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Par Fadoua Ghannam et Fahd Iraqi
ETAT. Les plus gros salaires
Combien sont payés les patrons des entreprises publiques ? Quels sont leurs avantages en nature ? Qui fixe leur rémunération et comment évolue-t-elle ? TelQuel déterre les fiches de paie de 25 stars de ladministration marocaine.
Quoi ? Mon salaire ? Et si je vous demandais le votre ?. Je ne peux rien vous dire, voyez avec la hiérarchie. Quand ce nest pas un silence radio pur et simple, cest en ces termes que réplique une grosse partie des hauts commis de lEtat quand on essaye de quantifier leurs revenus |
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mensuels. Mais, reconnaissons-le, certains se sont volontiers prêtés au jeu. Tantôt avec un débit digne dun premier de la classe dans un concours de récitation, tantôt sur le ton de lamusement. Il nest pas si important que cela mon salaire, franchement, ironise ce patron dune entreprise publique en faisant référence à son rang de secrétaire dEtat. Comprenez 50 000 dirhams sur son bulletin de paie
Mais si les salaires ne sont pas inaccessibles (un document peut toujours traîner ou une indiscrétion percer dentre les murs), pour les primes cest une toute autre histoire. Pourtant, cest souvent cette partie immergée de liceberg qui est la plus conséquente. Et là, difficile de faire cracher le morceau aux intéressés. Car au royaume des mille et un mystères, le revenu reste un secret jalousement gardé. Surtout quand les salaires de ces super-fonctionnaires sont fixés dans la plus grande opacité. Aucune grille, aucune loi nharmonise réellement les rémunérations des patrons doffices, dagences ou dautres établissements publics.
Dans le milieu des années 1990, nous avons introduit une classification des établissements publics en fonction de leur chiffre daffaires et leur importance économique afin dindexer les salaires de leurs dirigeants, confie un ministre technocrate sous lère Hassan II. Mais ça na jamais vraiment marché et le salaire est fixé à la tête du client. Mohamed Boussaïd, aujourdhui ministre du Tourisme, qui a longtemps dirigé la Direction des entreprises et participations publiques (DEPP) le confirme : Cest sur la base du poids de létablissement public, de son activité et de son chiffre daffaires que lon détermine des niveaux de salaires. Mais ça reste juste une grille de départ.
Avec le roi, on ne négocie pas
Dans la fonction publique, la haute, on ne choisit pas le poste, cest le poste qui vous choisit. Et ce sont généralement des offres quon ne peut refuser. Je nai été prévenu de ma nomination que 36 heures avant laudience royale, nous confie le patron dune entreprise publique, qui a longtemps roulé sa bosse dans le secteur privé. Et ce nest évidemment pas avec Sa Majesté que lon va discuter salaire. Lheureux client mène des négociations avec le département des Finances, en la personne du directeur de la DEPP, et attend sa lettre de situation, signée par le Premier ministre ou son ministre de tutelle, comme une sentence. La déception peut être grande. Ce qui pousse certains à marchander âprement. Quelques fois on va jusquà larbitrage du ministre des Finances, voire du Premier ministre, nous explique un fin connaisseur des conseils dadministration publics.
Car on ne roule pas sur lor, même quand on conduit une Audi ou une Merco makhzéniennes. Seuls les sept premiers du top 25 des plus gros salaires de lEtat franchissent la barre des 100 000 dirhams. Quant aux indemnités de déplacement à létranger, il ny a pas de quoi dévaliser les duty free. A moins quune carte bleue internationale ne traîne encore sur un compte en dirhams convertibles de son administration, le perdiem dun patron ne dépasse pas les 200 euros, hébergement compris. Pire encore, pas de parachute doré ou dindemnité de départ alors que le risque de sauter est loin dêtre négligeable. Ce sont des sièges éjectables, une petite crise politique ou sociale, ou encore un banal incident, peut être monté en épingle et vous valoir un limogeage royal en bonne et due forme, souligne notre source.
