N° 376
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

FOOTBALL. Duel de lions
TENDANCE. Relooke-moi si tu peux
TÉLÉVISION. Kh’ti Ana
TRIBUNE. Intellectuels arabes, réveillez-vous !



Par Mehdi Sekkouri Alaoui

FOOTBALL. Duel de lions
(MARADJI)

A la veille du match entre le Maroc et le Cameroun, décisif pour la qualification à la Coupe du Monde et à la CAN, les anciens Lions de l’Atlas, Aziz Bouderbala et Merry Krimau, reviennent sur les rencontres qui les ont opposés aux Lions indomptables.


15 novembre 1981 Maroc - Cameroun (0-2)
C’était dans la poche…
Aziz Bouderbala : “Pour préparer le match aller de la double confrontation capitale pour le Mondial 1982 qui se déroule en Espagne,
notre tout nouveau coach, Just Fontaine (ancien joueur français né au Maroc, meilleur buteur de l’histoire de la Coupe du Monde avec 13 buts inscrits en 1958), a opté pour une rencontre amicale face au onze sénégalais. Malheureusement, notre séjour à Dakar a rapidement viré au cauchemar. Un de nos coéquipiers est retrouvé mort, noyé, dans la piscine de l’hôtel. C’était un moment très difficile à vivre. Tous les joueurs ont été affectés par cette tragédie. De retour au Maroc, au lieu des nous emmener dans un endroit qui ne nous rappelle pas le défunt, le staff de l’équipe nous a installés comme d’habitude au centre national Belle Vue, un lieu triste et lugubre datant du protectorat. Pour ne rien arranger, Just Fontaine a décidé de se passer de nos pros à l’étranger, Merry Krimau en France et Mustapha Yaghcha en Suisse, parce qu’il considérait le match contre le Cameroun comme une formalité. Il disait qu’il souhaitait garder les pros pour les phases finales du Mondial, pas pour les éliminatoires, ce n’était pas la peine... Ce choix, je me souviens, avait créé une grande polémique à l’époque. Le jour du match, qui s’est déroulé à Kénitra, pour je ne sais quelle raison d’ailleurs, nous nous sommes retrouvés en face d’une grande équipe du Cameroun : Roger Milla, Thomas Nkono, Jean Pierre Tokoto et Theophile Abega. Que des grands joueurs sur l’aire de jeu, qui nous ont balayés sans aucun problème. Les Camerounais ont marqué un premier but, puis un second. Nous ne pouvions pas les arrêter. Ce jour-là, ils étaient largement supérieurs à nous”.

29 novembre 1981 Cameroun - Maroc (2-1)
Nos lions définitivement domptés
Merry Krimau : “Le lendemain de la défaite inattendue contre le Cameroun, Just Fontaine a été remercié. Ses adjoints, Hamidouch et Jabrane, assuraient l’intérim. Dans la foulée, Mustapha Yaghcha et moi avons été contactés pour revenir au sein de l’équipe nationale en prévision du match retour contre le Cameroun. Après un court séjour au Maroc, nous avons rallié Douala à bord d’un avion spécial. Une fois sur place, nous découvrons, à notre grande surprise, que l’un de nos joueurs est plébiscité par tout le monde : Aziz Bouderbala. Les Camerounais, qui ont remarqué son excellente prestation lors du match aller, ne le lâchaient pas d’une semelle. Ils voulaient le prendre en photo, lui faire signer des autographes, l’inviter à manger… Je suis sûr que s’ils avaient les moyens, les clubs camerounais l’auraient engagé à l’époque. Lors de notre séjour à Douala, nous avons eu la chance d’avoir été hébergés dans un hôtel prestigieux qui offrait tout ce dont nous avions besoin. Mais je me souviens également que dehors, c’était presque le désert. Il n’y avait même pas de routes goudronnées à proprement parler. Le jour J, le stade était comble. Avec deux buts de retard, la pression était énorme sur nos épaules. Nous savions que notre mission était difficile, pour ne pas dire impossible, mais il restait une petite lueur d’espoir. Il ne nous était donc pas permis de baisser les bras. Les Camerounais ont scoré en premier. Nous avons égalisé grâce à un penalty transformé par Mustapha Yaghcha, le pro qui n’a pas pris part au match aller. Puis, en fin de rencontre, nos adversaires ont marqué un deuxième but, suite à un penalty quelque peu généreux. Mais qu’à cela ne tienne, le match était plié de toute façon. La sélection du Cameroun venait de se qualifier au Mondial espagnol, où elle va passer à deux doigts de devenir la première équipe africaine à se qualifier au second tour, alignant trois matchs nuls devant le Pérou (0-0), la Pologne (0-0) et le futur vainqueur de l’épreuve, l’Italie (1-1).”

