N° 376
Webmaster
TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

De Hassan Hamdani

“J’aime le roi, j’aime la monarchie”

Brahim Fassi-Fihri
Président de l’Institut Amadeus (MHI)

Antécédents

1983. Naît à Rabat
2002. Obtient son baccalauréat au lycée Descartes
2005. Crée l'association Amadeus
2006. Obtient un diplôme en sciences politiques à Montréal au Canada
2008. Transforme l'association en Institut. Organise les Medays à Tanger

Le PV
Le principal reproche que l'on peut faire à Brahim Fassi-Fihri, c'est son refus d'admettre les évidences. Il ne serait pas ce jeune plein d'espoir et d'idées sur le Maroc, s'il n'était pas l'héritier d'une famille consubstantielle à l'histoire du Maroc. Cela depuis le patriarche : le nationaliste Allal El Fassi. Plus de cinquante ans après l'indépendance, le Premier ministre du Maroc n'est autre que le gendre de Si Allal. Le grand-oncle de Brahim : Abbas El Fassi. Le Premier ministre a accordé l'une de ses rares interviews au site Internet de son petit-neveu. Créateur d'un think tank, l'Institut Amadeus, Brahim Fassi-Fihri décroche les avis du Premier ministre sur l'Union pour la Méditerranée. Fils du ministre des Affaires étrangères, Taïeb Fassi-Fihri, il réussit à réunir un parterre de personnalités internationales à Tanger, lors d'un symposium organisé par son club de réflexion. En son temps, le sociologue Ali Benhaddou expliquait la reproduction sociale au Maroc par une cause première : la famille. Aujourd'hui, Brahim Fassi-Fihri estime n'être pas dans les cas égrenés par l'auteur des Elites du Royaume. Bon, bon.

Smyet bak ?
Taïeb Fassi-Fihri (ministre des Affaires étrangères ndlr)

Smyet mok ?
Fathiya Tahiri

Nom du grand oncle (Abbas El Fassi ndlr) ?
Vous n’en tenez pas compte généralement dans vos interrogatoires.

Oui, mais là c’est le Premier ministre tout de même.
Je ne m’en revendique pas.

Le nom de votre tante (la ministre de la Santé, Yasmina Baddou ndlr) ?
On ne va pas en finir si on commence à faire le tour de ma famille. Ce jeu peut durer très longtemps. Concentrons nous plutôt sur des questions plus intelligentes.

Nimirou d'la carte ?
Je ne le connais pas par cœur et je n'ai pas ma carte sur moi.

Vous dirigez l’Institut Amadeus, un think tank. C'est quoi ?
C'est un groupe de réflexion voulant accompagner les décideurs dans leur prise de décision. La culture du think tank n’existe pas au Maroc. On a eu le G14 créé par feu Hassan II, mais aucun think tank indépendant sur le modèle européen. Pourtant, le Maroc est en chantier et a besoin de ce genre de structure.

L’Institut Amadeus colle aux discours royaux, mais ne le revendique pas. Pourquoi cette pudeur ?
Je ne suis pas d'accord. Nous défendons les politiques prônées par Sa Majesté de manière explicite. Nous avons lancé une réflexion sur la classe moyenne suite au discours royal. Suivre les directives royales n'est pas honteux car, après tout, c'est le roi qui a inscrit sur l'agenda politique ce thème essentiel pour le développement du Maroc. Et non pas les formations politiques.

Pourquoi n’avoir jamais rien organisé sur la réforme de la Constitution, débat tout aussi essentiel ?
On ne peut pas envisager une réforme de la Constitution tant que les partis politiques n’ont pas fait leur mue. Cet avis n’engage que moi, pas l’Institut Amadeus. Qui plus est, nous avons un principe : ne pas dépasser les lignes rouges. Nous défendons, avant tout, les intérêts suprêmes de la nation, comme pour le cas du Sahara où nous faisons du lobbying.

Vous êtes monarchiste en somme.
Je l'assume : j’aime la monarchie et le roi. Etre monarchiste n'est pas une honte ni un gros mot. Aujourd’hui, le roi est le meilleur garant du développement du pays. Je vous rappelle qu'avant 2005 les partis politiques n’avaient aucun programme politique et ne déclinaient pas leurs ambitions.

