N° 376
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Réda Allali

Zakaria Boualem aime le foot et ceux qui aiment le foot.
Même les supporters des autres équipes.

Nom : Boualem
Prénom : Zakaria
Né en 1976 à Guercif
Signe particulier : Marocain à tendance paranoïaque



C’est fait, Zakaria Boualem est champion du Maroc. Après une année de souffrance, où il a été battu par des militaires, des Tunisiens et même une équipe en rouge dont le nom lui échappe… il a fini par vaincre ! Tel un Rocky trois ou quatre, il a passé la saison à prendre des coups avant d’envoyer tout le monde au tapis dans un sursaut d’orgueil coïncidant avec le générique de fin. C’est magnifique. La même semaine, le FC Barcelone a décroché le triplé. C’est très bien. Je vous vois ricaner : “Hé hé, il est vraiment grotesque, ce Boualem, comment peut-il comparer le jeu flamboyant du FC Barcelone, cette science de la passe et des intervalles aux efforts désordonnés du Raja, fussent-ils couronnés de succès ?... Quand le Raja marque, c’est le résultat
d’un mouvement brownien, une application de la théorie du chaos des particules alors que le FC Barcelone est une œuvre d’art…”. Zakaria Boualem est fatigué de voir dénigrer son équipe. Pour commencer, rien ne prouve que Barcelone soit plus fort que le Raja, ils n’ont pas joué ensemble. Ensuite, même s’il adore les blaugrana – et Liverpool précisons-le- il ne pourra jamais être un vrai supporter de ces équipes. Il ne conçoit pas de supporter une équipe qui lui demande un visa pour aller la voir. Pour à peu près la même raison, il ne pourra jamais être un supporter d’une équipe constituée de joueurs dont les collègues de bureau sont munis de matraques. Les FAR, pour ceux qui n’auraient pas compris. Il est casablancais. Il va au stade à pied, s’installe avec ses potes, et se sent enfin appartenir à une communauté pendant une après-midi. Il se sent connecté à sa ville, connecté à l’instant, il se sent utile. Il aurait pu supporter le WAC mais il est un homme de goût. Il aime le Raja, et j’ajoute qu’il aime le foot parce qu’il aime la vie. Rien ne ressemble plus à un peuple que son équipe. Regardez l’équipe nationale : un groupe qui n’en est pas un, miné par des enjeux de pouvoir et des luttes d’ego et élevé au biberon du complexe de supériorité de la théorie du complot. C’est exactement nous. Un gros potentiel, gâché par un système et une mentalité qui placent la jalousie en valeur ultime. Regardez les Français, qui viennent de disputer un match avec des maillots où les noms des joueurs étaient écrits en braille sur leur dos. Le braille, précisons le, c’est l’alphabet des aveugles, basé sur des petits points en reliefs qu’ils lisent avec les doigts. Donc, si un aveugle avait eu l’étrange idée de regarder France/Nigéria ce mardi, il aurait dû, pour identifier les joueurs, les poursuivre sur le terrain pour leur toucher le dos. C’est la France : romantique et donneuse de leçons, un peu ridicule dans sa conviction d’être à l’avant-garde du monde. Vous pouvez essayer avec toutes les équipes nationales, ça marche. Ceux qui pensent que la rigueur et l’organisation tactique de l’équipe d’Italie ne ressemblent pas à l’idée qu’on se fait des Italiens, fantasques et indisciplinés, c’est qu’ils ont oublié l’empire romain. Le catenaccio, c’est la tortue des légionnaires de César.
Zakaria Boualem aime le foot et ceux qui aiment le foot. Même les supporters des autres équipes. Il aura toujours plus à partager avec un fan de l’olympique de Khouribga, à supposer qu’il existe, qu’avec un homme raisonné qui a placé toute son ambition dans la construction de son image et de son statut. Oui, il aime même les Wydadis parce qu’il en a besoin. Il serait le premier à être malheureux s’ils venaient à disparaître, absorbés par le ridicule de leur équipe.
Cette chronique est finie, elle aurait pu durer deux jours ou trois mois. Il n’y a pas dans cette page la moindre ironie, c’est probablement une première. C’est normal, Zakaria Boualem est heureux. Il ne faudrait pas que ça dure trop longtemps, ça risque de devenir ridicule. Heureusement, l’équipe nationale va nous ramener à la raison très rapidement. En attendant, festoyons !

 
 
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