Piraterie
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El Himma voulait détourner les élections comme on détourne un avion : par la force et la menace. Mais le pilote lui a envoyé un coup dextincteur dans la tête
Dans un pays où les idéologies et les programmes, quand ils existent, nont aucune importance, le seul moyen pour un parti politique de remporter des élections est dinvestir des candidats sûrs de gagner : ces fameux notables locaux qui contrôlent les terres, les emplois et les revenus des votants. Et sil faut pour cela les débaucher dautres partis,
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même sils portent leurs couleurs au Parlement, quà cela ne tienne. Fouad Ali El Himma, le célèbre ami du roi et chef officieux du Parti authenticité et modernité (PAM), a largement eu recours à cette méthode. Force dattraction royale aidant, il a fait une véritable razzia dans le mercato des transhumants, privant quasiment tous les autres partis de leurs principaux notables. Cest ainsi que le pourfendeur des pratiques immorales sest retrouvé le premier à en user, que lapôtre du renouveau de la vie politique est devenu la tête de pont de sa fossilisation.
Sauf que le débauchage des politiciens est une pratique illégale. Le week-end dernier, ceux quEl Himma a particulièrement saignés se sont opportunément souvenus de larticle 5 de la loi sur les partis, qui stipule clairement : Le titulaire dun mandat électoral en cours au sein de lune des deux chambres du Parlement, élu sur accréditation dun parti politique en activité, ne peut adhérer à un autre parti politique quau terme de son mandat. Autrement dit : aucun élu au Parlement en 2007 ne peut changer détiquette avant les législatives de 2012. Cest fâcheux pour le PAM, qui entend présenter aux communales du 12 juin un bon paquet de députés transfuges. Mis au pied du mur, lami du roi a tonné contre linterprétation tendancieuse de larticle 5 (sans blague ?!), menaçant en réaction
de faire tomber le gouvernement (il en a le pouvoir, puisque ses députés forment le groupe le plus important du Parlement.) Cest manifeste : Fouad Ali El Himma cherche à détourner les prochaines élections comme on détourne un avion, par la force et la menace. Cest de la piraterie estampillée Makhzen, vu le CV du pirate.
Etonnamment, la riposte est venue du ministère de lIntérieur, département à la tête duquel co-officiait El Himma avant de se lancer dans les détournements davion. Mardi dernier, en effet, des candidatures déposées par le PAM ont été refusées ça et là par les agents de lIntérieur, en application du fameux article 5 ! Que sest-il passé?? Chakib Benmoussa a-t-il reçu un feu vert du Palais pour se dresser contre lami du roi ? Ou mieux : le ministre de lIntérieur sest-il dressé contre son ancien collègue tout seul, au nom de lEtat de droit ? En tout cas, le pilote de lavion électoral, quel quil soit, a envoyé au pirate un coup dextincteur dans la tête ce qui mérite tous nos applaudissements. Si ce retournement de situation se confirme, ce serait un coup dur pour lami du roi vu que sans transfuges, son parti ne pèse plus rien et risque de faire de la figuration le 12 juin. Pire encore : largement due aux retournements de vestes des députés, sa suprématie au sein du Parlement (donc le socle de sa menace de faire tomber le gouvernement) serait elle aussi en péril ! Et ce ne serait que justice.
La justice, justement, reste le dernier recours pour El Himma et ses amis, sils veulent éviter la débandade. A lheure où ce magazine passe sous presse, on ne sait pas encore si des recours ont été déposés, ni quelle sera leur issue le cas échéant. Il ne serait pas étonnant, quand on connaît le système judiciaire marocain, quun juge accrédite la théorie de linterprétation tendancieuse de larticle 5, ouvrant ainsi un boulevard aux transfuges. Mais si, au contraire, le justice enfonce le clou et barre définitivement la route aux amis de Si Fouad
eh bien ce sera la confirmation quun ordre est tombé den haut. On veut bien être optimistes, mais de là à croire à lindépendance de la justice, surtout sur ce genre de questions
Enfin, ne boudons pas notre plaisir, saluons cette victoire inespérée de la démocratie
et croisons les doigts pour la suite. |