La montée en puissance d'Amadeus a été très rapide. C’est quoi le secret ?
Nous avons profité d’un vide. Il n'y avait aucune structure facilitant les débats.

Invités aux Medays, organisés par Amadeus, plusieurs personnalités politiques internationales ont remercié Taïeb Fassi-Fihri au micro. Elles sont venues pour vous ou pour votre père?
Je n'ai pas souvenir des remerciements dont vous parlez. Mon père est ce qu'il est, c'est un état de fait auquel je ne peux rien. Mais vous savez, j'ai mon propre réseau. Nous avons envoyé nos invitations et fait une tournée de promotion à travers le monde.

Dans le monde entier, le réseau commence par la famille pourtant.
Mon père est un homme occupé qui voyage beaucoup. Je peux m’estimer heureux quand je le vois de temps en temps. Aussi, je ne vais pas lui rajouter du stress et de la pression avec l’Institut Amadeus. Il n'en a pas besoin et moi non plus.

Vous êtes très dur avec l’Algérie. Ce n’est pas très diplomatique…
Ils ne sont pas tendres non plus. Nous avons invité aux Medays des décideurs politiques algériens. Trois semaines avant l'évènement, nous n'avions toujours pas reçu de réponse. Pire, la presse algérienne s'est mise à parler de boycott à cause de la présence d'Israéliens.

Un événement organisé par des Marocains au Maroc. La méfiance est nécessaire, non ?
Non. Il y a un clash de civilisations avec nos voisins. Les Marocains sont ouverts au dialogue, alors qu'un officiel algérien refusera toujours de participer à un évènement, s'il y a un Marocain à la table. Je serais pour ma part ravi d’être invité à Alger par un think tank local.

Et il en pense quoi votre père de cette diplomatie parallèle ?
Je le vois peu, je vous le répète. Aussi, nous parlons des affaires courantes entre père et fils et pas de boulot. J'utilisais d'ailleurs l'excuse de son absence pour justifier auprès des enseignants mes résultats scolaires moyens au collège.

Lors d'un évènement organisé par vous, le président du Corcas, Khelli Henna, a affirmé que le Maroc devait se réconcilier avec les jeunes Sahraouis avec lesquels il a été injuste. C'est loin de sa langue de bois habituelle.
Nous organisons ce type de rencontres pour sortir du discours préétabli et monotone. Pour les beaux discours, il suffit de regarder Hiwar sur Al Aoula. Je sais bien que Le Maroc n'est pas Alice au pays des merveilles. Lors de cette conférence sur la gouvernance dont vous parlez, nous avons aussi parlé des droits de l'homme et de la corruption.

La diplomatie marocaine est souvent taxée d'incompétence. Pensez-vous que son lobbying sur la question du Sahara est efficace?
Je ne suis pas d’accord avec vous. Les diplomates marocains sont reconnus au niveau international. Ils vendent très bien le Maroc et ont bonne réputation auprès des autres diplomates.

Vous vivez de quoi ?
Je suis salarié d’Amadeus. Et au risque de vous surprendre, je n’ai pas perçu mon salaire depuis 5 mois.

Oui, mais vous vivez de quoi ?
J’ai des économies, je pouvais donc faire le sacrifice de mon salaire pour le bien d’Amadeus.

Vous avez beaucoup de demandes d'ajout d'amis sur Facebook. Finalement, ça marche votre histoire de réseau.
Je ne sais pas si Facebook est révélateur. Mon profil est professionnel, je n'y étale pas ma vie privée. C’est plus le président d’Amadeus que Brahim que l'on veut rajouter.

Il n’y a pas des opportunistes dans le lot, qui cherchent une porte d’entrée ?
Je ne sais pas. Je n’ai jamais reçu de demande flagrante.

Les journaux ont fait des portraits de vous dithyrambiques. Vous aimez être caressé dans le sens du poil ?
Je n’aime pas. Les gens doutent de l'honnêteté de votre message quand la presse dit trop de bien de vous. Je préfèrerais être moins visible.

Vous irez voter aux communales ?
Oui, bien sûr.

Pour l’Istiqlal par solidarité familiale ?
Pas forcément. On peut ne pas être d’accord avec son voisin ni avec un membre de sa famille (rire)

 
 
TelQuel : Le Maroc tel qu'il est © 2009 TelQuel Magazine. Maroc. Tous droits résérvés