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Par Fahd Iraqi
MOHAMED HORANI. Le président du quartier des pauvres*
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Le parcours du nouveau patron des patrons ressemble à une success story. (AIC PRESS)
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Discret mais efficace, le nouveau patron des patrons est à limage de sa petite société, qui traite les flux monétiques dans 52 pays dans le monde. Portrait.
9 heures, nouveau siège de Hightech Payment Services (HPS) à Casanearshore. Mohamed Horani est déjà à pied duvre. Le président de la société monétique na pas encore changé ses habitudes, même sil est, depuis quelques jours, à la tête de la Confédération générale des entreprises du Maroc (CGEM), le patron qui compte. Seul entorse à un |
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programme journalier réglé comme un de ses logiciels : les rendez-vous avec les médias que le nouveau patron des patrons enchaîne. Mohamed Horani semble encore mal à laise dans lexercice. Le visage grave, les traits aussi serrés que son nud de cravate Windsor, il a du mal à parler de lui et cherche le meilleur profil à présenter aux photographes qui le mitraillent depuis quil est propulsé syndicaliste en chef des patrons. Son attitude réservée pourrait même laisser croire que ce sacre ne lui procure aucune joie. Horani avoue dailleurs ne pas avoir fêté cette élection : Je le ferai quand je réussirai ma mission, explique-t-il, l'air sérieux. Seul indice qui le trahit : un dossier regroupant les lettres de félicitations, sur lequel ses doigts se crispent. En tête de ces correspondances évidemment, lhabituelle lettre de félicitations royale adressée au nouveau patron de la CGEM. Une consécration que ce fils du peuple na jamais espérée. Ni vraiment cherchée.
Le fils de moul lferrane
Je nai jamais rêvé darriver là où je suis aujourdhui, confesse Mohamed Horani, tout fier de signaler que son parcours intéresse un enseignant de HEC Canada. Natif de Derb Soltane à Casablanca, il est laîné dune fratrie de 7 garçons et 3 filles. Et avec un père qui tient un four de quartier à Derb El Fokara, le foyer Horani tire le diable par la queue. On vivait à la demi-journée près, raconte lactuel président dune société qui gère des transactions monétiques aux quatre coins de la planète. Le jeune Horani développe dailleurs ses dons de gestionnaire et révèle son esprit cartésien dans le four paternel. Durant lAïd Sghir, la haute saison dans le ferrane, mon père se perdait avec tous les gâteaux qui arrivaient. Jai alors improvisé un système de ticket double, avec des bouts de cartons ramassés à la porte de la kissaria, afin que chaque client puisse identifier son plateau. Je n'ai pas tardé à être copié par d'autres propriétaires de four alors que je navais que 11 ans, raconte-t-il, excité comme un gamin. Cest que lenfant Mohamed Horani est déjà un petit génie dans son genre. Ses excellentes notes scolaires convainquent ses parents de consentir tous les sacrifices pour quil puisse continuer sa scolarité. Jétais toujours premier dans tout ce que jentreprenais. Que ce soit en classe, dans la rue ou encore au foot, raconte celui qui se dit tifosi de léquipe des FAR. Se convertira-t-il en ultra du FUS, la nouvelle équipe chérie du patronat ? Lintéressé esquisse un sourire
Lemployé modèle
Les études mènent Mohamed Horani à lInstitut national des statistiques et économie appliquées de Rabat (INSEA), dont il sort lauréat en 1974. Premier emploi?: la fonction publique. Le jeune homme intègre le ministère du Plan où il est affecté au contrôle des questionnaires du premier recensement agricole du royaume. Seize mois plus tard, lingénieur succombe aux opportunités offertes par un secteur privé encore balbutiant au Maroc. Mohamed Horani est alors débauché par Sacotec. La filiale du holding ONA, toute nouvelle toute belle, est pionnière dans son domaine. Société de support informatique pour le compte du groupe, elle a pour charge de convertir les tonnes de paperasses des différentes filiales en données informatisées, susceptibles dêtre exploitées en indicateurs de contrôle de gestion. Alors que la micro-informatique fait à peine son entrée au Maroc, Horani touche au nec plus ultra dans le domaine : les cartes perforées, les disquettes géantes et les PC qui pèsent trois tonnes, etc. Bref, les babioles préhistoriques de la bureautique moderne.