Des patrons mieux payés
que leurs patrons
Lopacité dans le mode de rémunération des hauts fonctionnaires provoque parfois des situations burlesques. La première incohérence visible à lil nu est la disproportion entre les salaires dans les offices et chez les autorités de tutelle. Les patrons des établissements publics sont souvent mieux payés que les présidents de leurs conseils dadministration, des ministres la plupart du temps. Détenir un portefeuille ministériel est une responsabilité politique, alors que gérer une entreprise est une tâche opérationnelle. Cette situation existe dans tous les pays du monde, argumente un ancien membre de gouvernement. On comprend mieux ces ministres qui sattellent pendant leur mandat à préparer des points de chute dans des offices généralement sous leur tutelle.
On trouve le même genre dincohérence quand les autorités décident de réorganiser le tentaculaire portefeuille public. Lexemple le plus frappant est sans doute celui de Fayçal Lâraïchi, qui a été nommé président du pôle audiovisuel en 2005, avec un salaire bien inférieur à celui du patron de sa filiale 2M.
Le va-et-vient dun poste à lautre peut parfois aussi engendrer des situations incongrues. Car dans la haute sphère publique, une promotion est rarement synonyme de revalorisation salariale. A chaque fois que je bénéficie dune promotion administrative, je me retrouve avec un salaire inférieur à celui de mon ancien job, aime répéter, en privé, ce haut commis de lEtat qui change dadministration comme de berline.
Les surprises et les quiproquos sont nombreux. Exemple : un haut fonctionnaire, qui est passé du poste de ministre à celui de directeur général de la CNSS, a été déçu de ne pas pouvoir conserver le même niveau de salaire. Face à la réticence du ministère des Finances qui a bloqué sa situation pendant plusieurs mois, il sest versé le salaire quil voulait sous forme davances, raconte un ancien ministre de lEmploi.
Haut commis, bas salaires
Normal donc que la fonction publique perde en attractivité. Surtout après larrivée des socialistes. Le gouvernement dalternance, conduit par Abderrahmane Youssoufi, avait comme projet phare la réduction du train de vie de lEtat. Le mot dordre : baisser les salaires des hauts fonctionnaires que lon jugeait mirobolants. Le plus important aux yeux du gouvernement à lépoque était le principe de transparence. Chaque denier public devait être utilisé à bon escient, se plaît à répéter Fathallah Oualalou, ministre des Finances de 1998 à 2007.
Mais dans sa chasse aux coûts, le gouvernement Youssoufi est parfois tombé dans des économies de bouts de chandelle. Il avait par exemple émis une circulaire interdisant aux offices et aux entreprises publiques de verser des jetons de présence. Pourtant, il sagit de sommes qui dépassaient rarement les 5000 dirhams par an et qui étaient encaissées par des petites mains de différents départements gouvernementaux. Cette mesure avait dans un premier temps conduit à la désertion des conseils dadministration. Les fonctionnaires ne voyaient plus aucun intérêt à assumer une tâche supplémentaire sans contrepartie financière, raconte un ancien ministre. Et dajouter : Il aurait mieux valu sintéresser aux hauts fonctionnaires des Finances, qui représentent le royaume dans les conseils dadministration de fonds étrangers (ndlr, comme la Banque islamique de développement ou la Banque africaine, etc.) et qui encaissent des jetons de présence mirobolants à titre personnel.
Mais une des mesures-phares de lalternance reste lintroduction de la fameuse circulaire interdisant tout cumul de fonctions. Chaque haut responsable occupant plusieurs postes devait choisir une seule source de rémunération. Karim Ghellab a vécu cette situation entre 2002 et 2004 quand il était à la fois ministre de lEquipement et des Transports et directeur général de lONCF. Le ministre istiqlalien se rappelle, avec le sourire, quil avait préféré percevoir son salaire de cheminot, de 15 000 dirhams supérieur à celui de ministre de tutelle. Idem pour un Ali Fassi Fihri, patron à la fois de lONEP, de lONE et de la FRMF (Fédération marocaine de football) ou encore dAmina Benkhadra, à la fois ministre de lEnergie et directrice de lOffice des hydrocarbures.
