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Par Meryem Saadi
SOCIÉTÉ. Célibataires, elles ont adopté
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Depuis 2002, les parents adoptifs peuvent donner leur propre nom de famille à lenfant. (DR)
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Depuis 2002, les femmes célibataires peuvent adopter un
enfant. Retour sur un droit encore méconnu du grand public.
S i lEtat avait davantage communiqué autour de la révision de la loi sur la Kafala, beaucoup plus de femmes célibataires qui ont toujours rêvé dêtre mères auraient sauté le pas, affirme Khadija Kabbaj, artiste-plasticienne reconnue, célibataire et maman dun petit garçon adopté de deux ans et demi. Seule une minorité de Marocaines ont profité de la nouvelle législation, passée complètement inaperçu lors de |
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sa modification en 2002. Dommage. Dépoussiéré deux ans avant la révision du Code de la famille de 2004, le texte réglementant la Kafala (terme signifiant le recueil légal en droit musulman) des enfants abandonnés a multiplié les chances de prise en charge dun enfant. Cette loi facilite la procédure administrative, et surtout donne aux femmes célibataires le droit dadopter. Plutôt révolutionnaire dans une société où ladoption nest pas encore entrée dans les murs. Et une première, sachant que même en Tunisie -le seul pays musulman qui conçoit ladoption comme dans les pays européens- cela nest pas autorisé.
Instinct maternel
Jai appris lexistence dune loi permettant aux femmes non mariées dadopter lors dun dîner entre amies. Tout de suite, jai souhaité en savoir plus, vu que mon plus grand rêve était délever un enfant, explique Souâd, une des rares Marocaines, mères adoptives célibataires. Divorcée très jeune, jamais remariée, elle a toujours regretté de ne pas être mère et a donc sauté sur loccasion dès quelle a eu vent de la réforme de la loi sur la Kafala, comme une poignée dautres femmes. Et la procédure a été beaucoup plus facile quelles ne lavaient imaginé. Contrairement aux idées reçues, ladoption nest pas un parcours du combattant qui dure plusieurs années, comme en France ou aux Etats-Unis par exemple. Entre le moment où jai déposé mon dossier et celui où jai tenu mon enfant dans mes bras, 3 mois seulement se sont écoulés, se rappelle Khadija Kabbaj. Depuis, ce nest que du bonheur. Son arrivée a bouleversé ma vie, dans le bon sens évidemment, poursuit-elle. Même son de cloche chez Souâd, dont la famille nétait pas très emballée au début. Mon entourage ne comprenait pas mon choix, considérant que je pouvais encore attendre de trouver un nouveau mari. Mais dès que jai adopté ma fille, on ma dit que javais finalement bien fait. Je me sentais enfin heureuse, explique-t-elle, épanouie.
Tournant juridique
Il y a clairement un avant et un après 2002 dans le domaine de la prise en charge des enfants abandonnés. Le dahir de 1993 sur la Kafala présentait plusieurs lacunes, et même certaines contradictions, explique Radia Bouhlal, juriste dOsraty, association marocaine des familles adoptives (lire encadré). Cette nouvelle réglementation a, par exemple, renforcé les droits des kafils, sans pour autant en faire des parents à part entière. Même chose concernant ceux du makfoul, sans lui donner toutefois le statut dun enfant faisant partie intégrante de la famille daccueil.
Parmi les avancées, la nouvelle loi permet de donner son propre nom de famille à lenfant adopté. Pour cela, il faut adresser une requête au ministère de lIntérieur, et attendre quelques mois pour avoir la réponse. Une procédure plus compliquée permet aussi de changer le prénom, mais la demande, traitée par le Tribunal de première instance, dépend souvent du bon vouloir du juge. Jai adopté mon fils à lâge de 4 mois, cela me paraît donc normal de lui donner mon nom de famille, et davoir le droit de lui donner un prénom que jaime et qui a une signification pour moi, explique Khadija Kabbaj. Mais le fait de donner son nom de famille à son enfant adoptif na aucune incidence sur sa filiation, et ne remet nullement en cause les règles de lhéritage. Lenfant adopté ne peut pas hériter de ses parents adoptifs. Larticle 2 de la loi sur la Kafala est clair sur la question, puisquil affirme que la Kafala ne donne pas droit à la succession. Résultat, le seul moyen pour une mère ou des parents adoptifs de protéger le futur de leur enfant est davoir recours au Tanzil, gratification testamentaire permettant à l'enfant de percevoir une certaine part d'héritage, ne pouvant dépasser le 1/3 de la masse successorale totale.
Aller plus loin ?
Au risque de paraître pessimiste, je ne pense vraiment pas quun jour la loi marocaine permettra aux enfants adopté dhériter automatiquement. Ce serait contradictoire avec les préceptes coraniques, analyse Radia Bouhlal. La loi sur la Kafala comporte dautres lacunes. La nouvelle réglementation a permis aux femmes célibataires dadopter
sans pour autant donner le même droit aux hommes non mariés. Il est regrettable de priver un homme célibataire de la prise en charge dun enfant. La question de léducation et de lamour quon peut lui donner ne doit pas être réduite à une question de sexe, affirme Radia Bouhlal.
Autre limite, le texte de 2002 nindique pas clairement ce qui advient dun enfant adopté si les parents, lun des parents ou la mère adoptive célibataire décèdent. La logique juridique voudrait que lenfant redevienne orphelin une seconde fois et quil soit à nouveau placé dans le centre qui lavait confié à la famille daccueil. Mais heureusement, dans la pratique, les choses peuvent se passer différemment. Si la famille des défunts ou de la défunte exprime son souhait de continuer la Kafala, elle doit retourner à la case départ et reprendre toute la procédure dadoption de lenfant, explique la juriste de lassociation Osraty. Ces zones dombre de la loi peuvent décourager les couples et encore plus les femmes célibataires
Le fait de permettre aux femmes célibataires dadopter a déjà été un grand pas en avant. Je suis sûre que le reste va changer doucement, il faut juste un peu de temps, affirme Khadija Kabbaj. Croisons les doigts. |
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Association Osraty. Pour la promotion de ladoption
Fondée en juillet 2006 à Rabat par des parents adoptifs, Osraty est une association à but non lucratif qui a pour principal objectif la promotion de la Kafala. Nous sommes là pour assurer la liaison entre les personnes souhaitant prendre en charge un enfant, et le juge des tutelles. Beaucoup se heurtent à une multitude dobstacles bureaucratiques, et nous sommes prêts à les aider lors de cette étape, affirme Radia Bouhlal, juriste de lassociation. Osraty uvre également pour sensibiliser le grand public sur lenfant abandonné. Elle organise des sessions dinformation, de soutien et daccompagnement des familles candidates ou vivant déjà lexpérience de la Kafala. Parmi ses projets, Osraty compte élaborer un guide national sur ladoption et ouvrir le débat sur plusieurs points flous dans la loi ou encore sur le Tanzil. Nous militons pour accorder à lenfant pris en charge les mêmes droits que tout enfant biologique, explique Radia Bouhlal. Le site de lassociation est également une véritable mine dinformations sur tout ce qui touche à la prise en charge dun enfant. A ladresse Perso.menara.ma/~osraty, couples ou femmes célibataires pensant à ladoption peuvent consulter la loi sur la Kafala et le Tanzil, et avoir une idée précise sur les procédures à suivre. |
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