N° 375
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

MOHAMED HORANI. Le président du quartier des pauvres
L'ACTU ÉCONOMIE



Par Fahd Iraqi

MOHAMED HORANI. Le président du quartier des pauvres*
Le parcours du nouveau patron des patrons ressemble à une success story. (AIC PRESS)

Discret mais efficace, le nouveau patron des patrons est à l’image de sa petite société, qui traite les flux monétiques dans 52 pays dans le monde. Portrait.


9 heures, nouveau siège de Hightech Payment Services (HPS) à Casanearshore. Mohamed Horani est déjà à pied d’œuvre. Le président de la société monétique n’a pas encore changé ses habitudes, même s’il est, depuis quelques jours, à la tête de la Confédération générale des entreprises du Maroc (CGEM), le patron qui compte. Seul entorse à un
programme journalier réglé comme un de ses logiciels : les rendez-vous avec les médias que le nouveau patron des patrons enchaîne. Mohamed Horani semble encore mal à l’aise dans l’exercice. Le visage grave, les traits aussi serrés que son nœud de cravate Windsor, il a du mal à parler de lui et cherche le meilleur profil à présenter aux photographes qui le mitraillent depuis qu’il est propulsé syndicaliste en chef des patrons. Son attitude réservée pourrait même laisser croire que ce sacre ne lui procure aucune joie. Horani avoue d’ailleurs ne pas avoir fêté cette élection : “Je le ferai quand je réussirai ma mission”, explique-t-il, l'air sérieux. Seul indice qui le trahit : un dossier regroupant les lettres de félicitations, sur lequel ses doigts se crispent. En tête de ces correspondances évidemment, l’habituelle lettre de félicitations royale adressée au nouveau patron de la CGEM. Une consécration que ce fils du peuple n’a jamais espérée. Ni vraiment cherchée.

Le fils de “moul l’ferrane”
“Je n’ai jamais rêvé d’arriver là où je suis aujourd’hui”, confesse Mohamed Horani, tout fier de signaler que son parcours intéresse un enseignant de HEC Canada. Natif de Derb Soltane à Casablanca, il est l’aîné d’une fratrie de 7 garçons et 3 filles. Et avec un père qui tient un four de quartier à Derb El Fokara, le foyer Horani tire le diable par la queue. “On vivait à la demi-journée près”, raconte l’actuel président d’une société qui gère des transactions monétiques aux quatre coins de la planète. Le jeune Horani développe d’ailleurs ses dons de gestionnaire et révèle son esprit cartésien dans le four paternel. “Durant l’Aïd Sghir, la haute saison dans le ferrane, mon père se perdait avec tous les gâteaux qui arrivaient. J’ai alors improvisé un système de ticket double, avec des bouts de cartons ramassés à la porte de la kissaria, afin que chaque client puisse identifier son plateau. Je n'ai pas tardé à être copié par d'autres propriétaires de four alors que je n’avais que 11 ans”, raconte-t-il, excité comme un gamin. C’est que l’enfant Mohamed Horani est déjà un petit génie dans son genre. Ses excellentes notes scolaires convainquent ses parents de consentir tous les sacrifices pour qu’il puisse continuer sa scolarité. “J’étais toujours premier dans tout ce que j’entreprenais. Que ce soit en classe, dans la rue ou encore au foot”, raconte celui qui se dit tifosi de l’équipe des FAR. Se convertira-t-il en ultra du FUS, la nouvelle équipe chérie du patronat ? L’intéressé esquisse un sourire…

