N° 376
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Karim Boukhari


k.boukhari@telquel.info (DR)

Top eleven
Encore un livre sur les dix ans de règne. Cela s’appelle Le Maroc de Mohammed VI : la transition inachevée (Ed. la découverte) et c’est signé Pierre Vermeren, déjà auteur de plusieurs livres sur le Maroc. Pas de polémique, ni de petit ou grand malentendu en perspective. Le profil de l’auteur et la nature de sa démarche, à mi-chemin entre l’analyse didactique et la stricte compilation de données, prépare à une lecture sereine, à la limite “paisible” (le mot fait peur, c’est clair) de ces dix années de transition inachevée. Le chercheur reprend les théories toujours d’actualité de John Waterbury, déroule les innombrables fils de
la toile des familles qui gouvernent le Maroc (comment appeler cela autrement ?) et trouve de belles formules qui résument tout sur cette “aristocratie marocaine qui rêve de tout transformer pour ne rien changer”. Le fouillis est toujours intéressant à décortiquer. Si vous achetez le livre, n’oubliez pas de le lire jusqu’au bout. Vous remarquerez, peut-être avec surprise, une short-list des “11 grands films marocains de la décennie”, parmi lesquels Vermeren a glissé Les Bandits, Wake up Morocco ou Les Ailes brisées. Anecdotique.


Rendez-vous avec le vide
Franchement, qu’avez-vous prévu pour le 12 juin, en dehors des activités normales qui peuvent rythmer un 12 juin ? Euh… Inutile de culpabiliser quiconque, il n’y a pas de quoi. Mais il se trouve que c’est le jour des élections. Le rendez-vous où le sort de nos communes et de nos villes sera scellé. La responsabilité nous incite à vous inciter à aller voter. Comme le demande la télévision. Faire le contraire est digne, pour emprunter un peu au jargon officiel, des “nihilistes”… que nous ne sommes pas. Maintenant, vous savez bien que dire non, aujourd’hui, n’est même plus une attitude rebelle. Ce n’est pas une attitude de gauche. Hier, les gens qui disaient non étaient des opposants qui allaient en prison comme on fait un tour en ville. Aujourd’hui, ce sont juste des gens normaux qui ont autre chose à faire un 12 juin. On est tous un peu comme ça. A refuser de choisir entre le tracteur, l’œil, le dauphin, le robinet, la lune et le minibus. Remarquez que parmi les logos qui restent à prendre, il y a encore la vache, le singe, le bœuf, l’araignée ou le couteau de table. Cela veut dire qu’il y aura toujours de la place, demain, pour de nouveaux partis, à droite, à gauche (vraiment ?), au centre, partout et nulle part. Au-delà de ces histoires ridicules, et du rôle à bascules que semblent jouer El Himma et ses boys & girls, le véritable enjeu de ces communales est peut-être de sonder la température des Marocains. La question n’est pas tant de savoir “pour qui vont-ils voter” que “vont-ils voter ?”. Tout simplement. Récapitulons : les dernières communales, en 2003, ont enregistré un taux de participation de 54 %. Les législatives sont passées de 51 % en 2002 à 37 % en 2007. On sait bien que la logique participative ou abstentionniste des deux consultations n’est pas la même. Et que les communales sont généralement plus attractives (pour les électeurs) que les législatives. Il n’empêche que le risque d’un bide populaire est réel. Surtout si, comme beaucoup de gens normaux, vous renoncez, le 12 juin, à exercer votre droit de vote.


C’était demain
Quand on est médecin, fils de médecin, que l’on a 48 ans, et que l’on s’ennuie un peu pendant le mois d’août, où les gens préfèrent généralement ne pas tomber malades, il n’y a rien de mieux que d’écrire un livre. C’est ce qu’a fait Mohammed Bennani, honorable chirurgien à Casablanca, qui fait dans la “science et fiction” et dont le premier jet d’encre, étalé sur plus de 400 pages, s’appelle L’Arc (Ed. Velours). C’est l’histoire d’une expédition spatiale pour une nouvelle planète : la NW 55. L’équipage est composé de 13 personnes, dont un Marocain. Et nous sommes en 2013, Mohammed VI gouverne toujours le Maroc et, aux Etats-Unis, c’est une femme, une latino (rassurez-vous, ce n’est pas Jennifer Lopez), qui a pris la place d’Obama. Il a fallu beaucoup de patience, et de courage, à notre médecin écrivain pour faire exister son livre, lui qui nous lâche, au détour d’une conversation sympathique, avoir fait le tour de 45 éditeurs avant de trouver preneur. Lisez-le, peut-être que ça vous aidera à meubler un long week-end...

 
 
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