N° 376
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

LOISIRS. Un business nommé aquaparc
L'ACTU ÉCONOMIE



Par Youssef Ziraoui

LOISIRS. Un business nommé aquaparc
L’essentiel de la clientèle des parcs aquatiques est familiale. (DR)

L’été arrive, les vacances se profilent, et les propriétaires de parcs aquatiques se frottent les mains, en attendant la déferlante d’estivants. Car c’est la saison ou jamais.


Commune de Dar Bouazza, à une vingtaine de kilomètres au sud de Casablanca. Mélange de château fort et de temple romain avec ses miradors blancs et sa façade culminant à plus de dix mètres, le parc aquatique de Tamaris surplombe la route d’Azemmour, offrant une vue imprenable sur la mer. En faction sur la trentaine de marches de
marbre permettant d’accéder au guichet, une poignée d’agents de sécurité très propres sur eux veillent au grain sous un soleil de plomb, tandis qu’un couple accompagnant leur rejeton, tenue estivale de rigueur, franchissent le barrage du tourniquet, après s’être acquittés du droit de passage : 140 dirhams par tête pour elle et lui. Zéro dirhams pour le bambin, comme pour “tous les enfants de moins de 80 centimètres” (sic).

CSP+ et écoliers
Ici, des reproductions d’animaux en taille réelle, là, un toboggan vertigineux de 19 mètres, le kamikaze, dans le jargon. Plus loin, une piscine à vagues, une rivière artificielle, des transats à perte de vue, des lits à baldaquin en bambou, des parasols, gratuits (ou pas) selon leur emplacement… Bref, près de 5000 mètres cubes d’eau dans 7,5 hectares d’“espace de jeux et de détente” vantés par les dépliants, ouvert 7 jours sur 7, de 9h30 à 19h. Coût total de l’investissement : 80 millions de dirhams, financés en partie par la BMCE et des investisseurs privés marocains.
Il est 15 heures. Les haut-parleurs arrosent l’assistance de décibels, enchaînent les tubes cadencés, concurrençant les piaillements des enfants, heureux comme des poissons dans l’eau. Pendant ce temps-là, frais comme un gardon, Mehdi Lakhmiri, directeur du développement de la maison, teint hâlé et polo rose, talkie-walkie à la main, fait le tour du propriétaire. Malgré les 26 degrés à l’ombre, il n’y a pas foule en ce début d’après-midi. Quelque 600 personnes à tout casser (pour une capacité de 4000 places) ont cédé à l’appel du farniente : “A partir de mai, ça s’active, assure Mehdi Lakhmiri. Durant les week-ends d’août, nous enregistrons des pics d’affluence de plus de 3500 personnes par jour”.
Le profil de la clientèle : “Des CSP+, provenant d’un rayon de 100 kilomètres, explique Monsieur waterworld. Notre clientèle est familiale à 80?%, mais nous recevons aussi des groupes d’écoliers ou d’étudiants, des entreprises... Et contrairement à certains lieux nocturnes et autres piscines en bord de mer, nous ne servons pas d’alcool”. Meryem, la trentaine bien entamée, est une mère de famille habituée des lieux : “Ce genre d’endroit, c’est une bénédiction pour les gosses, on les occupe grâce aux divertissements, s’enthousiasme-t-elle. Ils sont surveillés, répartis dans les piscines selon leur âge”. Driss, jeune cadre casablancais, y va à l’occasion, conciliant sortie familiale, et “sensations fortes”.

