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Par Youssef Ziraoui
LOISIRS. Un business nommé aquaparc
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Lessentiel de la clientèle des parcs aquatiques est familiale. (DR)
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Lété arrive, les vacances se profilent, et les propriétaires de parcs aquatiques se frottent les mains, en attendant la déferlante destivants. Car cest la saison ou jamais.
Commune de Dar Bouazza, à une vingtaine de kilomètres au sud de Casablanca. Mélange de château fort et de temple romain avec ses miradors blancs et sa façade culminant à plus de dix mètres, le parc aquatique de Tamaris surplombe la route dAzemmour, offrant une vue imprenable sur la mer. En faction sur la trentaine de marches de |
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marbre permettant daccéder au guichet, une poignée dagents de sécurité très propres sur eux veillent au grain sous un soleil de plomb, tandis quun couple accompagnant leur rejeton, tenue estivale de rigueur, franchissent le barrage du tourniquet, après sêtre acquittés du droit de passage : 140 dirhams par tête pour elle et lui. Zéro dirhams pour le bambin, comme pour tous les enfants de moins de 80 centimètres (sic).
CSP+ et écoliers
Ici, des reproductions danimaux en taille réelle, là, un toboggan vertigineux de 19 mètres, le kamikaze, dans le jargon. Plus loin, une piscine à vagues, une rivière artificielle, des transats à perte de vue, des lits à baldaquin en bambou, des parasols, gratuits (ou pas) selon leur emplacement
Bref, près de 5000 mètres cubes deau dans 7,5 hectares despace de jeux et de détente vantés par les dépliants, ouvert 7 jours sur 7, de 9h30 à 19h. Coût total de linvestissement : 80 millions de dirhams, financés en partie par la BMCE et des investisseurs privés marocains.
Il est 15 heures. Les haut-parleurs arrosent lassistance de décibels, enchaînent les tubes cadencés, concurrençant les piaillements des enfants, heureux comme des poissons dans leau. Pendant ce temps-là, frais comme un gardon, Mehdi Lakhmiri, directeur du développement de la maison, teint hâlé et polo rose, talkie-walkie à la main, fait le tour du propriétaire. Malgré les 26 degrés à lombre, il ny a pas foule en ce début daprès-midi. Quelque 600 personnes à tout casser (pour une capacité de 4000 places) ont cédé à lappel du farniente : A partir de mai, ça sactive, assure Mehdi Lakhmiri. Durant les week-ends daoût, nous enregistrons des pics daffluence de plus de 3500 personnes par jour.
Le profil de la clientèle : Des CSP+, provenant dun rayon de 100 kilomètres, explique Monsieur waterworld. Notre clientèle est familiale à 80?%, mais nous recevons aussi des groupes décoliers ou détudiants, des entreprises... Et contrairement à certains lieux nocturnes et autres piscines en bord de mer, nous ne servons pas dalcool. Meryem, la trentaine bien entamée, est une mère de famille habituée des lieux : Ce genre dendroit, cest une bénédiction pour les gosses, on les occupe grâce aux divertissements, senthousiasme-t-elle. Ils sont surveillés, répartis dans les piscines selon leur âge. Driss, jeune cadre casablancais, y va à loccasion, conciliant sortie familiale, et sensations fortes.
Du pain et des jeux
Après (à peine) un an dexistence, le parc aquatique de Tamaris a atteint son seuil de rentabilité : Aujourdhui, nos revenus couvrent nos dépenses, nous lance, laconique, Mehdi Lakhmiri. Daprès David Cappelletti, expert dans le domaine des loisirs aquatiques, un parc reçoit, selon sa capacité daccueil, entre 80 000 et 150 000 visiteurs par an. Les clients dépensent environ 150 dirhams à chaque sortie, je vous laisse faire le calcul, poursuit le consultant. Moralité, un parc dattraction enregistre, bon an mal an, un chiffre daffaires avoisinant les 20 millions de dirhams, pour un taux de marge oscillant entre 4 et 5%... une fois que le rythme de croisière est atteint. 80 % de notre chiffre daffaires provient de la billetterie et de la restauration. Cela dit, nos clients peuvent amener leur propre nourriture et pique-niquer sur place, dans des emplacement prévus à cet effet, étaye Mehdi Lakhmiri. Et dajouter : La plupart des activités sont gratuites : water-polo, aquagym, yoga, etc.
Mais la tentation (de mettre la main à la poche) est bien présente : des boutiques proposant lattirail du parfait baigneur (paréos, maillots, serviettes, sandales brésiliennes, ambre solaire, ou encore T-shirts estampillés de la marque du parc aquatique); une salle de jeux sur deux étages offrant toutes sortes de divertissements (punching-ball, train électrique, mini-circuit de karting, etc.); location de coffres-forts, des vestiaires, etc. Cela ne constitue pas le cur du métier, il sagit seulement de répondre à un besoin de la clientèle, affirme Mehdi Lakhmiri. Certainement, sauf que ces services totalisent tout de même 20% du chiffre daffaires de lentreprise.
Reste que le business modèle est particulier. Cest un secteur où lactivité est saisonnière par définition, explique Mehdi Lakhmiri. En dautres termes, les affaires sont fonction du niveau densoleillement. Conséquence, le gros du chiffre daffaires est réalisé durant lété. A moyen terme, les actionnaires de laquaparc Tamaris envisagent de réinjecter quelque 40 millions de dirhams, en plus des 80 millions de linvestissement de départ, qui financeront (entre autres) un bowling et une piscine chauffée à lannée. Ce qui devrait permettre de pallier le problème de la saisonnalité de lactivité, dautant que cette année, le ramadan, mois chômé, tombe en plein mois daoût.
