N° 377
Webmaster
TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

IRAN. Ahmadinejad bis ?
L'ACTU MONDE



Par Nina Hubinet

IRAN. Ahmadinejad bis ?
De quoi sera fait l’avenir de l’Iran de Mahmoud Ahmadinejad ? (AFP)

Les Iraniens ont voté vendredi 12 juin pour élire un nouveau président. Si le candidat réformateur Mir Hossein Moussavi l’emportait face à Ahmadinejad, la main tendue d’Obama à l’Iran aurait plus de chances d’être saisie. Mais la machine électorale du président sortant reste puissante.

Elle n’est pas là pour faire de la figuration. Lors des meetings de son mari, candidat réformateur à l’élection présidentielle, Zahra Rahnavard n’hésite pas à prendre la parole. Et pas seulement pour vanter les mérites de Mir Hossein Moussavi, soutenu par l’ancien président
réformateur Mohamed Khatami. Evoquant les opérations de police contre les femmes “mal voilées”, (le foulard islamique est obligatoire en Iran), elle déclarait récemment : “C’est la forme la plus laide et la plus grossière de condescendance envers les femmes”. Docteur en sciences politiques, elle a été la première femme nommée doyenne d’une université iranienne, après la révolution de 1979, avant d’être limogée à la demande d’Ahmadinejad. Certains voient déjà en elle une “Michelle Obama” iranienne.
Le couple Mir Hossein Moussavi - Zahra Rahnavard incarne ainsi un Iran bien différent de l’image véhiculée depuis 2004 par les diatribes anti-américaines et anti-Israël de Mahmoud Ahmadinejad. Architecte de formation, Moussavi a été Premier ministre de 1981 à 1989, pendant la guerre Iran-Irak, et partage avec sa femme une passion pour les arts et la culture. Bien loin de “l’homme du peuple” campé par Ahmadinejad, qui accuse d’ailleurs Moussavi de corruption.
Comme les deux autres candidats d’opposition (le réformateur Mehdi Karoubi et le conservateur Mohsen Rezaï), Mir Hossein Moussavi dit vouloir saisir la main tendue de Barack Obama pour ouvrir un dialogue avec les Etats-Unis. Mais, même s’il remporte le scrutin, il n’aura pas les mains libres : en Iran, les questions de politique internationale ne relèvent pas du président (qui est le chef du gouvernement, en charge des affaires intérieures), mais du Guide suprême, l’Ayatollah Ali Khamenei. Et celui-ci, qui soutient officieusement Ahmadinejad, reste fermé à toute ouverture vers Washington, du moins dans son discours. Le Guide suprême a également le dernier mot sur le dossier nucléaire. Mais les prises de position du président en la matière ne sont pas sans effet, comme l’a montré le mandat d’Ahmadinejad. “Personne en Iran n'accepterait la suspension [du programme nucléaire]”, déclarait de son côté Moussavi en avril dernier dans une interview au Financial Times . “Mais nous devons envisager les solutions ou, en d'autres termes, les garanties qui peuvent être trouvées pour vérifier que le programme n'est pas détourné à des fins militaires”, poursuivait-il, confirmant son image de modéré.

