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Par Mehdi Sekkouri Alaoui,
envoyé spécial à Yaoundé
FOOTBALL. Les Lions de lAtlas refusent de mourir
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Séance dentraînement la veille du match. (MSA)
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Le Maroc a maintenu lespoir en allant chercher le nul à Yaoundé. TelQuel était du voyage dans la capitale camerounaise. Reportage en trois temps.
Vendredi 5 juin
Le blackout de Lemerre
Où est Chamakh?. La question posée par ce douanier à laéroport de Yaoundé, les journalistes marocains arrivés de nuit dans la capitale camerounaise pour couvrir le choc entre les Lions de lAtlas et les Lions |
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indomptables y auront droit tout au long de leur séjour. Et pour cause, lattaquant vedette de Bordeaux, forfait de dernière minute pour ce match (lire encadré), est une véritable star au pays de Roger Milla. Il nest pas le seul. Abdeslam Ouaddou, autre grand absent de ce neuvième Cameroun - Maroc de lhistoire, a droit à la même admiration. Un ancien figure lui aussi dans le cercle très fermé des joueurs marocains adulés au Cameroun : Aziz Bouderbala. Lexcellente prestation du Wydadi lors de la confrontation aller et retour entre les deux sélections en 1981, y est pour quelque chose. Et ce nest pas ce vendeur dobjets artisanaux qui nous contredira. Mon père a été tellement fasciné par ce joueur lors de ces matchs quil a décidé de me renommer, Aziz.
Au centre-ville de Yaoundé, une légère agitation anime les abords du QG des Lions de lAtlas, lhôtel Hilton, un gratte-ciel de quinze étages. Des jeunes tentent de franchir limposant cordon de sécurité qui filtre lentrée de lunique cinq étoiles de la capitale. Mais sans succès. Mon ami, mon ami, tu peux dire à Chamakh quon souhaite le voir !, lance lun dentre eux, sur un ton presque suppliant au groom du palace. A lintérieur, aucune trace des joueurs ni même du staff technique. Arrivés la veille en provenance de Paris où ils étaient en concentration, les Lions de lAtlas sont déjà au lit, dans leur chambre à 330 euros la nuit. Probablement éreintés par le voyage et leur première séance dentraînement, plus tôt dans la journée, dans un centre sportif en banlieue de Yaoundé. Une mise en jambe à huise clos qui sest soldé par le premier clash entre Roger Lemerre et les médias présents. Lemerre nous a refusé laccès au centre sportif. Nous sommes finalement montés sur une colline avoisinante pour filmer. Il a essayé de nous faire descendre, mais il na pas réussi, raconte, tout fier de sa prouesse, ce caméraman de la chaîne sportive, Arryadia.
Samedi 6 juin
En attendant le président
9h du matin. Une vingtaine de Marocains prennent place dans le hall du Hilton. Des journalistes essentiellement télé et radio, mais aussi une poignée de supporters qui ont fait le déplacement spécialement du Maroc. Des habitués des safaris africains des Lions de lAtlas. Parmi eux, un pharmacien casablancais
et un oncle de Marouane Chamakh qui regrette lui aussi que son neveu ne soit pas de la partie. Les pronostics des présents : une défaite marocaine à lunanimité. Un pessimisme assez logique quand on se rappelle de la médiocre prestation des Lions de lAtlas devant les Panthères du Gabon le 28 mars dernier (1-2). Ajoutez à cela la non-sélection de Abdeslam Ouaddou, les blessures de Mbark Boussoufa et Adel Taârabt, les désaffections surprises de Talal El Karkouri, Jawad Zaïri et Marouane Chamakh, etc. Mais bon, comme chez tout Marocain, il y a une petite lueur despoir. Et puis dans le football tout est possible, lâche un membre de lassistance.
Au menu également des discussions : le dénouement de laffaire de leau du stade Ahmadou Ahidjo où doit avoir lieu le match de dimanche. Quarante-huit heures plus tôt, la FIFA, mise au courant dune rupture dalimentation du stade en question, a menacé la Fédération camerounaise de football dannuler tout simplement le match si le problème nétait pas réglé. Devant cet ultimatum, les Camerounais ont finalement fait le nécessaire. Heureusement.
A midi passé, toujours aucune trace des joueurs marocains. Linformation finit très vite par se confirmer. Roger Lemerre a décidé de mettre en quarantaine ses joueurs durant leur séjour au Cameroun. Ils nont ni le droit de quitter les deux étages qui leur ont été réservés, ni dy recevoir des visiteurs. Et gare aux éventuels malins qui voudraient faire le mur ou sinfiltrer dans lintimité des Lions de lAtlas. En plus du sélectionneur national qui fait régulièrement des rondes, un agent de la DGED (Direction générale des études et de la documentation) spécialement affrété du Maroc, monte religieusement la garde.
