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Par Karim Boukhari
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k.boukhari@telquel.info (DR)
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Génération M6
Quand nos confrères du très respectable Matin (du Sahara et du Maghreb, à ne pas oublier svp) titrent en édito Mawazine, visage du nouveau Maroc, le doute nest plus permis. Il y a un euphorisant, du roi, quelque chose de très officiel, dans laffaire. Lédito en question nous dit clairement que le roi Mohammed VI est linitiateur de lévènement, histoire de balayer Mounir Majidi et la longue suite de personnalités et de petites fourmis travailleuses qui font le boulot. Mawazine, comme nous le rappellent nos confrères, cest le roi. Merci pour linfo. Heureux alors qui, comme nous, et les gens de Rabat, |
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accourons joyeusement aux méga concerts de Mawazine, klaxonnons partout dans les artères bouchées de la ville, dansons et applaudissons comme des gamins par un jour de fête aux tours de passe-passe de létonnant Emir Kusturica, de lénormissime Solomon Burke, du machinal Ennio Morricone, du christique Aaron Neville, des glamoureuses Alicia Keys ou Kylie Minogue
Heureux, et très, comme nous le déploient en long et en large les superlatifs miraculeux (profondeur, intensité, exceptionnalité, waou !) de nos amis du Matin qui nhésitent pas à chauffer la party comme le ferait lincroyable Moulay Ahmed Alaoui sil était encore parmi nous. Voilà, on a tout compris. Mawazine, c'est-à-dire le roi, nous a façonné un plateau à la mesure du Maroc dont il rêve (la vérité, nous aussi) : festif, ouvert, cool. Là, ce nest plus Le Matin qui le dit. Le Pouvoir a fait des festivals une politique, au départ pour contrer les festivals dAl Adl Wal Ihsane en plage, aujourdhui pour animer, simplement, nos douces soirées de printemps. Globalement, cest bien. Même si une formule comme le visage du nouveau Maroc a des airs pompeux. Et même si les éditos du Matin restent marqués du sceau indélébile de Moulay Ahmed Alaoui.
Allons zenfants
Larrivée du bouquet Canal + au Maroc a été accompagnée dune notice qui ferait pâlir et verdir de jalousie les chroniqueurs dAttajdid : Le respect dune ligne éditoriale adaptée aux habitudes de consommation du public maghrébin. C'est-à-dire pas de films ni de produits interdits aux moins de 18 ans. Alors pas de Clara Morgane susurrant que le hard, comme le fric, cest chic. Rien sur le dernier Copula, ou les petits secrets de Rocco le magnifique. Pas de rediffusion, spécial nuit blanche, ou rouge, de LEmpire des sens ni de La Peau. Pas de reportage pour comprendre comment la Cicciolina a gagné ses galons de députée après avoir régalé les copains du X. Oublions tout cela, fermons les yeux, mettons un frein au paparazzi et au voyeur qui sommeille en nous. Ce nest jamais bien grave, hein. Canal + ne fait que suivre une politique vieille comme le temps. Et française. Très. Selon le bon adage propagandiste, et un certain code de léthique, il faut respecter la spécificité marocaine. Nous sommes un pays denfants et de moins de 18 ans. Quand Le Nouvel Observateur dédie son dossier de la semaine au sexe et monte de jolies fesses en couverture, il adapte le concept à lédition marocaine et cela donne une couverture seulement interdite aux moins de 13 ans. Deux corps sur le point de sembrocher. Et pas un sein, pas un bout de peau qui dépasse. Goûtez la différence.
Saïd Fouad
Toutes les radios marocaines, et elles sont aujourdhui nombreuses, doivent observer une minute de silence : Saïd Fouad est mort. Une dépêche MAP le présente comme un animateur mort à 57 ans. Il était bien plus que cela. Saïd Fouad, cest le troisième monument de la radio marocaine avec Alifi Hafid, qui nous a quittés il y a à peu près deux ans, et Ali Hassan, qui continue de nous régaler avec son Entracte, vieux (déjà) de 39 ans. Un Ali Hassan, justement, survivant de la grande époque, qui nous dit : Saïd Fouad ? Je lai dabord connu en tant que musicien, ensuite en collègue et ami
. Cest avec beaucoup démotion que lon évoque, ici, le souvenir de Pop sessions, émission-phare de feu Said Fouad, aussi mythique que le Boogie de Alifi Hafid. Avec ses morceaux un peu psychédéliques, souvent jazz rock, qui pouvaient durer jusquà dix, douze, quinze minutes. Et cette voix endormie de Saïd Fouad
Interminables, insondables, les Pop sessions, avec un pouvoir hypnotique digne dun film dAntonioni ou de Bergman, font partie de ces joyeux courants dair qui ont secoué le triste début des années 1980. Salut lartiste. |
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