N° 377
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

STRATÉGIE. La guerre du gaz aura-t-elle lieu ?
L'ACTU ÉCONOMIE



Par Souleiman Bencheikh

STRATÉGIE. La guerre du gaz aura-t-elle lieu ?
En 2008, la facture énergétique s’est élevée à 71 milliards de dirhams contre 21 milliards en 2003. (AFP)

Les découvertes de gaz naturel se suivent, se ressemblent et nourrissent les espoirs les plus fous. Peuvent-elles atténuer notre dépendance énergétique ? Qu’impliquent-elles dans nos relations avec l’Algérie, grande exportatrice de gaz ? Explications.


Depuis septembre 2008, pas moins de six découvertes de gisements de gaz ont rythmé l’actualité économique. Les premières annonces, en 2008, portaient sur des puits relativement modestes (de 10 à 50
millions de m3, loin des 62 milliards de m3 exportés annuellement par l’Algérie) situés dans le Gharb. Plus récemment, le 3 juin, l’Office national des hydrocarbures (ONHYM) annonçait la mise au jour d’un autre gisement dans le Gharb, au potentiel encore inconnu. Mais c’est une découverte plus conséquente au large des côtes atlantiques, le 31 mars, qui est venue relancer le débat sur la place à accorder au gaz naturel dans la politique énergétique du royaume.

Le choix du gaz
Le Maroc, historiquement très dépendant de son approvisionnement en pétrole (avec des importations qui représentaient près de 95% de la consommation énergétique dans les années 1970) a en effet revu ses fondamentaux en choisissant de se diversifier. Si le pays reste dépendant à 97% dans ses approvisionnements en énergie, le gaz naturel occupe désormais une place non négligeable. Dès 2010, la part de gaz naturel dans la consommation énergétique globale du pays devrait ainsi atteindre 6%, alors qu'elle n’était que de 0,3% en 1999. Le Plan gazier mis en œuvre en 2005 envisage même d’atteindre le seuil de 20% en 2020. Et pour ce faire, le ministère de l’Energie a choisi de ne négliger aucune option : renégociation de l’accord sur le droit de prélèvement sur le gazoduc Maghreb-Europe (Algérie), intensification des forages, et construction d’un terminal gazier pour recevoir du gaz naturel autre qu’algérien.
Cette préférence accordée au gaz naturel a bien sûr été dictée par des considérations géostratégiques, liées au prix du pétrole et à nos relations avec l’Algérie… Mais pas seulement. Même s’il n’est exploitable qu’une dizaine d’années après les premiers forages, le gaz naturel est réputé écologique et économique. Du coup, le sous-sol marocain a fait l’objet d’un regain d’intérêt?: pas moins de 76 permis de recherche et 6 autorisations de reconnaissance ont été délivrés depuis 2004, et plus de 20 compagnies étrangères opèrent actuellement au Maroc dans l’exploration pétrolière et gazière. Pourtant, à en croire un responsable de l’ONHYM, “nos bassins sédimentaires restent sous-explorés. Nous avons une densité de forage de moins de quatre forages par 1000 km2 alors que la moyenne mondiale est de 80 forages par 100 km2. C’est ce qui explique les résultats jusqu’à présent modestes des différentes prospections”.
Toujours est-il que le gaz naturel a fait une entrée effective et remarquée dans le paysage énergétique national. Depuis 2005, avec une consommation annuelle de 500 millions de m3 (soit pas loin du quart de la consommation nationale), la centrale à cycle combiné de Tahaddart (près d’Asilah), fait même figure de modèle à reproduire… Sauf qu’entre-temps, la donne a changé : la crise internationale est passée par là, le prix du pétrole joue au yoyo et la mode mondiale est à la redécouverte des atouts du charbon. Ainsi, lors des premières assises de l’énergie, tenues en mars dernier, la ministre de l’Energie Amina Benkhadra a opéré un net changement de cap en annonçant une nouvelle priorité pour la constitution de notre “mix électrique” : le charbon propre, choisi pour son abondance et sa compétitivité. L’option gazière n’est certes pas abandonnée, loin s’en faut. Elle est simplement reléguée au second plan… le temps de régler l’épineux problème posé par notre voisin algérien.

L’équation algérienne
Il est loin le temps où les économistes maghrébins, souvent fichés marxistes, défendaient l’idée d’un échange de bons procédés entre voisins algériens et marocains : notre agriculture contre leur pétrole et leur gaz. Aujourd’hui, le gaz est l’un des rares produits qui passent légalement entre les deux pays. Quant on connaît l’état des relations bilatérales, on mesure l’enjeu stratégique qu’il représente. L’Algérie, qui est le quatrième producteur mondial de gaz naturel (3%, contre 23% à la Russie et 21% aux Etats-Unis), alimente depuis 1996 une grande partie de l’Europe via le gazoduc Maghreb- Europe qui transite par le Maroc. Des travaux d'extension de ce gazoduc, lancés en 2003 et achevés en 2005, ont permis de passer d'une capacité de 8,5 milliards à 12,5 milliards de m3 par an. Sur ce transit, le Maroc perçoit une redevance qui était de 32 millions de dollars en 1999 et qui s’élève aujourd’hui à 126 millions de dollars et 477 millions de m3 de gaz en nature. Une opération apparemment bénéfique, mais que certains cadres de l’ONHYM n’hésitent pas à contester, lui préférant une redevance entièrement perçue en nature “quitte à la stocker”.
Si le Maroc envisage désormais le charbon et les énergies renouvelables avec insistance, c’est bien parce que l’approvisionnement en gaz risque d’être de plus en plus dépendant des relations maroco-algériennes. En effet, avec deux projets de gazoducs sous-marins, l’un vers l’Espagne (Medgaz), l’autre vers l’Italie (Galsi), l’Algérie pourrait à terme alimenter l’Europe sans passer par le Maroc. Au final, de tous les voisins d’un pays exportateur de gaz, le royaume est l’un des rares à ne pas profiter de la manne. Energétiquement du moins et toutes proportions gardées, le Maroc serait à l’Algérie ce que l’Ukraine est à la Russie : une voie de transit vers l’Europe. La similarité s’arrête là.

Consommation nationale de gaz
Première centrale à cycle combiné de Tahaddart : 500 millions de m3 par an
Extension de la centrale de Tahaddart : 500 millions de m3 par an.
Centrale à cycle combiné de Aïn Beni Mathar : 300 millions de m3 par an.
Samir : 500 à 800 millions de m3 par an.
OCP : 600 millions de m3 par an.
Autres industries (aciéries, cimenteries) : 500 millions de m3 par an.

 
 
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