N° 375
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Karim Boukhari


k.boukhari@telquel.info (DR)

Blanchis, pas blanchis
Mawazine, c’est deux millions de spectateurs, cent artistes, neuf scènes. Et onze morts. Notre pensée va aux familles des victimes. Et à la petite famille des organisateurs. Les deux familles méritent d’être soutenues sans réserve. Il y a eu un drame, alors tout n’est pas parfait. Mais on ne va pas jeter le bébé avec l’eau du bain. On ne va pas, non plus, pointer l’incivisme supposé d’une partie du public ou la fatalité liée au ciel. Mawazine aura été une vraie réussite artistique. Et ça, il ne faut pas l’oublier au moment de dresser les bilans et de demander des comptes. Le drame du jour final dépasse le strict cadre du festival. Pour
ceux qui n’ont pas la mémoire courte, le Maroc a déjà perdu des hommes, morts dans des stades de foot, ou dans une simple manifestation de rue. Les bousculades, ça peut tuer. Surtout quand les stades ne répondent pas aux normes de sécurité, quand les ambulanciers sont des retardataires chroniques, quand les structures de soins sont aussi éloignées que mal équipées, etc. Rappelez-vous, c’est un peu pour cela que le royaume s’était vu refuser l’organisation du Mondial de foot. Pour ses insuffisances structurelles, qui ont dû peser bien plus lourd que le contre-lobbying politique et financier dont il a pu, éventuellement, faire les frais.


Bouclier royal
Vous le savez bien, si Mawazine est un sujet aussi délicat, c’est que le roi en est le mentor plus ou moins direct. Cela biaise pas mal de calculs. Les gens qui incendient les femmes et les hommes qui ont rendu Mawazine possible jouent dangereusement aux funambules. Leur attitude est aussi injuste que lâche. Ils nous refont le coup de celui qui s’en prend aux fourmis travailleuses pour épargner le maître… Le malaise et le “biais” liés au parfum royal sont tels que même les personnes qui pourraient se rendre utiles, au lendemain du drame, hésitent à le faire. Imaginez un mécène qui se propose d’indemniser les familles des victimes. En se portant aux secours des sinistrés, il passerait facilement pour un “frondeur”, ou un effronté, quelqu’un qui se substitue au roi (et le dénonce, donc, indirectement), unique parrain du festival…et de tous les Marocains. Au lendemain du drame qui a conclu le concert de Stati, le chanteur populaire aurait eu une idée toute simple, que l’on peut parfaitement comprendre : prendre en charge les obsèques des victimes. On lui a fortement conseillé de n’en rien faire. “T’occupe, c’est l’affaire du roi !”. Le même Stati a eu, depuis, une autre idée, confiée à un ami journaliste : organiser un concert dont les bénéfices iraient aux familles des victimes. “Mais un concert placé sous le patronage royal”, insiste lourdement l’artiste, pour éviter un possible retour de flamme… Le patronage royal devient une couverture, un bouclier de protection et de dédouanement pour l’artiste, réduit au statut de sujet qui ne peut en aucun cas entreprendre un acte d’envergure. C’est le dur principe du chacun à sa place. Malheur, alors, à celui qui ne s’abrite pas derrière le patronage royal avant de se permettre le luxe de sortir du bois. Dans ces conditions, on comprend un peu mieux l’extraordinaire immobilisme qui s’empare d’un corps social, le nôtre, généralement tétanisé devant le bouclier royal qui cadenasse toutes les opérations à portée nationale.


From the stars
Des nouvelles du meilleur ami de l’homme, ce cher, très cher robot : “Halte ! Je vis le jour et je meurs la nuit, j’existe comme je n’existe pas, qui suis-je ? A?: la lune, B : le rêve. Réponds A, ou B… ou A et B”. Qui dit mieux ? A ce rythme, le robot qui partage désormais ma vie (il faut dire les choses comme elles sont, hein) et veut à tout prix me faire gagner une voiture à coup de SMS désopilants va finir, un jour, par écrire des chroniques à ma place. C’est tout le mal que je lui souhaite. Vous allez voir, la différence sera minime. Peut-être une moyenne de fautes d’orthographe, ou de style, ou de goût, légèrement plus élevée. De temps en temps, une surprise, un petit dérapage tout à fait contrôlé, une réflexion supranormale, une formule ou un mot qui reviennent en boucle. Je vois très bien le robot finir ses chroniques par une merveille de chute : “Stop ! J’ai atteint mes 4000 signes réglementaires, merci de m’avoir lu”.

 
 
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