Du pain et des jeux
Après (à peine) un an d’existence, le parc aquatique de Tamaris a atteint son seuil de rentabilité : “Aujourd’hui, nos revenus couvrent nos dépenses”, nous lance, laconique, Mehdi Lakhmiri. D’après David Cappelletti, expert dans le domaine des loisirs aquatiques, un parc reçoit, selon sa capacité d’accueil, entre 80 000 et 150 000 visiteurs par an. “Les clients dépensent environ 150 dirhams à chaque sortie, je vous laisse faire le calcul”, poursuit le consultant. Moralité, un parc d’attraction enregistre, bon an mal an, un chiffre d’affaires avoisinant les 20 millions de dirhams, pour un taux de marge oscillant entre 4 et 5%... une fois que le rythme de croisière est atteint. “80 % de notre chiffre d’affaires provient de la billetterie et de la restauration. Cela dit, nos clients peuvent amener leur propre nourriture et pique-niquer sur place, dans des emplacement prévus à cet effet”, étaye Mehdi Lakhmiri. Et d’ajouter : “La plupart des activités sont gratuites : water-polo, aquagym, yoga, etc”.
Mais la tentation (de mettre la main à la poche) est bien présente : des boutiques proposant l’attirail du parfait baigneur (paréos, maillots, serviettes, sandales brésiliennes, ambre solaire, ou encore T-shirts estampillés de la marque du parc aquatique); une salle de jeux sur deux étages offrant toutes sortes de divertissements (punching-ball, train électrique, mini-circuit de karting, etc.); location de coffres-forts, des vestiaires, etc. “Cela ne constitue pas le cœur du métier, il s’agit seulement de répondre à un besoin de la clientèle”, affirme Mehdi Lakhmiri. Certainement, sauf que ces services totalisent tout de même 20% du chiffre d’affaires de l’entreprise.
Reste que le business modèle est particulier. “C’est un secteur où l’activité est saisonnière par définition”, explique Mehdi Lakhmiri. En d’autres termes, les affaires sont fonction du niveau d’ensoleillement. Conséquence, le gros du chiffre d’affaires est réalisé durant l’été. A moyen terme, les actionnaires de l’aquaparc Tamaris envisagent de réinjecter quelque 40 millions de dirhams, en plus des 80 millions de l’investissement de départ, qui financeront (entre autres) un bowling et une piscine chauffée à l’année. Ce qui devrait permettre de pallier le problème de la saisonnalité de l’activité, d’autant que cette année, le ramadan, mois chômé, tombe en plein mois d’août.
Question : que se passe-t-il le reste de l’année ? “Nous fermons, tout simplement, sans quoi, nous ne serions pas rentables, nos revenus ne couvriraient pas nos charges d’exploitation (salaires, électricité, traitement des eaux, entretien des machines, des jardins, etc., ndlr)”, explique le maître des lieux. Cost-killing oblige, la plupart des activités sont sous-traitées : restauration, sécurité, animations… Du coup, seule une petite dizaine de personnes, des salariés permanents, est payée à l’année. Au total, l’aquaparc de Tamaris a, selon ses propriétaires, créé 150 emplois saisonniers, répartis en maîtres-nageurs, animateurs, techniciens, cuisiniers, secouristes et autres vigiles. “Nous comptons aussi un médecin dans nos équipes et une salle équipée en oxygénothérapie”, s’enorgueillit Mehdi Lakhmiri.