Aujourdhui, laustérité budgétaire imposée par les socialistes semble avoir fait son temps. Demain, elle risque de ne plus représenter quun lointain souvenir. Comme nous lexplique ce syndicaliste du ministère des Finances, bien informé sur les fluctuations salariales des hauts fonctionnaires : Les nouveaux directeurs ont aujourdhui plus de latitude pour imposer leurs conditions de rémunération. Ce qui est quelque part légitime : quand on veut dénicher des profils pointus et les sécuriser en les empêchant daller voir ailleurs, il faut y mettre le prix
HOLDINGS
Mustapha Bakkoury
Caisse de Dépôts et de Gestion
130 000 DH nets /mois
Belle carrière publique que celle de Mustapha Bakkoury. Ce quadragénaire, qui a gravi les échelons dans la filiale bancaire de la BNP Paribas, a été porté en 2001 à la tête du plus grand établissement public de lEtat : la CDG. Plus de 200 filiales ou participations qui se trouvent sous la coupe de Bakkoury. En plus davoir redonné une nouvelle dynamique à cette institution, Bakkoury reviendrait nettement moins cher à lEtat que ses prédécesseurs. Avec un salaire de 130 000 dirhams seulement, ce lauréat des Ponts et chaussées arrive à peine à se frayer une place dans le podium des plus gros salaires de lEtat. Et malgré son prestigieux poste, il est resté aussi modeste que discret : sa voiture de fonction est une Peugeot 407 quil lui arrive souvent de conduire lui-même.
Driss Benhima
Royal Air Maroc
130 000 DH nets /mois
Ce polytechnicien a quasiment fait toute sa carrière dans la fonction publique. Il a dirigé lOCP, ensuite lONE, avant dêtre nommé ministre des Transports, de lEnergie et des mines au sein du cabinet Abdellatif Filali. Il a été également à la tête de la wilaya de Casablanca, mais aussi directeur de lAgence du Nord, première structure de développement régional. Autant dire que cet ingénieur est un fin connaisseur des rouages de la fonction publique, mais aussi de toutes les grilles de salaires de lEtat. Ses émoluments nont dailleurs pas cessé de faire le yoyo au rythme des fonctions quil a occupées. Mais en 2006, il réussit un atterrissage en beauté. En reprenant les rênes de Royal Air Maroc, il a su négocier le meilleur salaire de sa carrière : 130 000 dirhams, sans compter les suites mises à sa disposition dans les hôtels dAtlas Hospitality, la chaîne hôtelière de la RAM.
Anas Alami
Barid Al-Maghrib
80 000 DH nets /mois
Après avoir fait ses armes dans la finance (il était lun des actionnaires de la banque daffaires Upline Securities), Anas Alami opère en 2006 un revirement de carrière en devenant directeur général de Poste Maroc. Depuis, létablissement public voit grand : une transformation en société anonyme et une entrée dans la planète finance avec son projet de banque postale. Mais côté rémunération, Anas Alami est loin davoir gagné au change. Son salaire de 80 000 dirhams est inférieur à ses revenus du temps où il jouait aux golden boys. Mais peut-être bien que la transformation de Barid Al-Maghrib en société anonyme amènera une réévaluation de sa rétribution. Le salaire dun directeur de société anonyme est décidé par son conseil dadministration, et non par la Direction des entreprises publiques et de la privatisation du ministère des Finances, fait remarquer un syndicaliste.
Najib Laâraïchi
Holding dAménagement Al Omrane
60 000 DH nets /mois
Quand on interpelle un haut cadre du groupe Al Omrane sur le salaire de son patron, il ne comprend pas lintérêt de la question. Il préfère plutôt sattarder sur les réalisations du groupe, deuxième plus grand investisseur public après Autoroutes du Maroc. Cest quAl Omrane, avec sa quinzaine de filiales, est le fer de lance de la politique étatique en matière dhabitat, tous standings confondus. Lactuelle bonne santé financière du groupe est le résultat dun long processus dassainissement des anciens établissements publics (Erac, Anhi, Snec et Attacharouk). Son patron est un pur produit du ministère de lHabitat dont il était le secrétaire général pendant plusieurs années. Outre son salaire de 60 000 dirhams et une voiture de fonction, le président du directoire dAl Omrane ne dispose daucun avantage en nature. Même pas un logement de fonction.
