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Par Karim Boukhari
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k.boukhari@telquel.info (DR)
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Non-projet
Tout sauf les islamistes. Vous le savez bien, vous qui nous lisez toutes les semaines, ce slogan aurait pu être le nôtre. Il nous va bien. Mais il vous va bien aussi, enfin à bon nombre dentre vous. Tout sauf les islamistes peut même sinscrire, en lettres dor, comme le porte-étendard du nouveau règne. Il est valable pour le Palais, bien sûr. Et pour les nombreux groupes dinfluence, les centres dintérêts, les milieux daffaires, et tous les relais qui détiennent un quelconque pouvoir de décision dans ce pays. Tout sauf les islamistes, cest un peu un objectif commun, ou collectif, un rêve, ou une obsession, |
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quelque chose que beaucoup de gens partagent en commun. Dans ce beaucoup de gens, on trouve un peu de tout. Ce nest pas un tissu homogène, et bien marié, qui mène la guerre au projet islamiste. Il va de soi, dans ces conditions, que tous ceux qui vont au combat nont pas de nobles desseins. Pas forcément. En examinant de près ce tissu, vous allez trouver des gens sincères, des Marocains qui, sans déclarer inopinément leur flamme patriotique, sans perdre nécessairement toute leur lucidité, ont peur, objectivement, que ce pays soit catapulté des siècles en arrière. Ils redoutent que la femme retourne aux fourneaux, et y reste. Que les jeunes soient confinés à la récitation des sourates. Que lon installe des tribunaux dinquisition partout. Que Monsieur et Madame tout le monde soient évalués selon la seule grille halal haram. Et que, plus généralement, le pays entier rate le train de la mondialisation, et celui de la modernité. Maintenant, à côté, vous allez trouver beaucoup de personnes qui mènent la guerre aux islamistes par opportunisme. Ou par mimétisme, parce que les puissants de ce pays ont depuis longtemps choisi leur camp. Ce qui biaise tout. Tout sauf les islamistes, qui est de lordre du réflexe, devient en soi un contre-projet. Ce qui est un peu léger, tout de même. Et on se retrouve aujourdhui devant ça, un non-projet, un peu perdus, à ne plus savoir qui défend quoi et au nom de qui.
Voile, bikini, etc.
Une célèbre plage privée sur la côte casablancaise a trouvé le moyen de sengouffrer dans cette lutte contre les islamistes. Comment ? En interdisant laccès à toute personne voilée. Laissez-nous vous raconter cette anecdote : un jeune père de famille emmène sa vieille mère à la plage. A lentrée, la mère, en jellaba et negab, est invitée à repartir en taxi. Comme tous les clients, elle doit être en maillot de bain, et ne pas porter de voile, autrement elle ne peut accéder à la plage. Cest la consigne, et il faut la respecter, explique, calmement, un garde au père de famille. Rien à faire.
Tu seras comédien, mon fils
Déjeuner courtois et non arrosé avec François Florent, fondateur du célèbre Cours Florent à Paris. Vous le savez sans doute : Florent ouvre une antenne à Casablanca, opérationnelle à la rentrée 2010, mais avec des stages de formation (scène, caméra, improvisation) dès juillet prochain. La conversation tourne autour du théâtre et du cinéma. Mais elle déborde. Florent, comme tout décideur intelligent, écoute plus quil ne parle. Il sintéresse à ses interlocuteurs, à ce pays quil découvre alors quil le connaît très bien. Il évoque son Alsace natale, commente le plat du jour, multiplie les anecdotes dordre général. Et dirige ses assistants dun simple regard. Dargent, il nest point question. Son meilleur business plan, de toute évidence, repose sur le diagnostic quil semble avoir établi sur le Maroc, un pays en mouvement, à fort tropisme français, qui séveille à la consommation. Un pays qui offre le paradoxe dêtre à la fois pauvre et en pleine bourre. Qui senglue dans la tradition mais rêve de monter à Paris comme la moitié de la province française. Le cocktail est intéressant. Cela fait du Maroc un pays mûr pour envoyer ses enfants à lautre école de la vie : lart. |
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