N° 377
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

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FOOTBALL. Les Lions de l’Atlas refusent de mourir
L'ACTU MAROC



Par Mehdi Sekkouri Alaoui,
envoyé spécial à Yaoundé

FOOTBALL. Les Lions de l’Atlas refusent de mourir
Séance d’entraînement la veille du match. (MSA)

Le Maroc a maintenu l’espoir en allant chercher le nul à Yaoundé. TelQuel était du voyage dans la capitale camerounaise. Reportage en trois temps.


Vendredi 5 juin
Le blackout de Lemerre
“Où est Chamakh?”. La question posée par ce douanier à l’aéroport de Yaoundé, les journalistes marocains arrivés de nuit dans la capitale camerounaise pour couvrir le choc entre les Lions de l’Atlas et les Lions
indomptables y auront droit tout au long de leur séjour. Et pour cause, l’attaquant vedette de Bordeaux, forfait de dernière minute pour ce match (lire encadré), est une véritable star au pays de Roger Milla. Il n’est pas le seul. Abdeslam Ouaddou, autre grand absent de ce neuvième Cameroun - Maroc de l’histoire, a droit à la même admiration. Un “ancien” figure lui aussi dans le cercle très fermé des joueurs marocains adulés au Cameroun : Aziz Bouderbala. L’excellente prestation du Wydadi lors de la confrontation aller et retour entre les deux sélections en 1981, y est pour quelque chose. Et ce n’est pas ce vendeur d’objets artisanaux qui nous contredira. “Mon père a été tellement fasciné par ce joueur lors de ces matchs qu’il a décidé de me renommer, Aziz”.
Au centre-ville de Yaoundé, une légère agitation anime les abords du QG des Lions de l’Atlas, l’hôtel Hilton, un “gratte-ciel” de quinze étages. Des jeunes tentent de franchir l’imposant cordon de sécurité qui filtre l’entrée de l’unique cinq étoiles de la capitale. Mais sans succès. “Mon ami, mon ami, tu peux dire à Chamakh qu’on souhaite le voir !”, lance l’un d’entre eux, sur un ton presque suppliant au groom du palace. A l’intérieur, aucune trace des joueurs ni même du staff technique. Arrivés la veille en provenance de Paris où ils étaient en concentration, les Lions de l’Atlas sont déjà au lit, dans leur chambre à 330 euros la nuit. Probablement éreintés par le voyage et leur première séance d’entraînement, plus tôt dans la journée, dans un centre sportif en banlieue de Yaoundé. Une mise en jambe à huise clos qui s’est soldé par le premier clash entre Roger Lemerre et les médias présents. “Lemerre nous a refusé l’accès au centre sportif. Nous sommes finalement montés sur une colline avoisinante pour filmer. Il a essayé de nous faire descendre, mais il n’a pas réussi”, raconte, tout fier de sa prouesse, ce caméraman de la chaîne sportive, Arryadia.