Othmane Fassi Fihri
Autoroutes du Maroc
60 000 DH nets /mois
Depuis 1995, ce lauréat des Ponts & Chaussées officie à la tête dune des entreprises dEtat les plus emblématiques, Autoroutes du Maroc. Avant daccéder à ce poste, ce natif dEl Jadida en 1954 a roulé sa bosse au ministère des Travaux publics, au sein duquel il a mis en place le fonds routier national, structure de financement du programme des routes rurales. Côté rémunération, le patron des autoroutes, malgré son ancienneté (et ses nombreux relais Fassi au sein du gouvernement), est loin dêtre le plus gros salaire parmi ses collègues du département des Transports : à peine 60 000 dirhams, soit un salaire de ministre. Comme voiture de fonction, Othmane Fassi Fihri a opté pour un Hyundaï 4x4, pratique pour les visites de chantiers.
Mohamed Abdeljalil
MARSA Maroc
50 000 DH nets /mois
Cet ingénieur, directeur général de Marsa Maroc depuis la création de cette société anonyme, fin 2006, est un pur produit du ministère de lEquipement et des Transports. Au sein de ce département, il sest construit une réputation dhomme des réformes. Cest lui par exemple qui a mené les houleuses négociations avec lUnion Européenne pour laccord de lOpen Sky. Cest également lui qui a eu en charge la mise en place de la réforme portuaire ayant transformé lODEP (Office dexploitation des ports) en société anonyme. Il sera dailleurs promu à la tête de cette nouvelle entité avec un salaire de secrétaire dEtat. Pour lui non plus, pas de prime annuelle. Peut-être après la privatisation de Marsa Maroc sur laquelle il penche actuellement. Avec un peu de chance, il pourrait même garder son poste, mais en travaillant cette fois-ci pour le privé. Avec un salaire sans doute plus grand.
OFFICES
Mostafa Terrab
Office Chérifien des Phosphates
300 000 DH nets /mois
Formé à laméricaine (lauréat du prestigieux Massachussetts Institute of Technology), Mustapha Terrab est aussi fort dune longue carrière à linternational, aux Etats-Unis comme dans les pays du Golfe. Cest lhomme des dossiers épineux. En 1998, il a brillé à la tête de lANRT, réussissant le processus de libéralisation des télécoms. Sous Mohammed VI, il na pas hésité à claquer la porte avant de revenir en force en 2006, comme patron de lOffice chérifien des phosphates. Le plus vieil office du Maroc est maintenant transformé en société anonyme et, dans la foulée, Terrab négocie un salaire de rêve : 300 000 dirhams nets, soit 3 fois plus que ses prédécesseurs et surtout le plus haut salaire de la fonction publique. Bénéficiant dune villa de fonction au quartier dAnfa, il se déplace plus en Mercedes SLK quen Audi A8, ses deux voitures de fonction.
Ali Fassi Fihri
Office National de lElectricité ET ONEP
100 000 DH nets /mois
Le matin, il est à Rabat pour soccuper deau potable. Laprès-midi, il est à Casablanca pour gérer lélectricité du pays. Ali Fassi Fihri est un véritable acrobate de la fonction publique. Cest peut-être cela qui lui a valu, en plus, dhériter (depuis avril 2009) de la présidence de la Fédération royale marocaine de football, succédant ainsi au général Housni Benslimane. Une nouvelle mission pour laquelle cet ingénieur, qui figure parmi les fidèles du sérail, ne serait pas rétribué. Sa promotion à lONE en novembre dernier lui a déjà valu une augmentation de 20 000 dirhams sur le salaire qu'il percevait quand il nétait que simple patron de lONEP. Sa fiche de paie affiche aujourdhui le chiffre rond de 100 000 dirhams. Un peu plus, quand même, que ses cousins Fassi du gouvernement.
