Bouffonnerie
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El Himma, un opposant ? Quon nous prenne
à ce point pour des idiots est rageant !
Oui, cest la troisième semaine de suite que cet éditorial est consacré à Fouad Ali El Himma. Mais que voulez-vous ? Cet homme monopolise lactualité, et ça va de pire en pire. Dernière lubie de lami du roi : son groupe parlementaire est passé à lopposition ce qui, arithmétiquement, met le gouvernement en minorité, donc en péril. Trois questions-clés.
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1. Pourquoi El Himma a-t-il fait cela ? Dans les démocraties, on retire son soutien au gouvernement quand on est en désaccord avec sa politique, parce quon estime que celle-ci, dune manière ou dune autre, dessert le peuple. Mais du peuple, ici, personne ne parle. Cest comme si la politique se suffisait à elle-même, et que les Marocains étaient hors sujet. Si El Himma est passé à lopposition, cest, dit-il, quil sest senti méprisé par le gouvernement, parce que ce dernier a voulu empêcher son parti, le PAM, de présenter aux élections communales de la semaine prochaine des candidats transfuges*. Le plus cocasse, cest que
personne na empêché El Himma de quoi que ce soit ! Grâce à notre très indépendante justice qui lui a donné le feu vert pour violer la loi (!), lami du roi a finalement pu couvrir toutes les circonscriptions électorales du royaume, en y présentant 17 000 candidats. 1000 de plus que lIstiqlal, qui occupe le terrain depuis 1944 ! Après moins dun an dexistence, El Himma est sur le point de réussir une OPA sur la politique marocaine. Et avec tout ça, il se sent méprisé ?!! Qui croit-il abuser, sinon lui-même ?
2. Que va devenir Abbas El Fassi ? 24 heures après lannonce fracassante dEl Himma, le roi a appelé le Premier ministre au téléphone pour lui renouveler sa confiance ce dont Abbas El Fassi sest dit profondément fier, le pauvre. Sauf que le gouvernement est censé tirer sa légitimité du parlement (via un vote de confiance, justement). Or, la défection dEl Himma met le gouvernement en minorité parlementaire. Dun point de vue démocratique, le Premier ministre est censé démissionner sur le champ, le temps quune nouvelle majorité se constitue, et quelle lui accorde à nouveau sa confiance (ou pas). Mais il semble quun coup de fil du roi de Paris, où il est en vacances (!!) pèse plus lourd que le vote de 16 millions de Marocains. Et tout le monde continue à parler de démocratie comme si de rien nétait
En plus, on verra bien, quand lopposant El Himma aura tout raflé aux élections, jusquà quand durera la confiance royale au pathétique Abbas
3. A quoi joue Mohammed VI ? Ce nest pas prouvable, mais jose laffirmer quand même et je prends mes responsabilités : rien de ce que fait El Himma nest décidé sans concertation avec le roi, son ami denfance. Tout simplement parce que le contraire est impensable, ne serait-ce quau vu de la pagaille politique monstrueuse que le PAM a créée. Le roi refuse de se mêler des affaires partisanes car il est un arbitre au dessus du jeu ? Ce nest pas plus vrai aujourdhui que ça ne létait sous Hassan II. Seule la méthode a changé. Mohammed VI a choisi de ne pas truquer les élections, tant mieux. Mais il y a instillé un virus nommé El Himma un virus dautant plus dévastateur quil contient le génome du Makhzen, contre lequel aucun antidote nexiste. Quant au retrait du PAM de la majorité gouvernementale, voilà le message quil est censé porter : El Himma nest pas lagent du Palais, la preuve, il est devenu un opposant (à Abbas El Fassi). Quon nous prenne à ce point pour des idiots est particulièrement rageant. Cest nous quon méprise, et ça vient de haut.
Le jour où le peuple marocain sera assez mûr pour comprendre et sopposer à cette bouffonnerie dantesque quon ose appeler politique, il boudera les urnes massivement beaucoup plus massivement quil ne lavait fait en 2007, avec un taux dabstention de 63%. Peut-être, un jour, ce taux atteindra-t-il 90%, ou plus. A ce moment seulement, le Palais se posera des questions peut-être. Quon se rassure, néanmoins : ça peut encore durer comme ça des décennies. Tant pis si nous reculons tandis que le monde avance. Après tout, on a les gouvernants quon mérite.
* cest-à-dire débauchés dautres partis politiques, sous les couleurs desquels ils ont un mandat électoral en cours pour rappel, une pratique clairement interdite par larticle 5 de la loi sur les partis |