Lhogra
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Ôte -toi de là que je my mette : après 10 ans de nouvelle ère, voilà ce qui reste de la vision politique de la monarchie.
La semaine dernière sur cette même page, je me réjouissais du fait que le ministre de lIntérieur Chakib Benmoussa ait fait preuve dun légalisme ferme, contre les intérêts de son ancien collègue et ami du roi Fouad Ali El Himma. Pour rappel, Benmoussa avait fait appliquer larticle 5 de la loi sur les partis qui interdit clairement la transhumance, cette pratique consistant à débaucher des politiciens
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élus sous dautres couleurs que les leurs, et à laquelle le Parti authenticité et modernité (PAM) avait largement eu recours. Mais El Himma, le chef du PAM, est allé en justice
et la justice lui a donné raison, invalidant larticle 5 à coups darguties juridico-techniques que je vous épargnerai. Aujourdhui, le PAM peut se servir tant quil veut dans les autres partis. Cest du moins ce qua retenu Benmoussa, qui semblait nattendre que ce signal pour jeter léponge et se coucher devant son maître. Quelle misère
Foin de juridisme, allons à lessentiel : lami du roi entend faire main basse sur la politique marocaine, et rien, pas même la loi, ne saurait sy opposer. Cest aussi bête que ça. Au début de son aventure, on avait eu la faiblesse de croire El Himma quand il affichait son intention de renouveler la classe politique en y injectant du sang neuf, des cadres jeunes et compétents, vivier didées nouvelles pour le Maroc de demain
Las ! Après une toute petite expérience ratée (une poignée de scrutins partiels perdus en 2008), lami du roi a conclu que pour gagner, il fallait adouber les sempiternels notables locaux, pièges à voix richissimes et incultes, quitte à les débaucher massivement. Il est vrai que ça a toujours marché comme ça. El Himma na donc pas tort
à court terme. Mais sil sétait tenu à son idée première en pariant sur le long terme, il aurait peut-être réalisé un petit score aux communales de 2009, puis un score moins petit aux législatives de 2012, puis, de scrutin en scrutin, de meilleurs scores, jusquà imposer ses méthodes, figures et idées neuves, et réaliser enfin ce changement de culture politique que Mohammed VI a tant appelé de ses vux. Il faut croire que le roi et son ami sont pressés, et tant pis pour leur grandiose vision initiale. Finalement, le Palais considère la politique marocaine comme un jeu à somme nulle : ce sont toujours les mêmes qui gagnent, alors autant les avoir avec soi. Exit le renouvellement
et en fin de compte, lespoir.
Quand Hassan II créait des partis fantoches via Driss Basri et truquait massivement les élections en leur faveur, ce nétait pas démocratique pour deux dirhams mais au moins, il y avait un but : faire pièce à une opposition qui nétait pas encore tout à fait laminée, faire voter des mesures impopulaires mais nécessaires, comme le Programme dajustement structurel dicté par le FMI dans les années 1980
Mohammed VI a fait le choix de ne plus truquer les élections. Tant mieux. Mais à quoi bon, si elles sont vidées de leur sens à lavance ? Dans quel but a-t-il lancé son ami intime dans larène électorale, si ce dernier se contente de dépouiller ses adversaires pour les supplanter ? Quoffre-t-il de plus que les autres ? Un soutien sans faille à la monarchie et à ses réformes ? Comme si les autres partis, islamistes inclus, nourrissaient encore la moindre velléité dopposition
La vision politique de la monarchie se résume aujourdhui au bon vieux ôte toi de là que je my mette. Ce nest rien de plus que de linstinct de domination dont lassouvissement, une fin en soi, justifie les moyens les plus éculés. Les partis étaient déjà à terre ? La monarchie creuse pour mieux les enfoncer. En marocain, on appelle ça lhogra le mépris et labus de pouvoir envers moins fort que soi. Après 10 ans de nouvelle ère, voilà la vision royale qui, finalement, simpose
Condoléances à tous. |