Question : que se passe-t-il le reste de lannée ? Nous fermons, tout simplement, sans quoi, nous ne serions pas rentables, nos revenus ne couvriraient pas nos charges dexploitation (salaires, électricité, traitement des eaux, entretien des machines, des jardins, etc., ndlr), explique le maître des lieux. Cost-killing oblige, la plupart des activités sont sous-traitées : restauration, sécurité, animations
Du coup, seule une petite dizaine de personnes, des salariés permanents, est payée à lannée. Au total, laquaparc de Tamaris a, selon ses propriétaires, créé 150 emplois saisonniers, répartis en maîtres-nageurs, animateurs, techniciens, cuisiniers, secouristes et autres vigiles. Nous comptons aussi un médecin dans nos équipes et une salle équipée en oxygénothérapie, senorgueillit Mehdi Lakhmiri.
Zid lma
Changement de décor : parc Oasiria de Marrakech, premier du genre sous nos cieux. Ouvert depuis juillet 2005, le projet pharaonique sur 10 hectares a nécessité un investissement de 800 millions de dirhams, léquivalent dun hôtel cinq étoiles de 400 chambres, excusez du peu
Comment expliquer ce budget colossal ? Il y a le foncier, plus les constructions. Tenez par exemple, rien que pour faire une bute, il a fallu déplacer 130 000 tonnes de terre. Autre exemple, le moindre toboggan nous coûte plus de deux millions de dirhams, assure Azzedine Messaouidi, directeur général du parc Oasiria de Marrakech, qui a fait ses armes dans la gestion dun complexe hôtelier près de Bordeaux en France.
Piscine chauffée, aires de jeux, toboggans à la pelle, pieuvre géante, bateau pirate, soirées à thème pour amuser la galerie, restaurant paillote, pizzeria, self, gaufreries. Ouvert de 10 heures à 19 heures, le parc aquatique joue les prolongations durant la nuit, proposant la location despace privatisable, entendez espace privé pour faire la java jusquà pas dheure. Bref, (presque) tout y est
sauf, le logement. A court terme nous construirons un établissement hôtelier de haut standing, rétorque Azzedine Messaouidi. Cela permettra entres autres doffrir un nouveau service aux clients potentiels. Et accessoirement, de jouer dans la cour des hôteliers. Ouvert à lannée, le parc situé à la périphérie de la ville ocre compte quelque 130 employés, tous salariés de lentreprise, martèle notre homme, et qui, avec lachat de marchandises pour les cuisines, constitue lessentiel des charges de la société. Le parc affiche une capacité de 4000 places. Pendant une bonne journée, nous faisons des pointes à 3000 entrées, poursuit Azzedine Messaouidi. Parmi les clients, de jeunes couples, des moins jeunes, des familles entières, des étudiants, des célibataires en bande... Leur provenance ? Ce sont des Marrakchis en manque de plage, adeptes de sensations fortes, des touristes marocains provenant des quatre coins du royaume, des MRE, des touristes étrangers
, énumère Messaouidi.
Pour fidéliser sa clientèle, il semploie à multiplier les conventions avec les entreprises et les écoles, et propose plusieurs formules dabonnement, du mensuel au trimestriel. Côté prix, Oasiria pratique des tarifs abordables comparés à ce qui se fait en Europe, où le prix dentrée flirte avec les 300 dirhams, soit de 180 dirhams pour les adultes, 100 dirhams pour les enfants. Idem pour la nourriture : Nos tarifs très raisonnables, pas plus chers que ce qui se fait dans le centre-ville. Pourquoi un tel positionnement ? Nous voulons drainer un maximum de clients. Nous sommes dans une logique de gros chiffres, avec de faibles marges de bénéfice, poursuit Messaouidi, qui connaît son Mercator sur le bout des doigts. Azzedine Messaouidi est fier de sa dernière trouvaille : Une navette gratuite ralliant le centre-ville à Oaisiria. Histoire de harponner le chaland en plein vol. |
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Perspectives. Vite, un aquaparc !
Un aquaparc à Casablanca, un autre prévu dans la capitale économique en 2010, et puis un autre à Marrakech, Tanger, Agadir, Mdiq, SaÏdia
Les parcs aquatiques poussent comme des champignons depuis quelques années, alors que les espaces de loisirs se font très rares dans les grandes villes, analyse Hamid Belefdil, directeur du Centre régional dinvestissement (CRI) de Casablanca. Une raison particulière ? Ce genre de projet nécessite une réserve foncière importante, or, ceux qui possèdent des terrains préfèrent se lancer dans des projets immobiliers car le rendement est nettement supérieur, en plus dêtre quasi immédiat, poursuit notre homme. Pourtant, les aires de loisirs et les aquaparcs répondent aux besoins des habitants des grandes villes, croit savoir le directeur du CRI. Les statistiques du Haut commissariat au plan semblent lui donner raison : les dépenses des ménages consacrées au loisir ont augmenté de 13% de 2001 à 2007, mais elles ne pèsent pas lourd dans le budget des Marocains, avec un petit 1,7% (en 2007). Pour cet analyste financier dune grande banque de la place, ces business exploseront avec le développement de la classe moyenne, le seul véritable moteur. David Cappelletti, qui a uvré à la mise en place de nombreux projets daquaparc, pronostique : A terme, toutes les grandes villes marocaines devraient avoir leur propre aquaparc. D'ici là, il passera beaucoup d'eau sous les ponts. |
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