Zid l’ma…
Changement de décor : parc Oasiria de Marrakech, premier du genre sous nos cieux. Ouvert depuis juillet 2005, le projet pharaonique sur 10 hectares a nécessité un investissement de 800 millions de dirhams, l’équivalent d’un hôtel cinq étoiles de 400 chambres, excusez du peu… Comment expliquer ce budget colossal ? “Il y a le foncier, plus les constructions. Tenez par exemple, rien que pour faire une bute, il a fallu déplacer 130 000 tonnes de terre. Autre exemple, le moindre toboggan nous coûte plus de deux millions de dirhams”, assure Azzedine Messaouidi, directeur général du parc Oasiria de Marrakech, qui a fait ses armes dans la gestion d’un complexe hôtelier près de Bordeaux en France.
Piscine chauffée, aires de jeux, toboggans à la pelle, pieuvre géante, bateau pirate, soirées à thème pour amuser la galerie, restaurant paillote, pizzeria, self, gaufreries. Ouvert de 10 heures à 19 heures, le parc aquatique joue les prolongations durant la nuit, proposant “la location d’espace privatisable”, entendez “espace privé pour faire la java jusqu’à pas d’heure”. Bref, (presque) tout y est… sauf, le logement. “A court terme nous construirons un établissement hôtelier de haut standing, rétorque Azzedine Messaouidi. Cela permettra entres autres d’offrir un nouveau service aux clients potentiels”. Et accessoirement, de jouer dans la cour des hôteliers. Ouvert à l’année, le parc situé à la périphérie de la ville ocre compte quelque 130 employés, “tous salariés de l’entreprise”, martèle notre homme, et qui, avec l’achat de marchandises pour les cuisines, constitue l’essentiel des charges de la société. Le parc affiche une capacité de 4000 places. “Pendant une bonne journée, nous faisons des pointes à 3000 entrées”, poursuit Azzedine Messaouidi. Parmi les clients, de jeunes couples, des moins jeunes, des familles entières, des étudiants, des célibataires en “bande”... Leur provenance ? “Ce sont des Marrakchis en ‘manque’ de plage, adeptes de sensations fortes, des touristes marocains provenant des quatre coins du royaume, des MRE, des touristes étrangers…”, énumère Messaouidi.
Pour fidéliser sa clientèle, il s’emploie à multiplier les conventions avec les entreprises et les écoles, et propose plusieurs formules d’abonnement, du mensuel au trimestriel. Côté prix, Oasiria pratique des tarifs “abordables comparés à ce qui se fait en Europe, où le prix d’entrée flirte avec les 300 dirhams”, soit de 180 dirhams pour les adultes, 100 dirhams pour les enfants. Idem pour la nourriture : “Nos tarifs très raisonnables, pas plus chers que ce qui se fait dans le centre-ville”. Pourquoi un tel positionnement ? “Nous voulons drainer un maximum de clients. Nous sommes dans une logique de gros chiffres, avec de faibles marges de bénéfice”, poursuit Messaouidi, qui connaît son Mercator sur le bout des doigts. Azzedine Messaouidi est fier de sa dernière trouvaille : “Une navette gratuite ralliant le centre-ville à Oaisiria”. Histoire de harponner le chaland en plein vol.

Perspectives. Vite, un aquaparc !
Un aquaparc à Casablanca, un autre prévu dans la capitale économique en 2010, et puis un autre à Marrakech, Tanger, Agadir, M’diq, SaÏdia… Les parcs aquatiques poussent comme des champignons depuis quelques années, “alors que les espaces de loisirs se font très rares dans les grandes villes”, analyse Hamid Belefdil, directeur du Centre régional d’investissement (CRI) de Casablanca. Une raison particulière ? “Ce genre de projet nécessite une réserve foncière importante, or, ceux qui possèdent des terrains préfèrent se lancer dans des projets immobiliers car le rendement est nettement supérieur, en plus d’être quasi immédiat”, poursuit notre homme. Pourtant, “les aires de loisirs et les aquaparcs répondent aux besoins des habitants des grandes villes”, croit savoir le directeur du CRI. Les statistiques du Haut commissariat au plan semblent lui donner raison : les dépenses des ménages consacrées au loisir ont augmenté de 13% de 2001 à 2007, mais elles ne pèsent pas lourd dans le budget des Marocains, avec un petit 1,7% (en 2007). Pour cet analyste financier d’une grande banque de la place, “ces business exploseront avec le développement de la classe moyenne, le seul véritable moteur”. David Cappelletti, qui a œuvré à la mise en place de nombreux projets d’aquaparc, pronostique : “A terme, toutes les grandes villes marocaines devraient avoir leur propre aquaparc”. D'ici là, il passera beaucoup d'eau sous les ponts.

 
 
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