N° 376
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

POLITIQUE. Le temps des questions
ANALYSE. Aux origines de la transhumance
DRAME. Le crash aux mille mystères
SALAFISTES. Le retour de la grâce ?
MRE. Saison à haut risque
L'ACTU MAROC



Par Mohammed Boudarham

POLITIQUE. Le temps des questions
Mais que nous préparent donc El Himma et ses hommes ? (TNIOUNI)

11 morts et une soixantaine de blessés. Triste bilan d’une bousculade meurtrière à la fin du concert de Stati à Rabat. Récit du drame en 24 heures chrono.


Vendredi 29 mai. Les quartiers généraux des partis politiques mettent les dernières touches à leurs campagnes électorales, démarrant officiellement à minuit. Pendant ce temps, Mohamed Cheikh Biadillah, secrétaire général du PAM, prépare une sortie médiatique loin d’être anodine. Peu avant midi, l’ex-ministre de la Santé convoque la presse
nationale et internationale dans un grand hôtel rbati. Contre toute attente, le PAM rallie officiellement les rangs de l’opposition. Motif invoqué par les collègues de Fouad Ali El Himma : la manière “inconvenante” avec laquelle le gouvernement et la majorité ont géré la crise des élus transhumants. D’abord empêchés de se présenter aux élections par le ministère de l’Intérieur, ils ont fini par obtenir gain de cause devant les tribunaux administratifs de Rabat et de Marrakech. L’affaire pouvait s’arrêter là, mais le PAM avait visiblement d’autres plans de campagne. Le lendemain, le “téléphone rouge” de Abbas El Fassi, dont la majorité vacillait déjà, lui apporte de bonnes nouvelles. Depuis Paris où il séjourne à titre privé, Mohammed VI renouvelle sa confiance à son Premier ministre et à travers lui, au gouvernement de Sa Majesté. Il n’en fallait pas plus à Si Abbas pour reprendre du poil de la bête. Devant les caméras de la télé officielle, il tire à boulets rouges sur l’ami du roi. “Je n’ai jamais vu, ni au Maroc ni à l’étranger, un parti passant de la majorité à l’opposition à la veille d’une échéance électorale. Cela porte un nom : du parasitage”, affirme El Fassi. Mieux, le Premier ministre cite Mohammed VI en déclarant : “Le message de Sa Majesté est très clair : les élections communales n’ont aucune relation avec le gouvernement. Il n’y a donc pas lieu de parler de remaniement avant 2012, qui est la seule échéance qui intéresse l’exécutif”, disait, en substance, Abbas El Fassi.

Remaniement : quand le roi voudra
Un autre poids lourd de la majorité gouvernementale est pourtant venu contredire “les vérités du Premier ministre”. Dans une déclaration rapportée par la presse, Mustapha El Mansouri affirme que “l’option d’un remaniement reste possible, mais pas avant octobre”, précise le président de la Chambre des députés. “Le roi, on l’a déjà vu avec le gouvernement Jettou, a l’habitude d’introduire des remaniements dits techniques à mi-mandat et rien ne l’empêche de faire la même chose avec l’équipe El Fassi via quelques ajustements”, explique un observateur de la scène politique nationale. Les signes avant coureurs d’une telle décision ne manquent d’ailleurs pas. Le poste de secrétaire d’Etat aux Affaires étrangères est encore vacant depuis la mise à l’écart du ministre istiqlalien (et seul Sahraoui de l’équipe gouvernementale) Ahmed Lakhrif. Touria Jabrane, ministre de la Culture, est quant à elle donnée partante pour raisons de santé. Il y a enfin le cas d’Ahmed Akhchichine. Le ministre de l’Education nationale est aussi (surtout ?) secrétaire général adjoint du PAM. Problème : seul le roi peut le démettre de ses fonctions. Et en attendant, le parti de Si Fouad a déjà trouvé la parade : “M. Akhchichine a été nommé à son poste avant la création du PAM”, explique, sur un ton expéditif, Mohamed Cheikh Biadillah.
Poussons le scénario encore plus loin. Nous sommes en octobre, et Mohammed VI est définitivement convaincu de l’utilité d’un remaniement technique, à qui ferait-on appel, deux ans à peine avant les prochaines élections législatives ? Le Mouvement populaire, par exemple, ne dirait pas non à une telle sollicitation royale. “Nous ne sommes pas à l’affût d’une telle proposition. Pour le moment, il n’y a pas eu le moindre contact dans le sens d’une participation au gouvernement mais si on se voit émettre un message, on en discutera au sein de nos instances”, affirme Mohand Laenser. “Sur ce plan, notre position est claire et tout le monde sait pourquoi nous n’avons pas fait partie de l’actuel exécutif”, conclut le leader haraki en référence aux noms qui lui avaient été proposés et qui avaient été refusés, par principe, par la direction du MP. Deuxième possibilité : l’entrée du PJD au gouvernement. Là encore, les arguments en faveur d’un tel scénario ne manquent pas. Abdelilah Benkirane a d’abord toujours défendu une participation au gouvernement. Au lendemain de son élection, il a publiquement déclaré que son objectif était désormais de “banaliser le PJD”. Sautera-t-il le pas pour autant ou préfèrera-t-il travailler, la main dans la main, avec l’ennemi d’hier (le PAM) ? Les prochaines semaines nous le diront.