Mohamed Rabie Khlie
Office National des Chemins de Fer
75 000 DH nets /mois
Quand Karim Ghellab a été nommé, en 2002, ministre de lEquipement et des Transports, il a continué pendant près de deux ans à diriger lONCF. Cest dailleurs lui-même qui a choisi son remplaçant à ce poste, un de ses fidèles collaborateurs : Mohamed Rabie Khlie. Lauréat de lEcole Mohammedia des ingénieurs, Khlie a fait toute sa carrière à lOffice des chemins de fer. Il continue dailleurs sur la lancée de son ministre de tutelle : nouvelles rames, doublement des voies ferrées et extension du réseau national, sans parler du fameux projet de TGV, objet de nombreuses critiques. Khlie a gardé par ailleurs le même salaire que son prédécesseur : 75 000 dirhams nets par mois. En prime, la gratuité à vie pour les voyages en train
Comme tous les cheminots.
Abdelhanine Benallou
Office national des Aéroports
60 000 DH nets /mois
La modernisation des aéroports est plus que jamais une priorité pour le Maroc. Cest dans cette optique quen septembre 2003, le roi nomme un polytechnicien, Abdelhanine Benallou, au poste de directeur général de lOffice national des aéroports (ONDA). Le royaume, à lépoque en pleine campagne 10 millions de touristes, négociait un accord dOpen Sky avec lUnion Européenne. Il était alors urgent de concocter un programme dagrandissement des infrastructures existantes, en leur réservant un budget moyen dépassant un milliard de dirhams par an. Mais bien que le trafic aérien et les recettes aéroportuaires aient progressé, le salaire de Benallou na pas vraiment pris de laltitude. Depuis sa nomination, il perçoit une rémunération nette mensuelle de 60 000 dirhams et dispose dune berline française en guise de voiture de fonction.
FINANCES
Abdellatif Jouahri
Bank Al-Maghrib
250 000 DH nets /mois
Il a le titre de wali, mais son salaire na rien à voir avec les hauts fonctionnaires du ministère de lIntérieur. La rémunération du patron de Bank Al-Maghrib est lun des secrets les mieux gardés de la place. Même un ancien argentier du royaume, contacté par nos soins, na pu déterminer avec exactitude les émoluments de celui qui veille sur la politique monétaire du royaume, se contentant dune petite indication (Entre le salaire des patrons de banques publiques et celui des dirigeants de banques privées). De source interne à Bank Al-Maghrib, on assure que le salaire de Jouahri tourne autour des 250 000 dirhams par mois. Cela dit, depuis sa création, il était de coutume que le wali de la banque centrale fixe lui-même sa rétribution. Une situation qui a changé avec larrivée en 2003 de Abdellatif Jouahri, reprenant le flambeau de Mohamed Sekkat parti à la retraite.
Mohamed Benchaâboun
Banque Centrale Populaire
120 000 DH nets /mois
Cest une très belle promotion à laquelle a eu droit celui qui a été le gendarme des télécoms pendant 5 ans. Début 2008, Benchaâboun succède à Noureddine Omary en devenant PDG de la Banque centrale populaire. Forte de ses 2,5 millions de clients, la BCP est de loin le premier groupe bancaire public. Lune des premières décisions prises par le nouveau PDG est de revoir la grille des salaires. Il faut dire que dans la galaxie des institutions financières nationales, la Banque populaire, malgré son poids, nest pas connue pour gâter ses employés. A commencer par le président dont les émoluments, primes comprises, peuvent atteindre certains mois 400 000 dirhams. On est bien loin du niveau des banques privées dont les PDG flirtent avec le million de dirhams mensuels.
Ali Harraj
Crédit Immobilier et Hôtelier
120 000 DH nets /mois
Linformation est tombée en avril 2009. Khalid Alioua, ancien ministre socialiste, quitte ses fonctions de PDG du CIH à lissue de la réunion du conseil de surveillance de la banque. Il est remplacé par son adjoint, Ali Harraj. En 2002, Alioua, fort de son expérience au sein du cabinet Youssoufi, aurait négocié un salaire de 260 000 dirhams par mois, une petite prouesse pour une banque alors au bord de la faillite, et dont les malversations ont même fait lobjet dun rapport parlementaire accablant. Cinq ans plus tard, le CIH sest refait une santé, comptant même dans son tour de table lune des plus prestigieuses banques françaises, la Caisse dépargne. Si le nouveau patron garde pour le moment le salaire de second quil percevait jusque-là, la situation risque de changer dès quil aura fait ses preuves.
