N° 374
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Karim Boukhari


k.boukhari@telquel.info (DR)

Génération M6
Quand nos confrères du très respectable Matin (du Sahara et du Maghreb, à ne pas oublier svp) titrent en édito “Mawazine, visage du nouveau Maroc”, le doute n’est plus permis. Il y a un euphorisant, du roi, quelque chose de très officiel, dans l’affaire. L’édito en question nous dit clairement que “le roi Mohammed VI est l’initiateur de l’évènement”, histoire de balayer Mounir Majidi et la longue suite de personnalités et de petites fourmis travailleuses qui font le boulot. Mawazine, comme nous le rappellent nos confrères, c’est le roi. Merci pour l’info. Heureux alors qui, comme nous, et les gens de Rabat,
accourons joyeusement aux méga concerts de Mawazine, klaxonnons partout dans les artères bouchées de la ville, dansons et applaudissons comme des gamins par un jour de fête aux tours de passe-passe de l’étonnant Emir Kusturica, de l’énormissime Solomon Burke, du machinal Ennio Morricone, du christique Aaron Neville, des glamoureuses Alicia Keys ou Kylie Minogue… Heureux, et très, comme nous le déploient en long et en large les superlatifs miraculeux (“profondeur, intensité, exceptionnalité”, waou !) de nos amis du Matin qui n’hésitent pas à chauffer la party comme le ferait l’incroyable Moulay Ahmed Alaoui s’il était encore parmi nous. Voilà, on a tout compris. Mawazine, c'est-à-dire le roi, nous a façonné un plateau à la mesure du Maroc dont il rêve (la vérité, nous aussi) : festif, ouvert, cool. Là, ce n’est plus Le Matin qui le dit. Le Pouvoir a fait des festivals une “politique”, au départ pour contrer les “festivals” d’Al Adl Wal Ihsane en plage, aujourd’hui pour animer, simplement, nos douces soirées de printemps. Globalement, c’est bien. Même si une formule comme “le visage du nouveau Maroc” a des airs pompeux. Et même si les éditos du Matin restent marqués du sceau indélébile de Moulay Ahmed Alaoui.

Allons z’enfants
L’arrivée du bouquet Canal + au Maroc a été accompagnée d’une notice qui ferait pâlir et verdir de jalousie les chroniqueurs d’Attajdid : “Le respect d’une ligne éditoriale adaptée aux habitudes de consommation du public maghrébin”. C'est-à-dire pas de films ni de produits interdits aux moins de 18 ans. Alors pas de Clara Morgane susurrant que le hard, comme le fric, c’est chic. Rien sur le dernier Copula, ou les petits secrets de Rocco le magnifique. Pas de rediffusion, spécial nuit blanche, ou rouge, de L’Empire des sens ni de La Peau. Pas de reportage pour comprendre comment la Cicciolina a gagné ses galons de députée après avoir régalé les copains du X. Oublions tout cela, fermons les yeux, mettons un frein au paparazzi et au voyeur qui sommeille en nous. Ce n’est jamais bien grave, hein. Canal + ne fait que suivre une politique vieille comme le temps. Et française. Très. Selon le bon adage propagandiste, et un certain code de l’éthique, il faut respecter la spécificité marocaine. Nous sommes un pays d’enfants et de moins de 18 ans. Quand Le Nouvel Observateur dédie son dossier de la semaine au sexe et monte de jolies fesses en couverture, il adapte le concept à l’édition marocaine et cela donne une couverture seulement interdite aux moins de 13 ans. Deux corps sur le point de s’embrocher. Et pas un sein, pas un bout de peau qui dépasse. Goûtez la différence.

Saïd Fouad
Toutes les radios marocaines, et elles sont aujourd’hui nombreuses, doivent observer une minute de silence : Saïd Fouad est mort. Une dépêche MAP le présente comme un “animateur mort à 57 ans”. Il était bien plus que cela. Saïd Fouad, c’est le troisième monument de la radio marocaine avec Alifi Hafid, qui nous a quittés il y a à peu près deux ans, et Ali Hassan, qui continue de nous régaler avec son Entr’acte, vieux (déjà) de 39 ans. Un Ali Hassan, justement, survivant de la grande époque, qui nous dit : “Saïd Fouad ? Je l’ai d’abord connu en tant que musicien, ensuite en collègue et ami…”. C’est avec beaucoup d’émotion que l’on évoque, ici, le souvenir de Pop sessions, émission-phare de feu Said Fouad, aussi mythique que le Boogie de Alifi Hafid. Avec ses morceaux un peu psychédéliques, souvent jazz rock, qui pouvaient durer jusqu’à dix, douze, quinze minutes. Et cette voix endormie de Saïd Fouad… Interminables, insondables, les Pop sessions, avec un pouvoir hypnotique digne d’un film d’Antonioni ou de Bergman, font partie de ces joyeux courants d’air qui ont secoué le triste début des années 1980. Salut l’artiste.

 
 
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