A 23 ans, sage comme une image, Horani se case. Je me suis marié très jeune. Ma petite sur est dailleurs moins âgée que ma fille. Et je suis déjà grand-père, nous explique le quinquagénaire. La stabilité familiale permet à ce bosseur de percer. Il gravit rapidement les échelons pour se retrouver numéro 2 de Sacotec. Au départ, il n'y avait que deux Marocains dans la société. Recruté comme simple programmeur, j'ai réussi à décrocher un poste de responsabilité, se félicite-t-il. En 1982, Horani quitte lONA pour rejoindre Bull. Deux ans plus tard, lors dun séminaire, il fait la rencontre de sa carrière. S2M nexistait alors que sur papier. Cétait une joint-venture entre Abdelhak Al Andaloussi et la société française Sligos qui voulait réitérer lexpérience de la carte bleue au Maroc, raconte Horani. S2M se consacre à linstallation du système Interbank, lancêtre des services monétiques au Maroc. Mohamed Horani, nommé directeur général, est chargé danimer léquipe qui va développer le multi-pack, premier logiciel monétique marocain dont la notoriété deviendra mondiale. Mon pire souvenir, cest quand notre actionnaire a décidé de vendre la propriété du logiciel à une firme américaine, raconte Horani. Nous sommes en 1994, Horani et trois de ses collègues, déçus par ce retournement de situation, démissionnent pour créer leur propre société monétique. HPS voit le jour. Lexpertise des fondateurs leur permet rapidement de se frayer une place sur le marché. La société développe la Power card, une solution de gestion des flux monétiques (cartes de paiement, retraits des guichets bancaires, etc.) qui fera une percée dans les institutions financières africaines, au Moyen-Orient, et même en Europe. La société devient, dix ans plus tard, lexemple-type de la success story marocaine.
Lheure de gloire
En 2006, HPS boucle une première décennie où la société s'est hissée parmi les plus importantes sociétés monétiques au monde. Elle passe alors à la vitesse supérieure et franchit le palier de la Bourse, après la mise en vente de 30% de son capital sur le marché casablancais. Cette juteuse transaction financière permettra à Horani dempocher 18 millions de dirhams et de figurer dans le club des milliardaires marocains en centimes. Horani garde, comme ses partenaires fondateurs, environ 10% de sa boîte, son siège de président, mais accroît sa visibilité parmi la communauté des patrons. Son sérieux et son caractère consensuel, voire docile, incitent ses amis en 2008 à lui proposer la succession dun certain Bachir Rachdi à la tête de lApebi, lAssociation des professionnels des technologies dinformation. Horani, dont les activités associatives se limitaient jusque-là au Rotary club, se retrouve président dune fédération et possesseur d'un siège à la table des administrateurs de la Confédération patronale. Ce ne sera quune étape avant dêtre propulsé président. En avril dernier, ses amis reviennent à la charge pour le convaincre de se présenter aux élections de la CGEM. Son ancien employeur, le groupe ONA, lui donne même un coup de main pour rendre éligible sa candidature. Suffisant pour souligner que cest le favori dans ce processus électoral du patronat, qui se voulait sous le signe du consensus. Son rival, Mohamed Chaïbi, président de Ciments du Maroc, qui a cru pendant plusieurs semaines être seul en lice, se retire et laisse la voie libre à Horani. Dans un sursaut d'orgueil, Horani annonce son retrait de la course sil ny a pas de concurrence, mais finit par se raviser. Le 21 mai, il est élu à la tête de la CGEM, lors dune assemblée élective qui a connu le taux de participation le plus bas jamais enregistré : 2959 votants (sur un total de 8634) contre 4054 voix exprimées en 2006. Un score électoral bas que le nouveau patron des patrons cherche à relativiser : Beaucoup dadhérents ne sont pas à jour de leur cotisations et ne pouvaient donc pas voter. Il nempêche, le nouveau président du patronat hérite dune CGEM plus que jamais taxée dêtre tenue par les grands groupes et affaiblie par la défection de ses membres. Une image qu'il aura à charge de redorer.
(*) Derb Al Fokara, littéralement le quartier des pauvres, lieu de naissance de Mohamed Horani |
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