Samedi 6 juin
En attendant le président
9h du matin. Une vingtaine de Marocains prennent place dans le hall du Hilton. Des journalistes essentiellement télé et radio, mais aussi une poignée de supporters qui ont fait le déplacement spécialement du Maroc. Des habitués des safaris africains des Lions de l’Atlas. Parmi eux, un pharmacien casablancais… et un oncle de Marouane Chamakh qui regrette lui aussi que son neveu ne soit pas de la partie. Les pronostics des présents : une défaite marocaine à l’unanimité. Un pessimisme assez logique quand on se rappelle de la médiocre prestation des Lions de l’Atlas devant les Panthères du Gabon le 28 mars dernier (1-2). Ajoutez à cela la non-sélection de Abdeslam Ouaddou, les blessures de Mbark Boussoufa et Adel Taârabt, les désaffections surprises de Talal El Karkouri, Jawad Zaïri et Marouane Chamakh, etc. “Mais bon, comme chez tout Marocain, il y a une petite lueur d’espoir. Et puis dans le football tout est possible”, lâche un membre de l’assistance.
Au menu également des discussions : le dénouement de “l’affaire de l’eau du stade Ahmadou Ahidjo” où doit avoir lieu le match de dimanche. Quarante-huit heures plus tôt, la FIFA, mise au courant d’une rupture d’alimentation du stade en question, a menacé la Fédération camerounaise de football d’annuler tout simplement le match si le problème n’était pas réglé. Devant cet ultimatum, les Camerounais ont finalement fait le nécessaire. Heureusement.
A midi passé, toujours aucune trace des joueurs marocains. L’information finit très vite par se confirmer. Roger Lemerre a décidé de mettre en quarantaine ses joueurs durant leur séjour au Cameroun. Ils n’ont ni le droit de quitter les deux étages qui leur ont été réservés, ni d’y recevoir des visiteurs. Et gare aux éventuels malins qui voudraient faire le mur ou s’infiltrer dans l’intimité des Lions de l’Atlas. En plus du sélectionneur national qui fait régulièrement des rondes, un agent de la DGED (Direction générale des études et de la documentation) spécialement “affrété” du Maroc, monte religieusement la garde.
A 14h30, Roger Lemerre et ses poulains filent à l’anglaise par la porte arrière de l’hôtel. Direction, le stade Ahmadou Ahidjo pour leur dernière séance d’entraînement avant le match de dimanche. Une fois sur place, les footballeurs marocains découvrent cette vétuste arène de 40 000 places datant des années 1970. Des bosses ici et là, mais la pelouse est plutôt bonne. Tant mieux ! Comme le prévoit la FIFA, les médias marocains et camerounais ont droit à quinze minutes de présence sur le terrain. A peine le délai écoulé, Roger Lemerre entre en scène : “Allez, sortez d’ici, vous n’avez plus rien à faire dans les parages !”, hurle-t-il à l’adresse de l’assistance, qui tente de glaner quelques minutes supplémentaires. Devant l’insistance du coach français qui souhaite rester en tête à tête avec ses joueurs, les militaires en charge de la sécurité du stade mettent finalement tout le monde dehors. “La presse marocaine n’était pas le problème. Nous avions surtout peur d’être espionnés par des membres de l’équipe adverse, déguisés en journalistes”, explique ce membre du staff de l’équipe nationale. Peut alors commencer la séance d’entraînement, en présence du membre fédéral, et ancien capitaine des Lions de l’Atlas, Noureddine Naybet. Le nouveau patron du football marocain, Ali Fassi Fihri, est aux abonnés absents. Raison de cette absence : “Ali Fassi Fihri n’est pas venu au Cameroun pour s’immiscer dans le travail de Roger Lemerre. Il est simplement là pour apporter son soutien aux joueurs et faire en sorte qu’ils aient tout ce dont ils ont besoin”, répond un de ses proches, qui nous apprend que le successeur de Housni Benslimane à la tête de la FRMF s’attache d’abord à faire “le ménage” autour de l’équipe nationale. “Auparavant, à chaque déplacement de la sélection, un grand nombre de membres fédéraux étaient du voyage. En plus du séjour aux frais de la princesse, ils étaient une source de déconcentration pour les joueurs. Aujourd’hui tout cela est fini. Au Cameroun par exemple, ils ne sont que deux à accompagner l’équipe : Ali Fassi Fihri et Noureddine Naybet”, souligne-t-il.
A 20 heures, “le président” fait son apparition dans le hall du Hilton. En tenue décontract, Ali Fassi Fihri ne se dérobe pas. Il se joint à la discussion des journalistes présents qui commentent la victoire du Gabon face au Togo (3-0), nos deux autres concurrents pour la qualification au Mondial 2010. “Ça ne change rien pour nous. Notre objectif est toujours le même : nous devons décrocher de bons résultats dans tous les matchs qui nous restent à jouer, à commencer par celui de demain”, explique-t-il avant de se lancer dans une brève présentation de sa mission principale?: la professionnalisation du football marocain. “Un vaste chantier, je reconnais. Mais ça ne me fait pas du tout peur”, résume le président, sûr de lui.