A 14h30, Roger Lemerre et ses poulains filent à langlaise par la porte arrière de lhôtel. Direction, le stade Ahmadou Ahidjo pour leur dernière séance dentraînement avant le match de dimanche. Une fois sur place, les footballeurs marocains découvrent cette vétuste arène de 40 000 places datant des années 1970. Des bosses ici et là, mais la pelouse est plutôt bonne. Tant mieux ! Comme le prévoit la FIFA, les médias marocains et camerounais ont droit à quinze minutes de présence sur le terrain. A peine le délai écoulé, Roger Lemerre entre en scène : Allez, sortez dici, vous navez plus rien à faire dans les parages !, hurle-t-il à ladresse de lassistance, qui tente de glaner quelques minutes supplémentaires. Devant linsistance du coach français qui souhaite rester en tête à tête avec ses joueurs, les militaires en charge de la sécurité du stade mettent finalement tout le monde dehors. La presse marocaine nétait pas le problème. Nous avions surtout peur dêtre espionnés par des membres de léquipe adverse, déguisés en journalistes, explique ce membre du staff de léquipe nationale. Peut alors commencer la séance dentraînement, en présence du membre fédéral, et ancien capitaine des Lions de lAtlas, Noureddine Naybet. Le nouveau patron du football marocain, Ali Fassi Fihri, est aux abonnés absents. Raison de cette absence : Ali Fassi Fihri nest pas venu au Cameroun pour simmiscer dans le travail de Roger Lemerre. Il est simplement là pour apporter son soutien aux joueurs et faire en sorte quils aient tout ce dont ils ont besoin, répond un de ses proches, qui nous apprend que le successeur de Housni Benslimane à la tête de la FRMF sattache dabord à faire le ménage autour de léquipe nationale. Auparavant, à chaque déplacement de la sélection, un grand nombre de membres fédéraux étaient du voyage. En plus du séjour aux frais de la princesse, ils étaient une source de déconcentration pour les joueurs. Aujourdhui tout cela est fini. Au Cameroun par exemple, ils ne sont que deux à accompagner léquipe : Ali Fassi Fihri et Noureddine Naybet, souligne-t-il.
A 20 heures, le président fait son apparition dans le hall du Hilton. En tenue décontract, Ali Fassi Fihri ne se dérobe pas. Il se joint à la discussion des journalistes présents qui commentent la victoire du Gabon face au Togo (3-0), nos deux autres concurrents pour la qualification au Mondial 2010. Ça ne change rien pour nous. Notre objectif est toujours le même : nous devons décrocher de bons résultats dans tous les matchs qui nous restent à jouer, à commencer par celui de demain, explique-t-il avant de se lancer dans une brève présentation de sa mission principale?: la professionnalisation du football marocain. Un vaste chantier, je reconnais. Mais ça ne me fait pas du tout peur, résume le président, sûr de lui.
Dimanche 7 juin
Match nul, victoire morale pour le Maroc
En début de matinée, lhôtel Hilton reçoit un client particulier, Alain Giresse, entraîneur de la sélection gabonaise. Lancien coach de léquipe des FAR est arrivé au Cameroun à bord dun jet privé en compagnie de son ministre des Sports pour espionner les Lions indomptables, quil affrontera le 20 juin prochain. Giresse est en discussion avec un membre influent du staff marocain (non, ce nest pas Ali Fassi Fihri !) qui le surprend par sa méconnaissance de lidentité des pays constituant le groupe A, aux côtés du Maroc.
Pendant ce temps, la liste du onze de départ est enfin communiquée. Elle était jusquici tenue secrète. Même Ali Fassi Fihri navait pas été mis au parfum. A sa demande, précise-t-il. Aucune surprise à relever, si ce nest la titularisation en défense de Mehdi Benatia. Le jeune et inexpérimenté joueur de Clermont, en Ligue 2 française, est chargé de repousser les attaques du goleador du FC Barcelone, Samuel Etoo, lun des meilleurs attaquants au monde. Rien de rassurant !
A 13h30, un car transportant la communauté marocaine établie au Cameroun, essentiellement des femmes mariées à des Camerounais et des cadres de lOffice national de leau potable (dont le président nest autre que Ali Fassi Fihri) en charge de lexploitation de leau au Cameroun, quitte le Hilton sous haute protection policière. Direction le stade Ahmadou Ahidjo. Les rues de la capitale sont en ébullition. Toute la population sest mise aux couleurs de son équipe nationale, le rouge, le vert et le jaune. Une fois sur place, les supporters marocains, rejoints par quelques Camerounais portant des tee-shirts et des casquettes aux couleurs du Maroc, sont installés dans une tribune qui leur est exclusivement dédiée.
