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Par Malika Baridese
ANNIVERSAIRE. Il était une fois Aziz Belal
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(COLLECTION PRIVÉE BELAL)
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Militant communiste et premier économiste du Maroc indépendant, Aziz Belal a marqué lhistoire intellectuelle et politique du royaume. Lhéritage de cet intellectuel, mort il y a 27 ans, est toujours intact.
Etrangement, peu de documents évoquent aujourdhui la vie et luvre de Aziz Belal. Cet homme, décédé le 23 mai 1982 à Chicago dans des circonstances troublantes, a pourtant été lun des esprits les plus brillants du Maroc. Économiste singulier et politique engagé, Belal a |
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marqué lhistoire intellectuelle et politique marocaine, dans son versant communiste, et plus largement progressiste, à la fin des années 1960 et durant la décennie 1970. Et sa pensée reste dune grande actualité. Car, durant toute sa vie, Belal a mené de front, avec la même intensité mais sans les confondre, la recherche scientifique et la lutte politique. Sa singularité, mais aussi sa complexité, était dêtre un intellectuel et un homme daction. Pour lui, sengager en politique était comme entrer en religion. Cétait à ses yeux de lordre du sacrifice, car la politique nétait pas conçue dans une logique de carrière. Cétait un combat pour une cause, un engagement absolu, estime son fils Youssef, aujourdhui politologue, universitaire et membre
du PPS.
DOujda au cabinet Ibrahim
Né à Taza en 1932, de parents originaires de Nadroma en Algérie, Aziz Belal fréquente lécole et le lycée dOujda. Adolescent, il séveille à la politique, sintéresse à la philosophie marxiste, lit beaucoup et commence à militer pour la libération du pays. En 1950, il adhère au futur Parti communiste marocain (PCM), à luniversité de Rabat. Licencié en droit, il senvole pour Toulouse en 1953. A son retour, Belal occupe de hautes fonctions gouvernementales. Chargé de mission au Plan en 1958, le jeune homme participe à lélaboration du premier plan quinquennal, puis devient, en 1959, secrétaire général du ministère du Travail dans le cabinet Ibrahim et planche sur le projet de sécurité sociale. Mais voyant que le gouvernement est dans la tourmente et le PCM dissous, Belal se retire du gouvernement Ibrahim et plonge dans une carrière universitaire. Ses cours déconomie captivent les étudiants massés dans les amphis. Charismatique, Belal est connu pour son militantisme sans jamais faire de prosélytisme. Ses cours étaient passionnants, émaillés dexemples de la vie courante, se souvient Abdelmajid El Cohen, professeur déconomie à la faculté de droit de Marrakech. Son enseignement nétait pas politique mais avait un caractère politique. Il nous décrivait la société marocaine en faisant des comparaisons avec dautres pays comme la Chine ou le Chili. En dehors des cours, il nous parlait de ses livres, ses articles, des ouvrages quil lisait. Il était toujours dans une situation de connaissance, de pensée. En 1965, Belal publie sa thèse sur Linvestissement au Maroc, la première du genre dans le pays : Cest une thèse inaugurale, souligne Noureddine El Aoufi, professeur déconomie à luniversité Mohammed V de Rabat. Je continue à penser que cest un travail dont le niveau (problématique, rigueur, force danalyse, etc.) na plus jamais été atteint. Belal a placé la barre très haut. Son travail est une référence incontournable sur la forme et sur le fond.
Une pensée à plusieurs dimensions
Belal a en effet été précurseur avec ses analyses structurelles : il a très tôt compris que le sous-développement au Maroc était lié à la dépendance économique et donc politique du pays. Selon lui, laventure coloniale a généré un développement précaire, car il désarticule léconomie antérieure. Conséquence : le Maroc est certes un pays capitaliste, mais pas mûr pour la révolution. Une véritable stratégie industrielle et une intervention de lEtat, via linvestissement, sont nécessaires. Le mérite de Belal est de ne pas sêtre limité à langle économique. Sa vie et son engagement au PCM lui font comprendre que dautres facteurs travaillent la société?: politique, société, culture, etc. Ces facteurs non économiques du développement deviennent alors son second cheval de bataille. Son apport essentiel est davoir lié la question culturelle et la question économique, reconnaît lécrivain et journaliste Zakya Daoud, qui a publié ses articles dans la revue Lamalif. Daprès Noureddine El Aoufi, dont Belal fut longtemps lenseignant et directeur de recherche, sa pensée reste dactualité : Il existe aujourdhui un effet Belal. Plusieurs économistes restent profondément imprégnés par sa pensée. Entre 1965 et 1981, Belal a formé des générations déconomistes, détudiants et de cadres qui travaillent aujourdhui dans les universités, les banques, ladministration ou le secteur des services. Beaucoup louent son encadrement, sa vaste culture. Belal était un bon vivant, appréciant lhumour, le rire, la gaieté, la bonne compagnie.
