|
Par Nina Hubinet
IRAN. Ahmadinejad bis ?
|
De quoi sera fait lavenir de lIran de Mahmoud Ahmadinejad ? (AFP)
|
Les Iraniens ont voté vendredi 12 juin pour élire un nouveau président. Si le candidat réformateur Mir Hossein Moussavi lemportait face à Ahmadinejad, la main tendue dObama à lIran aurait plus de chances dêtre saisie. Mais la machine électorale du président sortant reste puissante.
Elle nest pas là pour faire de la figuration. Lors des meetings de son mari, candidat réformateur à lélection présidentielle, Zahra Rahnavard nhésite pas à prendre la parole. Et pas seulement pour vanter les mérites de Mir Hossein Moussavi, soutenu par lancien président |
|
réformateur Mohamed Khatami. Evoquant les opérations de police contre les femmes mal voilées, (le foulard islamique est obligatoire en Iran), elle déclarait récemment : Cest la forme la plus laide et la plus grossière de condescendance envers les femmes. Docteur en sciences politiques, elle a été la première femme nommée doyenne dune université iranienne, après la révolution de 1979, avant dêtre limogée à la demande dAhmadinejad. Certains voient déjà en elle une Michelle Obama iranienne.
Le couple Mir Hossein Moussavi - Zahra Rahnavard incarne ainsi un Iran bien différent de limage véhiculée depuis 2004 par les diatribes anti-américaines et anti-Israël de Mahmoud Ahmadinejad. Architecte de formation, Moussavi a été Premier ministre de 1981 à 1989, pendant la guerre Iran-Irak, et partage avec sa femme une passion pour les arts et la culture. Bien loin de lhomme du peuple campé par Ahmadinejad, qui accuse dailleurs Moussavi de corruption.
Comme les deux autres candidats dopposition (le réformateur Mehdi Karoubi et le conservateur Mohsen Rezaï), Mir Hossein Moussavi dit vouloir saisir la main tendue de Barack Obama pour ouvrir un dialogue avec les Etats-Unis. Mais, même sil remporte le scrutin, il naura pas les mains libres : en Iran, les questions de politique internationale ne relèvent pas du président (qui est le chef du gouvernement, en charge des affaires intérieures), mais du Guide suprême, lAyatollah Ali Khamenei. Et celui-ci, qui soutient officieusement Ahmadinejad, reste fermé à toute ouverture vers Washington, du moins dans son discours. Le Guide suprême a également le dernier mot sur le dossier nucléaire. Mais les prises de position du président en la matière ne sont pas sans effet, comme la montré le mandat dAhmadinejad. Personne en Iran n'accepterait la suspension [du programme nucléaire], déclarait de son côté Moussavi en avril dernier dans une interview au Financial Times . Mais nous devons envisager les solutions ou, en d'autres termes, les garanties qui peuvent être trouvées pour vérifier que le programme n'est pas détourné à des fins militaires, poursuivait-il, confirmant son image de modéré.
Le favori des médias
Mais lancien Premier ministre est encore loin dêtre élu. Les réformateurs ont réussi à mobiliser la population, bien plus que lors de lélection de 2005, parce que la classe moyenne urbaine en a assez de la politique dAhmadinejad, qui a réduit les libertés des jeunes et des femmes, concède Marie Ladier-Fouladi, sociodémographe spécialiste de lIran, chargée de recherche au CNRS (Iran, un monde de paradoxes, Editions lAtalante, 2009). Plus encore que latteinte aux libertés, beaucoup dIraniens fustigent la politique économique du président : linflation tourne autour de 25%, et une grande partie de la population sest appauvrie ces quatre dernières années. Léconomie était logiquement en tête des préoccupations des électeurs dans cette campagne. Mais ce mécontentement vaut surtout pour Téhéran. Je doute que le camp réformateur puisse mobiliser autant dans les provinces, nuance-t-elle. Les paysans ont en effet été les principaux bénéficiaires de la politique clientéliste du président sortant. A léchelle du pays, la popularité de celui qui est devenu la bête noire de lOccident demeure donc réelle. Lundi soir, pendant que les partisans de Moussavi formaient une chaîne humaine sur la plus longue avenue de Téhéran, des dizaines de milliers de militants pro-Ahmadinejad sétaient rassemblés au complexe de prière de l'Imam Khomeiny. Moussavi, laisse la révolution tranquille !, scandait la foule, chauffée à blanc par des orateurs.
Mahmoud Ahmadinejad a aussi tout lappareil dEtat et les médias avec lui. Il peut tout à fait bourrer les urnes ou recourir à la fraude, comme cela a probablement été le cas en 2005, même si les autres candidats nont finalement pas porté plainte, rappelle la chercheuse. Les observateurs du scrutin craignent également que les Gardiens de la révolution, les milices Basij ou les fonctionnaires soient fortement encouragés à voter Ahmadinejad.
Reste une inconnue : En 1997, le réformateur Mohamed Khatami a été élu à 80% des voix : cétait le choix des femmes et des jeunes, rappelle Marie Ladier-Fouladi. La plus importante organisation étudiante a cette fois pris parti pour le réformateur Mehdi Karoubi. Car cet électorat a été terriblement déçu par les huit années de pouvoir de Khatami. Ces deux groupes sociaux, premières victimes du retour à un certain ordre moral orchestré par Mahmoud Ahmadinejad, vont-ils à nouveau faire confiance aux réformateurs ? Si les femmes sont nombreuses dans les meetings de Mehdi Karoubi et Mir Hossein Moussavi, elles sont aussi présentes parmi les partisans dAhmadinejad. Les réformateurs ont un vrai handicap : leur électorat est divisé entre Moussavi et Karoubi, qui est lui aussi assez populaire, note Marie Ladier-Fouladi. La rivalité entre les deux clans réformateurs pourrait favoriser Mahmoud Ahmadinejad, même sil apparaît aujourdhui à beaucoup dOccidentaux comme un vestige de lère Bush. |
 |
Pendant ce temps-là. Le Liban vote Hariri
On prend les mêmes et on recommence. Alors que les observateurs prévoyaient une victoire du Hezbollah et du général Aoun, son allié chrétien, les Libanais ont reconduit, lors des élections législatives du 6 juin, la coalition antisyrienne de Saad Hariri, au pouvoir depuis 2005. Mais au lieu dassainir la vie politique du pays, le résultat de ce scrutin risque de la plonger dans une nouvelle crise. Le Courant du futur de Saad Hariri et ses alliés ont en effet promis, pendant la campagne, de ne pas reformer un gouvernement dunion nationale avec le parti chiite. Lopposition emmenée par le Hezbollah avait en effet réussi à obtenir un tiers de blocage au sein du gouvernement libanais, après son coup de force du 7 mai 2008. Mais avec 71 des 128 sièges de lAssemblée, la nouvelle (et ancienne) majorité ne peut espérer gouverner seule. La formation dun gouvernement pourrait donc une fois de plus prendre des mois, et donner lieu à un nouveau bras de fer entre le Courant du futur et le Hezbollah. Dautant que le parti de Dieu sest empressé de rappeler, lundi, quil navait absolument pas lintention de déposer les armes, comme le prévoit la résolution 1701 des Nations Unies, votée après le conflit de 2006, et comme le réclame régulièrement Israël. |
|
|