L’employé modèle
Les études mènent Mohamed Horani à l’Institut national des statistiques et économie appliquées de Rabat (INSEA), dont il sort lauréat en 1974. Premier emploi?: la fonction publique. Le jeune homme intègre le ministère du Plan où il est affecté au contrôle des questionnaires du premier recensement agricole du royaume. Seize mois plus tard, l’ingénieur succombe aux opportunités offertes par un secteur privé encore balbutiant au Maroc. Mohamed Horani est alors débauché par Sacotec. La filiale du holding ONA, toute nouvelle toute belle, est pionnière dans son domaine. Société de support informatique pour le compte du groupe, elle a pour charge de convertir les tonnes de paperasses des différentes filiales en données informatisées, susceptibles d’être exploitées en indicateurs de contrôle de gestion. Alors que la micro-informatique fait à peine son entrée au Maroc, Horani touche au nec plus ultra dans le domaine : les cartes perforées, les disquettes géantes et les PC qui pèsent trois tonnes, etc. Bref, les babioles préhistoriques de la bureautique moderne.
A 23 ans, sage comme une image, Horani se case. “Je me suis marié très jeune. Ma petite sœur est d’ailleurs moins âgée que ma fille. Et je suis déjà grand-père”, nous explique le quinquagénaire. La stabilité familiale permet à ce bosseur de percer. Il gravit rapidement les échelons pour se retrouver numéro 2 de Sacotec. “Au départ, il n'y avait que deux Marocains dans la société. Recruté comme simple programmeur, j'ai réussi à décrocher un poste de responsabilité”, se félicite-t-il. En 1982, Horani quitte l’ONA pour rejoindre Bull. Deux ans plus tard, lors d’un séminaire, il fait la rencontre de sa carrière. “S2M n’existait alors que sur papier. C’était une joint-venture entre Abdelhak Al Andaloussi et la société française Sligos qui voulait réitérer l’expérience de la carte bleue au Maroc”, raconte Horani. S2M se consacre à l’installation du système Interbank, l’ancêtre des services monétiques au Maroc. Mohamed Horani, nommé directeur général, est chargé d’animer l’équipe qui va développer le multi-pack, premier logiciel monétique marocain dont la notoriété deviendra mondiale. “Mon pire souvenir, c’est quand notre actionnaire a décidé de vendre la propriété du logiciel à une firme américaine”, raconte Horani. Nous sommes en 1994, Horani et trois de ses collègues, déçus par ce retournement de situation, démissionnent pour créer leur propre société monétique. HPS voit le jour. L’expertise des fondateurs leur permet rapidement de se frayer une place sur le marché. La société développe la Power card, une solution de gestion des flux monétiques (cartes de paiement, retraits des guichets bancaires, etc.) qui fera une percée dans les institutions financières africaines, au Moyen-Orient, et même en Europe. La société devient, dix ans plus tard, l’exemple-type de la success story marocaine.

L’heure de gloire
En 2006, HPS boucle une première décennie où la société s'est hissée parmi les plus importantes sociétés monétiques au monde. Elle passe alors à la vitesse supérieure et franchit le palier de la Bourse, après la mise en vente de 30% de son capital sur le marché casablancais. Cette juteuse transaction financière permettra à Horani d’empocher 18 millions de dirhams et de figurer dans le club des milliardaires marocains en centimes. Horani garde, comme ses partenaires fondateurs, environ 10% de sa boîte, son siège de président, mais accroît sa visibilité parmi la communauté des patrons. Son sérieux et son caractère consensuel, voire docile, incitent ses amis en 2008 à lui proposer la succession d’un certain Bachir Rachdi à la tête de l’Apebi, l’Association des professionnels des technologies d’information. Horani, dont les activités associatives se limitaient jusque-là au Rotary club, se retrouve président d’une fédération et possesseur d'un siège à la table des administrateurs de la Confédération patronale. Ce ne sera qu’une étape avant d’être propulsé président. En avril dernier, ses amis reviennent à la charge pour le convaincre de se présenter aux élections de la CGEM. Son ancien employeur, le groupe ONA, lui donne même un coup de main pour rendre éligible sa candidature. Suffisant pour souligner que c’est le favori dans ce processus électoral du patronat, qui se voulait sous le signe du consensus. Son rival, Mohamed Chaïbi, président de Ciments du Maroc, qui a cru pendant plusieurs semaines être seul en lice, se retire et laisse la voie libre à Horani. Dans un sursaut d'orgueil, Horani annonce son retrait de la course s’il n’y a pas de concurrence, mais finit par se raviser. Le 21 mai, il est élu à la tête de la CGEM, lors d’une assemblée élective qui a connu le taux de participation le plus bas jamais enregistré : 2959 votants (sur un total de 8634) contre 4054 voix exprimées en 2006. Un score électoral bas que le nouveau patron des patrons cherche à relativiser : “Beaucoup d’adhérents ne sont pas à jour de leur cotisations et ne pouvaient donc pas voter”. Il n’empêche, le nouveau président du patronat hérite d’une CGEM plus que jamais taxée d’être tenue par les grands groupes et affaiblie par la défection de ses membres. Une image qu'il aura à charge de redorer.

(*) Derb Al Fokara, littéralement le quartier des pauvres, lieu de naissance de Mohamed Horani

 
 
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