Le favori des médias
Mais l’ancien Premier ministre est encore loin d’être élu. “Les réformateurs ont réussi à mobiliser la population, bien plus que lors de l’élection de 2005, parce que la classe moyenne urbaine en a assez de la politique d’Ahmadinejad, qui a réduit les libertés des jeunes et des femmes”, concède Marie Ladier-Fouladi, sociodémographe spécialiste de l’Iran, chargée de recherche au CNRS (Iran, un monde de paradoxes, Editions l’Atalante, 2009). Plus encore que l’atteinte aux libertés, beaucoup d’Iraniens fustigent la politique économique du président : l’inflation tourne autour de 25%, et une grande partie de la population s’est appauvrie ces quatre dernières années. L’économie était logiquement en tête des préoccupations des électeurs dans cette campagne. “Mais ce mécontentement vaut surtout pour Téhéran. Je doute que le camp réformateur puisse mobiliser autant dans les provinces”, nuance-t-elle. Les paysans ont en effet été les principaux bénéficiaires de la politique clientéliste du président sortant. A l’échelle du pays, la popularité de celui qui est devenu la bête noire de l’Occident demeure donc réelle. Lundi soir, pendant que les partisans de Moussavi formaient une chaîne humaine sur la plus longue avenue de Téhéran, des dizaines de milliers de militants pro-Ahmadinejad s’étaient rassemblés au complexe de prière de l'Imam Khomeiny. “Moussavi, laisse la révolution tranquille !”, scandait la foule, chauffée à blanc par des orateurs.
Mahmoud Ahmadinejad a aussi tout l’appareil d’Etat et les médias avec lui. “Il peut tout à fait bourrer les urnes ou recourir à la fraude, comme cela a probablement été le cas en 2005, même si les autres candidats n’ont finalement pas porté plainte”, rappelle la chercheuse. Les observateurs du scrutin craignent également que les Gardiens de la révolution, les milices Basij ou les fonctionnaires soient fortement “encouragés” à voter Ahmadinejad.
Reste une inconnue : “En 1997, le réformateur Mohamed Khatami a été élu à 80% des voix : c’était le choix des femmes et des jeunes”, rappelle Marie Ladier-Fouladi. La plus importante organisation étudiante a cette fois pris parti pour le réformateur Mehdi Karoubi. “Car cet électorat a été terriblement déçu par les huit années de pouvoir de Khatami”. Ces deux groupes sociaux, premières victimes du retour à un certain “ordre moral” orchestré par Mahmoud Ahmadinejad, vont-ils à nouveau faire confiance aux réformateurs ? Si les femmes sont nombreuses dans les meetings de Mehdi Karoubi et Mir Hossein Moussavi, elles sont aussi présentes parmi les partisans d’Ahmadinejad. “Les réformateurs ont un vrai handicap : leur électorat est divisé entre Moussavi et Karoubi, qui est lui aussi assez populaire”, note Marie Ladier-Fouladi. La rivalité entre les deux “clans” réformateurs pourrait favoriser Mahmoud Ahmadinejad, même s’il apparaît aujourd’hui à beaucoup d’Occidentaux comme un vestige de l’ère Bush.

Pendant ce temps-là. Le Liban vote Hariri
On prend les mêmes et on recommence. Alors que les observateurs prévoyaient une victoire du Hezbollah et du général Aoun, son allié chrétien, les Libanais ont reconduit, lors des élections législatives du 6 juin, la coalition antisyrienne de Saad Hariri, au pouvoir depuis 2005. Mais au lieu d’assainir la vie politique du pays, le résultat de ce scrutin risque de la plonger dans une nouvelle crise. Le Courant du futur de Saad Hariri et ses alliés ont en effet promis, pendant la campagne, de ne pas reformer un gouvernement d’union nationale avec le parti chiite. L’opposition emmenée par le Hezbollah avait en effet réussi à obtenir un tiers de blocage au sein du gouvernement libanais, après son coup de force du 7 mai 2008. Mais avec 71 des 128 sièges de l’Assemblée, la nouvelle (et ancienne) majorité ne peut espérer gouverner seule. La formation d’un gouvernement pourrait donc une fois de plus prendre des mois, et donner lieu à un nouveau bras de fer entre le Courant du futur et le Hezbollah. D’autant que le parti de Dieu s’est empressé de rappeler, lundi, qu’il n’avait absolument pas l’intention de déposer les armes, comme le prévoit la résolution 1701 des Nations Unies, votée après le conflit de 2006, et comme le réclame régulièrement Israël.

 
 
TelQuel : Le Maroc tel qu'il est © 2009 TelQuel Magazine. Maroc. Tous droits résérvés