Hassan Boulaknadel
Conseil Déontologique des Valeurs Mobilières
75 000 DH nets /mois
En février 2009, le Conseil déontologique des valeurs mobilières (CDVM) change de directeur. Hassan Boulaknadel succède à Dounia Tâarji. Le nouveau gendarme de la Bourse a derrière lui une quinzaine dannées dexpérience dans la gestion dactifs financiers, notamment à la tête de BMCE gestion, appartenant à Othman Benjelloun. Côté rémunération, il est bien loin des standards fixés pour les cols blancs de la finance, dont il faisait partie, avec des primes frôlant parfois le million de dirhams. Au CDVM, son salaire ne dépasserait guère les 75 000 dirhams. Un montant légèrement inférieur à celui de Dounia Taârji. Côté avantages en nature, Boulaknadel se contente dune voiture de fonction de marque BMW et dune prime annuelle, mais dont le montant, là aussi, nest pas comparable avec les généreux bonus de Si Othman.
Noureddine Bensouda
Direction générale des impôts
70 000 DH nets /mois
Etre patron du fisc, cest quelque part être lhomme le plus puissant de léconomie du pays. Que ce soit vis-à-vis des entreprises qui tremblent toutes à lidée dêtre contrôlées un jour, ou encore vis-à-vis des pouvoirs publics dont les recettes fiscales sont la ressource numéro 1. Et qui dit recettes, dit forcément primes payées pour les hauts responsables des Finances. Les primes atteignaient plusieurs centaines de milliers de dirhams. Mais le passage des socialistes avec le gouvernement dalternance a changé la donne, relativise un cadre des Impôts. Peut-être. Aujourdhui, Bensouda se contente dun salaire de base de 30 000 dirhams, en plus de 40 000 dirhams de primes versés mensuellement. Il ne dispose pas de logement de fonction puisquil préfère habiter son appartement cossu du Haut Agdal, à Rabat.
Tarik Sijilmassi
Crédit Agricole du Maroc
65 000 DH nets /mois
Lui aussi est président de banque, mais elle nest pas de la taille de la BCP ou du CIH. Cest dailleurs une banque mal en point que ce lauréat de HEC Paris a intégrée en 2001. Mais aujourdhui, le Crédit agricole est devenu la pierre angulaire de la nouvelle politique agricole du pays et affiche une bien meilleure santé financière. Létablissement sest même permis le luxe de passer léponge sur les dettes accumulées par un million de petits agriculteurs. Dabord directeur général adjoint chargé du pôle clientèle, Sijilmassi a vécu de près toute la période de refonte de lancienne Caisse nationale du crédit agricole. Mais il y a encore du chemin avant que cette banque spécialisée ne joue dans la cour des grands. En attendant, le président se contente dune mensualité de 65 000 dirhams et dune Peugeot 607 de fonction.
Saïd Ibrahimi
Trésorerie Générale du royaume
50 000 DH nets /mois
Tous les chèques de lEtat passent par son parapheur. En 2003, Saïd Ibrahimi accède à ce poste en remplacement de lun de ses cousins, Mohamed Bernoussi. Ibrahimi avait géré de nombreux établissements publics, tel le Crédit agricole à la fin des années 1990. Aujourdhui, son salaire paraît moins intéressant puisquil est assimilé à un secrétaire dEtat avec une rémunération mensuelle de 50 000 dirhams (une Audi A6 pour voiture de fonction). Seule consolation, une prime annuelle dont le montant est jalousement gardé secret.
MEDIAS
Fayçal Lâraïchi
Société Nationale de Radio et Télévision
95 000 DH nets /mois
Cest Monsieur audiovisuel du nouveau règne. Dès 1999, il est nommé par le roi à la tête de la télévision marocaine. Pour éviter le conflit dintérêts, Lâraïchi a dû céder ses parts dans une des plus grandes sociétés de production du royaume, Sigma, dont cet ingénieur est lun des fondateurs. Cette entreprise sera valorisée à coups de millions de dirhams une dizaine dannées plus tard, avec lentrée du groupe de Benjelloun dans son tour de table. Dommage pour lui car, pendant de longues années, il na pas perçu plus de 50 000 dirhams par mois. Ce nest quaprès avoir été promu président du pôle audiovisuel public quil a été augmenté, grimpant à 95 000 dirhams. Côté avantages, rien dostentatoire : une voiture de fonction Audi A6.