Lorganisation est parfaite. Les allées ne sont pas occupées. Les portes non plus. La pelouse nest pas accessible à qui le souhaite. Tout est en ordre. Ceux qui organisent des matchs au Maroc devraient venir sinspirer de ce qui se passe ici, lâche ce supporter marocain. Il a raison.
Quarante-cinq minutes plus tard, le car de léquipe nationale franchit le portail du stade. Alors que Ali Fassi Fihri se dirige vers la tribune présidentielle, les joueurs marocains, salués un à un par Nourredine Naybet à leur descente du véhicule, sengouffrent dans les vestiaires lavés quelques heures plus tôt à leau de javel par un membre du staff. On ne sait jamais !, justifie ce dernier. Roger Lemerre et ses hommes foulent laire de jeu quelques minutes plus tard, sous les applaudissements de lassistance. Leurs hôtes les suivent derrière. Après la séance déchauffement habituelle, tout le monde repart vers les vestiaires avant de réapparaître à 15h15 tapantes. Là encore, les supporters camerounais se montrent (très) fair-play, en se retenant de siffler lhymne national marocain.
A 15h30, larbitre mauricien donne le coup denvoi de la rencontre. A la surprise générale, les Marocains sont les premiers à se montrer dangereux. Mounir El Hamdaoui et Youssef Hadji sont à deux doigts de mettre la balle dans la cage adverse. La réaction des Camerounais ne se fait pas attendre. Dans la tribune marocaine, linquiétude est visible sur les visages des trois proches de Roger Lemerre envoyés en haut pour mieux observer les faiblesses tactiques de son équipe. Tout au long de la rencontre, ils prennent des notes quils transmettent au fur et à mesure à leur boss. Sur le terrain, les coéquipiers du capitaine Houcine Kharja tiennent le coup. Les attaquants marocains sont dangereux. Mehdi Benatia est infranchissable. Tout comme le gardien de but, Nadir Lemyaghri.
A la mi-temps, les Marocains présents au stade Ahmadou Ahidjo sont plus optimistes quils ne létaient avant le match. A commencer par Ali Fassi Fihri himself. Les Camerounais sont prenables, on peut les gagner, juge-t-il. Un objectif accessible, mais que les joueurs marocains, certes combatifs, narrivent pas à atteindre au terme de la deuxième période. Au sifflet final, côté marocain, cest le soulagement. Roger Lemerre verse même une larme avant de féliciter un à un ses joueurs. En conférence de presse, il déclare quavec ce résultat, les trente cinq millions de Marocains vont pouvoir se remettre à croire en la qualification pour la Coupe du Monde. Juste après, ses hommes et lui quittent le stade sous les applaudissements des supporters locaux. Léquipe camerounaise, elle, a droit à une pluie de projectiles. Tout est fini. Venu pour gagner, le Maroc na pas perdu sa bataille à Yaoundé. Et Lemerre a probablement sauvé sa tête. En attendant le prochain match, à domicile, contre le Togo. |
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Laffaire Marouane Chamakh. Blessé, pas blessé ?
Lattaquant vedette de Bordeaux était le grand absent du choc Cameroun - Maroc. Marouane sest blessé aux adducteurs lors de son dernier match de championnat avec son club, nous explique un de ses proches, qui affirme que le joueur de vingt-cinq ans a informé la Fédération royale marocaine de football (FRMF) de son état de santé. Une version réfutée par ce membre du staff médical des Lions de lAtlas : Nous navons rien reçu de la part de Chamakh. Le joueur na même pas pris la peine de se déplacer à Clairefontaine, en France, lieu de concentration de léquipe nationale, pour se faire ausculter. Une attitude qui a mis dans une colère noire tout le staff de la sélection marocaine, Roger Lemerre en tête, qui doute même de lexistence dune blessure chez le meilleur joueur africain de France. Doù la question : Marouane Chamakh sera-t-il rappelé dans le futur en équipe nationale ? Pour le moment rien na été décidé, ce qui est sûr cest quil ne va pas être sélectionné pour le match contre le Togo (20 juin), répond notre source, qui nous apprend que la FRMF a saisi la FIFA, lui demandant de punir le joueur marocain pour son geste irresponsable et non professionnel. Affaire à suivre, donc. |
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