11 mars 1986 Maroc-Cameroun (1-1)
Histoire de complexes
Merry Krimau : “L’équipe du Maroc participant à la Coupe d’Afrique des nations en 1986 en Egypte avait pris du galon. Sous la houlette du nouveau coach, le Brésilien Jose Mehdi Faria, nous avions remporté, un peu plus de deux ans auparavant, les Jeux Méditerranéens (1983) et venions à peine d’arracher notre ticket pour le Mondial mexicain. Notre sélection était composée de joueurs extrêmement talentueux comme Zaki, Timoumi, Bouderbala, Khaïri, Dolmy, etc. Confiants, nous avons débarqué au Caire avec deux objectifs précis : décrocher le titre continental et préparer la Coupe du Monde. Le tirage au sort a mis le Cameroun sur notre chemin. Le battre était primordial. En cas de victoire, nous éviterions en demi-finale le pays hôte, l’Egypte. Le jour J, nous avons sorti un grand match et mené au score durant tout le temps réglementaire. Malheureusement, à la 93ème minute, et au moment où on s’apprêtait à célébrer la victoire, Roger Milla a trompé Zaki suite à une erreur de la défense. Résultat : 1-1. Et, au tour suivant, nous nous sommes retrouvés donc devant les Egyptiens. Le stade était archi-comble. Il y avait au moins 30 000 militaires dans les gradins, c’était impressionnant. Nous avons finalement perdu un but à zéro devant un onze égyptien largement favorisé par l’arbitrage. Je me souviens d’un Housni Moubarak, quasiment en pleurs ce jour-là. De notre côté, nous avions du mal à accepter la défaite. Furieux, un de nos joueurs a répondu violemment à la provocation d’un commandant de l’armée égyptienne. Nous nous sommes barricadés près d’une heure dans les vestiaires pour empêcher les autorités égyptiennes de l’arrêter… L’Egypte venait de se débarrasser du complexe marocain. Nous commencions à développer, quant à nous, un véritable complexe camerounais”.

23 mars 1988 Maroc-Cameroun (0-1)
Un trauma collectif
Aziz Bouderbala : “Nous étions convaincus de remporter la CAN en 1988. Normal, non seulement nous jouions devant notre public, mais, surtout, nous avions à l’époque la meilleure équipe du continent. Une équipe qui a frappé les esprits deux ans plus tôt au Mexique en devenant la première sélection africaine et arabe à accéder au deuxième tour d’une Coupe du Monde. Après avoir rencontré le Zaïre (1-1), l’Algérie (1-0) et la Côte-d’Ivoire (0-0), notre route a croisé celle du Cameroun en demi-finale à Casablanca. Lors de ce match, nous étions supérieurs aux Camerounais, mais cela n’a pas suffi. Nos adversaires avaient l’arbitre avec eux. C’était flagrant. Comme tout le monde s’en souvient, les coéquipiers de Roger Milla ont été ce jour-là très agressifs sur le terrain. Un de nos joueurs, le défenseur Hassan Mouahid, a même dû être transporté d’urgence à l’hôpital. L’arbitre n’a même pas sanctionné le coupable, un certain Kana-Biyick. Et les Camerounais ont finalement marqué un but à la 78ème minute grâce à Makanaky. Un vrai traumatisme collectif. Dommage, parce que l’issue de ce match aurait pu être différente. Le Maroc venait de rater la première Coupe d’Afrique qu’il organisait chez lui. A cause du Cameroun…”.

Statistiques. Avantage au Cameroun
Les Lions indomptables sont incontestablement la bête noire des Lions de l’Atlas. En huit rencontres, les Camerounais ont battu à quatre reprises les Marocains. D’abord deux fois en 1981, pour les qualifications à la Coupe du Monde, à Kénitra (2-0) et à Douala (2-1). Puis à Casablanca, lors de la Coupe d’Afrique des nations en 1988 (1-0). Et enfin, deux ans plus tard lors de la CAN qui a eu lieu au Sénégal, sur le score d’un but à zéro. Peu de supporters marocains ont oublié ce match : c’était la dernière apparition de Baddou Zaki dans les cages des Lions de l’Atlas et la première (apparition) d’une nouvelle génération de joueurs, dont Noureddine Naybet et Abdelkrim Hadrioui. En fait, la seule victoire marocaine remonte à 1991. Au match retour comptant pour les qualifications pour les Jeux Olympiques de Barcelone de 1992, les poulains de l’Allemand Olk Werner sont enfin venus à bout des Lions indomptables par un but à zéro. Les deux équipes ont également à leur actif deux matchs nuls. Le premier lors du match aller qualificatif pour les JO de 1992 (0-0) et en amical en 2006, sous la houlette de Philippe Troussier côté marocain (0-0).

 
 
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