N° 375
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Réda Allali

Zakaria Boualem s’intéressera aux politiciens
quand ils seront intéressants, c’est aussi simple que ça.

Nom : Boualem
Prénom : Zakaria
Né en 1976 à Guercif
Signe particulier : Marocain à tendance paranoïaque



Notant avec sagacité que la campagne électorale pour les prochaines communales ne passionnait pas grand-monde, une parlementaire a décidé d’écrire un poème pour mobiliser les foules. Zakaria Boualem a trop souvent ironisé sur le manque de créativité de nos élus pour ne pas saluer avec enthousiasme cette initiative. Il a malheureusement poussé l’investigation jusqu’à lire le texte en question - qui vient brutalement de perdre son statut de poème- et va vous en livrer des extraits traduits sans plus de préparation psychologique, désolé s’il y a des enfants.
“Je suis marocaine, je suis marocaine
La femme a le droit de participer elle aussi
Aux élections communales
De diriger, de gérer des budgets
Faites confiance à la femme marocaine
Originale et fidèle
Elle est capable de relever ce défi
A l’heure du progrès, de l’épanouissement et de la participation politique (…)
Je suis marocaine, je suis marocaine”
Si Zakaria Boualem refuse de poursuivre la traduction, c’est parce qu’il estime que vous n’avez rien fait pour mériter pareille punition plus longtemps.
Si vous pensez que la traduction a massacré le texte original, sachez que c’est encore pire en arabe.
Si vous savez pourquoi les parlementaires marocains, les rappeurs marocains et les internautes marocains consacrent une partie importante de leur temps à déclarer qu’ils sont marocains, merci de proposer une explication à Zakaria Boualem, qui considère cette nouvelle pratique grotesque, voire louche.
Si vous estimez que l’arrivée de la femme dans notre paysage politique allait relever le niveau, relisez les lignes qui précèdent.
Si vous pensez que cet effort mérite d’être encouragé parce qu’il est l’œuvre d’une femme bénéficiaire du programme de lutte contre l’analphabétisme, sachez qu’il est en fait le résultat de la réflexion d’une femme de 55 ans, parlementaire et professeur de médecine de son état.
Il est à signaler que ce texte a bénéficié d’une aide de 400 000 dirhams pour être mis en musique. Il faut donc s’attendre à une superproduction de rap patriotique dans les prochaines semaines, et c’est une perspective effrayante. Zakaria Boualem est un peu fatigué d’entendre des politiciens gémir parce qu’on ne s’intéresse pas à eux. Zakaria Boualem s’intéressera à eux quand ils seront intéressants, c’est aussi simple que ca. Ajoutons qu’ils devraient remercier le bon Dieu qu’on ne s’intéresse pas à eux parce que le jour où on le fera, ils n’en auront plus pour très longtemps. Zakaria Boualem a donc décidé de produire un poème lui aussi, il n’y a pas de raison qu’il soit le seul à avoir peur du ridicule dans ce pays.

“Je suis guercifi, je suis guercifi
Ce qui signifie que je me méfie
Des rimes bouffies, des mots comme “défi”,
Je suis guercifi, je suis guercifi

Vous êtes parlementaire
Vous cherchez des solutions
J’aime les pommes de terre
Avec des oignons

Et Sachez qu’un poème
N’a jamais réglé de problème
Je le sais, j’en suis un moi-même
Retenez mon nom, Boualem”

 
 
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