Une opposition plus forte que jamais ?
En tout cas, cet éventuel remaniement ne ramènera pas forcément le PAM au gouvernement. “Les résultats du parti lors des communales n’auront pas d’incidence sur son poids politique au gouvernement. En plus, ce remaniement permettra aussi à Akhchichine de quitter honorablement le gouvernement pour plus de clarté dans le jeu politique”, affirme un politologue. Reste alors une question : le parti de l’ami du roi a-t-il sa place au sein de l’opposition ? A quoi ressembleront ses relations avec le PJD par exemple, passé subitement du rang d’ennemi politique à celui d’allié parlementaire ? Comme pour préparer ce soudain changement de cap, Fouad Ali El Himma aurait rendu visite à Abdelilah Benkirane, quelques jours avant l’annonce du retrait de la majorité gouvernementale. Objectif : conclure un pacte de non agression politique. Lors d’un meeting, Fouad Ali El Himma va encore plus loin, qualifiant publiquement le PJD de “parti respectable” et désignant un nouvel ennemi à ses troupes : Al Adl Wal Ihsane. La feinte ne semble pas avoir eu d’effet sur les cadres du parti islamiste, pas encore rassurés quant aux réelles intentions de ce “nouvel arrivant” sur les bancs de l’opposition. Lahcen Daoudi, secrétaire général adjoint du PJD, est d’ailleurs formel à ce sujet : “C’est un parti qui n’est pas fait pour l’opposition. Je crois qu’il fera vite de regagner son milieu naturel qui se trouve au sein de la majorité gouvernementale”. Au Mouvement populaire, Mohand Laenser ne veut visiblement pas insulter l’avenir. “Au sein de l’opposition, nous aurons sans doute des positions communes concernant certaines lois en particulier, mais il ne saurait être question d’alliance ou de bloc commun par exemple”, explique le leader haraki. Seule certitude à l’écriture de ces lignes : le gouvernement aura fort à faire face à une opposition composée de formations comme le MP, le PJD, l’UC et le PAM.

Abstention quand tu nous tiens !
Mais à quelques jours de la fin de la campagne électorale, c’est bien le PAM qui crée une fois de plus la surprise … et qui fait parler de lui. Le parti, qui a moins d’un an d’existence, arrivait mardi en tête du nombre de candidatures déposées avec 16 793 candidats, talonné par l’Istiqlal avec 15 681 candidats et un peu plus de 8000 candidats islamistes. La guerre est ouverte et les grandes villes sont l’objet de toutes les convoitises. Là encore, le PAM place ses meilleurs éléments espérant que les Marocains se passionneront pour des élections censées être de proximité. “60% de nos candidats font de la politique pour la première fois, affirme un dirigeant du PAM. Nous ramenons donc du sang neuf, espérant que cela motivera celles et ceux qui ont en plus qu’assez de voir les mêmes se présenter lors de chaque échéance”.
Comme lors des élections législatives, l’Etat a tout fait pour réconcilier les Marocains avec le vote : campagne à coups de millions de dirhams et même une consigne pour tous les partis politiques : inciter au moins leurs bases à se rendre aux isoloirs le 12 juin. “Notre mot clé lors de la campagne, c’est la participation”, admet Lahcen Daoudi. En 2003, date des précédentes communales, le taux de participation a été de 54,16 % contre 51,60 % pour les législatives. Les élections de 2007 s’étaient soldées, on se rappelle, par un score affligeant de 37% de participation. “Le vote est plus massif lors des élections communales parce qu’on élit un voisin ou une connaissance, on sanctionne un mauvais gestionnaire de sa vie de tous les jours. Mais l’écart est généralement d’à peine trois ou quatre points entre les législatives et les communales”, explique un président d’arrondissement à Casablanca. La confirmation nous vient du ministère de l’Intérieur. Selon un cadre qui a requis l’anonymat : “Si, au final, nous débouchons sur un taux proche de celui des législatives (37%), je dirais alors que notre mission a été accomplie”.
Les craintes de l’Intérieur se trouvent justifiées par un autre élément : après la gifle du 7 septembre 2007, les élections partielles de septembre 2008 ont confirmé la désaffection des Marocains à l’égard de la chose politique. A Marrakech (Annakhil) par exemple, le taux de participation n’a pas dépassé 10 % malgré un match haletant entre Ould Laâroussia (Abdellah Reffouch, UC) et Habib Belkouch, membre dirigeant du PAM. Du côté des partis politiques, aucun responsable ne se hasarde à avancer de projections concernant le taux de participation. A la seule exception de ce dirigeant du PJD qui affirme, sous couvert d’anonymat, que le taux de participation se situerait aux environs de 45%. Avant de poursuivre : “Avec quelques tripatouillages du ministère de l’Intérieur pour arrondir”.

 
 
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