années après son entrée en vigueur, le phénomène ne fait que samplifier. Il fallait donc sévir, ajoute M. Khyari. Ce dernier a dailleurs vite fait de porter le cas des deux partants officiels devant la justice. Il y a quelques jours, une plainte a été déposée devant le Tribunal de première instance de Rabat. En plus de larticle 5, le secrétaire général du FFD invoque le préjudice moral. Il demande une réparation de deux millions de DH à chacun de ses anciens députés. Le tribunal a fixé la date du 27 mai pour lannonce du verdict, soit un jour à peine avant la clôture du délai légal de dépôt de candidatures pour les communales du 12 juin.
Mouvement populaire : sauve qui peut !
Un autre parti politique menace de poursuivre en justice ses députés transhumants, le Mouvement populaire (MP), sans doute lun des partis les plus touché par cette hémorragie parlementaire. Il y a quelques jours, son porte-parole officiel, Essaïd Ameskane, avait annoncé la volonté de son parti de poursuivre tous ses députés qui se présenteront aux communales de juin prochain sous dautres couleurs. Volonté confirmée par le secrétaire général du parti. Nous attendrons encore quelques jours pour entamer ces poursuites, explique Mohand Laenser.
En tout, le Mouvement a perdu 28 sièges entre représentants et conseillers. Mais alors, quest-ce qui explique ces départs en masse ? Un cadre du MP met en avant labsence de démocratie dans loctroi des accréditations. La loi sur les partis impose à chaque parti de créer une commission nationale chargée des élections, chose qui ne sest pas faite jusque-là au Mouvement populaire. Et dajouter : Mohand Laenser a préféré laisser le choix des candidats, dans chaque région, à des notables qui lui sont proches, mettant à lécart tous les anciens membres du MNP et de lUD (NDLR : Mouvement national populaire et Union démocratique qui ont fusionné avec le MP en 2006).
Ces départs risquent en tout cas de faire très mal au MP, moins dun mois avant les communales. Ils concernent de grosses pointures du parti dirigé par Mohand Laenser. A Rabat par exemple, Abdelkébir Berkia, également président de la région Rabat-Salé-Zemmour-Zaër, a rejoint lIstiqlal. Mais ce sont incontestablement les sirènes du PAM qui ont attiré le plus de Harakis. A Fès, le parti de lépi (symbole électoral du MP) a par exemple perdu Aziz Lebbar. Lhôtelier fassi a emmené dans ses bagages près de 400 adhérents de la mouvance populaire. Le même scénario sest répété dans le Gharb. Larbi Mhaïdi a claqué la porte du parti créé en 1959 au profit du très récent, mais très puissant PAM. Le député mécontent a réussi la prouesse de vider la section régionale de Kénitra de quelque 470 militants du Mouvement populaire, dont une cinquantaine délus, membres de conseils communaux et provinciaux du Gharb. A Marrakech, la formation de Mohand Laenser a vu filer lun des membres de son bureau politique, Habib Talib en loccurrence, également tracté par le parti dEl Himma.
Laimant El Himma
Depuis sa création, ce parti a un effet daimant sur la classe politique, note Ismaïl Alaoui, secrétaire général du PPS qui a déjà perdu un député au profit du PAM. Ce dernier na dailleurs même plus besoin de cacher son jeu. En vue des communales, le parti du tracteur veut faire des notables locaux une carte-maîtresse de sa stratégie électorale. Une attitude ouvertement assumée par son secrétaire général, Mohamed Cheikh Biadillah. Dans des déclarations à la presse, ce dernier trouve lattractivité de son parti très naturelle. Nous avons adopté une nouvelle approche et un programme politique nouveau. Nous ne pouvons pas refuser des militants qui sont séduits par notre modèle, souligne-t-il, liant cette tendance en faveur des notabilités locales à lorientation régionale de son parti. Chaque région dispose dune autonomie par rapport au bureau national, doù lattractivité de notre parti. Une attractivité qui opère en outre en faveur de lallié du PAM au parlement, le RNI.
Le parti de Mustapha Mansouri, fort de la présidence des deux chambres, ne cache pas son ambition de prendre dassaut la mairie de Rabat. Dans cette optique, il a ouvert ses bras à Faouzi Chaabi, lautre partant du PPS. Le président darrondissement de Souissi ne cache pas ses velléités électorales, mais explique aussi sa migration par des divergences idéologiques avec lex-parti communiste. La Constitution, loi suprême de la nation, accorde à tous les Marocains la liberté dadhérer à la formation politique qui convient à leurs convictions. Je ne vois pas ce qui maurait empêché de changer dappartenance politique ?, souligne ce candidat malheureux à la mairie de la capitale en 2003. La réponse à cette question vient de Ismaïl Alaoui. Cest plus une question de morale que de respect de la loi. Thami El Khyari pousse le bouchon encore plus loin. La carte politique est aujourdhui complètement biaisée. Nous avons dailleurs lintention de saisir le souverain pour demander des élections anticipées, affirme El Khyari. Scénario improbable sauf si les députés PAM mettent à exécution leur menace de démission, et que le gouvernement se retrouve privé dune grande partie de sa majorité parlementaire
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Zoom. Que dit la loi ?
Au moment de son entrée en vigueur en 2006, la loi sur les partis se voulait un outil juridique pour la rationalisation de la scène politique nationale. A cet effet, le législateur a expressément interdit aux députés de changer dappartenance politique en cours de mandat. Le fameux article 5 de la loi sur les partis stipule ainsi que les Marocains majeurs des deux sexes peuvent adhérer librement à tout parti politique légalement constitué. Toutefois, le titulaire dun mandat électoral en cours au sein de lune des deux chambres du parlement, élu sur accréditation dun parti politique en activité, ne peut adhérer à un autre parti politique quau terme de son mandat. Un peu plus loin, le texte juridique fixe les sanctions encourues par les députés transhumants. Larticle 55 précise ainsi quest passible dune amende de 20 000 à 100 000 DH toute personne qui a adhéré à un parti ou accepté sciemment ladhésion de personnes ne remplissant pas les conditions prévues par la loi. Le texte est rédigé dans des termes très clairs et il ny a pas lieu de contester sa constitutionnalité, affirme Mohamed Ansari, constitutionnaliste et président de commission à la deuxième chambre. Et pourtant, depuis 2006, plusieurs députés ont tranquillement changé dappartenance sans quils ne soient inquiétés par la justice. Mauvaise interprétation de la loi ou calculs politiciens ? Mystère. Toujours est-il que deux partis sapprêtent à déposer un amendement de larticle 5. Le PJD et le PPS voudraient en effet obtenir lannulation automatique du mandat électoral du député transhumant. |
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