Dimanche 7 juin
Match nul, victoire morale pour le Maroc
En début de matinée, l’hôtel Hilton reçoit un client particulier, Alain Giresse, entraîneur de la sélection gabonaise. L’ancien coach de l’équipe des FAR est arrivé au Cameroun à bord d’un jet privé en compagnie de son ministre des Sports pour “espionner” les Lions indomptables, qu’il affrontera le 20 juin prochain. Giresse est en discussion avec un membre influent du staff marocain (non, ce n’est pas Ali Fassi Fihri !) qui le surprend par sa méconnaissance de l’identité des pays constituant le groupe A, aux côtés du Maroc.
Pendant ce temps, la liste du onze de départ est enfin communiquée. Elle était jusqu’ici tenue secrète. Même Ali Fassi Fihri n’avait pas été mis au parfum. A sa demande, précise-t-il. Aucune surprise à relever, si ce n’est la titularisation en défense de Mehdi Benatia. Le jeune et inexpérimenté joueur de Clermont, en Ligue 2 française, est chargé de repousser les attaques du goleador du FC Barcelone, Samuel Eto’o, l’un des meilleurs attaquants au monde. Rien de rassurant !
A 13h30, un car transportant la communauté marocaine établie au Cameroun, essentiellement des femmes mariées à des Camerounais et des cadres de l’Office national de l’eau potable (dont le président n’est autre que Ali Fassi Fihri) en charge de l’exploitation de l’eau au Cameroun, quitte le Hilton sous haute protection policière. Direction le stade Ahmadou Ahidjo. Les rues de la capitale sont en ébullition. Toute la population s’est mise aux couleurs de son équipe nationale, le rouge, le vert et le jaune. Une fois sur place, les supporters marocains, rejoints par quelques Camerounais portant des tee-shirts et des casquettes aux couleurs du Maroc, sont installés dans une tribune qui leur est exclusivement dédiée.
L’organisation est parfaite. Les allées ne sont pas occupées. Les portes non plus. La pelouse n’est pas accessible à qui le souhaite. Tout est en ordre. “Ceux qui organisent des matchs au Maroc devraient venir s’inspirer de ce qui se passe ici”, lâche ce supporter marocain. Il a raison.
Quarante-cinq minutes plus tard, le car de l’équipe nationale franchit le portail du stade. Alors que Ali Fassi Fihri se dirige vers la tribune présidentielle, les joueurs marocains, salués un à un par Nourredine Naybet à leur descente du véhicule, s’engouffrent dans les vestiaires lavés quelques heures plus tôt à l’eau de javel par un membre du staff. “On ne sait jamais !”, justifie ce dernier. Roger Lemerre et ses hommes foulent l’aire de jeu quelques minutes plus tard, sous les applaudissements de l’assistance. Leurs hôtes les suivent derrière. Après la séance d’échauffement habituelle, tout le monde repart vers les vestiaires avant de réapparaître à 15h15 tapantes. Là encore, les supporters camerounais se montrent (très) fair-play, en se retenant de siffler l’hymne national marocain.
A 15h30, l’arbitre mauricien donne le coup d’envoi de la rencontre. A la surprise générale, les Marocains sont les premiers à se montrer dangereux. Mounir El Hamdaoui et Youssef Hadji sont à deux doigts de mettre la balle dans la cage adverse. La réaction des Camerounais ne se fait pas attendre. Dans “la tribune marocaine”, l’inquiétude est visible sur les visages des trois proches de Roger Lemerre envoyés “en haut” pour mieux observer les faiblesses tactiques de son équipe. Tout au long de la rencontre, ils prennent des notes qu’ils transmettent au fur et à mesure à leur boss. Sur le terrain, les coéquipiers du capitaine Houcine Kharja tiennent le coup. Les attaquants marocains sont dangereux. Mehdi Benatia est infranchissable. Tout comme le gardien de but, Nadir Lemyaghri.
A la mi-temps, les Marocains présents au stade Ahmadou Ahidjo sont plus optimistes qu’ils ne l’étaient avant le match. A commencer par Ali Fassi Fihri himself. “Les Camerounais sont prenables, on peut les gagner”, juge-t-il. Un objectif accessible, mais que les joueurs marocains, certes combatifs, n’arrivent pas à atteindre au terme de la deuxième période. Au sifflet final, côté marocain, c’est le soulagement. Roger Lemerre verse même une larme avant de féliciter un à un ses joueurs. En conférence de presse, il déclare qu’“avec ce résultat, les trente cinq millions de Marocains vont pouvoir se remettre à croire en la qualification pour la Coupe du Monde”. Juste après, ses hommes et lui quittent le stade sous les applaudissements des supporters locaux. L’équipe camerounaise, elle, a droit à une pluie de projectiles. Tout est fini. Venu pour gagner, le Maroc n’a pas perdu sa bataille à Yaoundé. Et Lemerre a probablement sauvé sa tête. En attendant le prochain match, à domicile, contre le Togo.

L’affaire Marouane Chamakh. Blessé, pas blessé ?
L’attaquant vedette de Bordeaux était le grand absent du choc Cameroun - Maroc. “Marouane s’est blessé aux adducteurs lors de son dernier match de championnat avec son club”, nous explique un de ses proches, qui affirme que le joueur de vingt-cinq ans a informé la Fédération royale marocaine de football (FRMF) de son état de santé. Une version réfutée par ce membre du staff médical des Lions de l’Atlas : “Nous n’avons rien reçu de la part de Chamakh. Le joueur n’a même pas pris la peine de se déplacer à Clairefontaine, en France, lieu de concentration de l’équipe nationale, pour se faire ausculter”. Une attitude qui a mis dans une colère noire tout le staff de la sélection marocaine, Roger Lemerre en tête, qui doute même de l’existence d’une blessure chez le meilleur joueur africain de France. D’où la question : Marouane Chamakh sera-t-il rappelé dans le futur en équipe nationale ? “Pour le moment rien n’a été décidé, ce qui est sûr c’est qu’il ne va pas être sélectionné pour le match contre le Togo (20 juin)“, répond notre source, qui nous apprend que la FRMF a saisi la FIFA, lui demandant de punir le joueur marocain pour “son geste irresponsable et non professionnel”. Affaire à suivre, donc.

 
 
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