Intellectuel et homme daction
Belal milite parallèlement au sein du parti communiste, devenu en 1968 le Parti de libération et du socialisme (PLS), puis en 1975, le Parti du progrès et du socialisme (PPS). Belal a beaucoup apporté au parti, explique Ismaïl Alaoui, secrétaire général du PPS. Il était constamment présent, de limpression de tracts, à lorganisation en passant par le travail de réflexion et de théorie. Et lancien communiste de se rappeler : En 1963, après larrestation de trois membres du PCM lors de la guerre des Sables, cest Aziz Belal et Hadi Messouak qui ont repris les rênes du parti. Belal a aussi joué un grand rôle en 1966, lors du 3ème congrès clandestin du PCM. Puis, à la suite de lagitation sociale des années 1968-1970, des putschs de 1971 et 1972, lorsque le pays est au plus fort de la répression, Belal retrouve ses camarades en clandestinité. Il se cachait quand il le fallait. Il avait certains tics. Quand on se retrouvait chez lui, il ouvrait le robinet à grandes eaux ou mettait fort la radio pour brouiller les appareils. Les réunions devaient être courtes, dans des lieux fixés à la dernière minute. De ce côté-là, cétait lui le grand manitou, raconte Ismaïl Alaoui.
Mais, au lendemain des putschs également, une scission sopère. Les gauchistes dIlal Amam de Serfaty sortent du PLS (PPS), le mouvement du 23 mars (future OADP) sautonomise de lUSFP et lUNEM bascule dans la mouvance dextrême gauche. Ces gauchistes considèrent que le PLS est un parti de droite et refusent que le marxisme ne sexprime quà travers lui seul. En tant que politique, Belal était dans la ligne du parti : il pensait quil ny a quun seul PCM, que la classe ouvrière est unique et quil ny a quun parti davant-garde, analyse lhistorien Mostafa Bouaziz. Pour autant, Belal ne coupe pas les ponts avec cette mouvance. Daprès Simon Lévy, ex-communiste et dirigeant de la communauté judéo-marocaine : Il avait une tendance pour tout ce qui sortait du classicisme communiste. Mais Belal était seulement attiré puis revenait. Pour Abdelmajid El Cohen, il y avait une recherche de bavardage intellectuel avec lextrême gauche. Belal veut la révolte sans la révolution, craignant quune révolution ne se retourne contre elle-même, engendrant la terreur. Le respect de la dignité est important pour lui et un fort réalisme au cur de son propos.
Sur tous les fronts
En 1975, Belal devient membre du bureau politique et du comité central du PPS. Il publie différents travaux sur léconomie marocaine, lAfrique et le monde arabe. On retrouve aussi sa plume dans Lamalif, le Bulletin économique et social du Maroc, Souffles et bien sûr dans Al Bayane et Al Mukafih. Il multiplie, en tant que conférencier, les voyages dans le bloc de lEst (ex-Tchécoslovaquie, URSS), en Amérique Latine (Chili dAllende, Cuba de Castro) et suit dun il averti lévolution du maoïsme en Chine. Internationaliste, il défend avec vigueur la cause palestinienne et encourage le Mozambique indépendant à bâtir une économie nationale.
Au Maroc, Belal simplique dans plusieurs activités : pilier du Syndicat de lenseignement supérieur, président de lAssociation des économistes marocains et membre de lAssociation pour la recherche culturelle (ARC, avec Abdellatif Laâbi). Mais, en privé, ses amitiés sont sélectives et Belal ne parle quexceptionnellement de ses activités politiques.
En 1976, Belal est élu premier vice-président à la commune de Aïn Diab et reste, jusquen 1982, à la tête du département déconomie à la faculté de droit de Casablanca. Côté jardin, il a deux enfants, Abdelkrim (aujourdhui consultant en systèmes dinformation à Paris) et Youssef. Il prenait plaisir à avoir ses enfants contre lui alors quil rédigeait ses écrits, raconte sa femme, Afifa Belal. Il meurt le 23 mai 1982 lors dun incendie dhôtel à Chicago alors quil était invité à représenter la commune de Aïn Diab dans une mission officielle de jumelage de Chicago et Casablanca. Une mission quil na pas souhaitée, commente sa femme. Le PPS avait demandé quon ouvre une enquête. Si Belal était resté vivant, appartiendrait-il toujours au PPS ? Noureddine El Aoufi conclut positivement : Il aurait certainement pesé sur les décisions du parti. Belal était quelquun de très ouvert, capable de réinterpréter constamment la réalité et faire évoluer sa grille de lecture. |
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