Salim Cheikh
Soread - 2M
70 000 DH nets /mois
Printemps 2008, le changement tant attendu à la tête de la deuxième chaîne de télévision est opéré. Salim Cheikh, jusque-là directeur du Service autonome de publicité (SAP), devient le nouveau n° 1 de Soread-2M. Mais ce trentenaire nhérite pas pour autant de la position matérielle de ses prédécesseurs. Au lieu des 130 000 dirhams de Mustapha Benali, ou des 170 000 dirhams de Nourredine Saïl, Salim Cheikh a dû se contenter de 70 000 dirhams par mois. Il garde néanmoins quelques avantages offerts au directeur général de la chaîne de Aïn Sebaâ, comme lindemnité de logement et la berline de luxe (Audi A6) mise à sa disposition. Sauf quil ne dispose pas de la carte bleue émise sur le compte de 2M et qui chauffait à lépoque de ses prédécesseurs.
Ahmed Ghazali
Haute Autorité de la Communication Audiovisuelle
60 000 DH nets /mois
Selon le dahir instituant la HACA (Haute autorité de la communication audiovisuelle), son président a rang de ministre. A ce titre, il perçoit mensuellement un salaire de 60 000 dirhams. Ahmed Ghazali, ne bénéficiant pas de logement de fonction, habite sa propre villa située à Guich Loudaya à Rabat. Il dispose cependant dune Mercedes comme voiture de fonction. Les huit autres membres du Conseil supérieur ont pour leur part rang de parlementaires, et perçoivent un salaire de 36 000 dirhams. Pour ce qui est des émoluments du directeur général de la HACA, poste occupé actuellement par Mustapha Moussaïd, la rémunération se chiffre à 55 000 dirhams par mois. Moussaïd bénéficie également, au même titre que les autres fonctionnaires, dune prime annuelle équivalente à deux mois de salaire brut et ladministration met à sa disposition une Peugeot 607.
Ali Bouzerda
Maghreb Arabe Presse
50 000 DH nets /mois
Diriger lagence de presse officielle du royaume revient à bénéficier dun statut de quasi secrétaire dEtat. Ali Bouzerda, nommé en janvier 2009 à la tête de lagence MAP, au même titre que son prédécesseur Mohamed Khabbachi, jouit du salaire qui va avec : 50 000 dirhams. Un niveau légèrement supérieur à ce que percevait Bouzerda quand il occupait le poste de directeur dinformation de la télévision publique. Mais les avantages à la MAP sont nettement plus intéressants : une indemnité de logement équivalente au loyer de la villa de Hay Ryad à laquelle avait droit Khabbachi, mais aussi deux voitures de fonction (une Audi A6 et une Honda CRV). Autre à-côté intéressant : le patron de lAgence peut sillonner le monde, histoire de senquérir du fonctionnement des 19 bureaux MAP installés à létranger. En first class, bien entendu.
AGENCES
Saïd El Hadi
Agence Spéciale Tanger Méditerranée
80 000 DH nets /mois
Il pilote un des projets titanesques du nouveau règne. Le complexe portuaire Tanger Méditerranée, avec ses 250 hectares et ses dizaines de milliards de dirhams dinvestissements prévisionnels, est un chantier voulu par Mohammed VI. Pour sa réalisation, on est allé jusquà sortir des schémas classiques de ladministration. Une agence spéciale dotée des pleins pouvoirs a été donc créée en 2006. Sa direction a été confiée à Saïd El Hadi, un ingénieur de formation qui a longtemps roulé sa bosse dans le privé. Dans sa mission, il na pas le droit à lerreur : des visites royales sont régulièrement organisées pour superviser lavancée des travaux. Un stress pour lequel El Hadi est rémunéré 80 000 dirhams par mois. Seul avantage en nature : une Mercedes classe E. Pour les primes, il devra sans doute attendre que le port se mette à gagner de largent.
Azzedine El MountassirBillah
Agence Nationale de Réglementation des Télécoms
50 000 DH nets /mois
Selon le dahir instituant lAgence nationale de réglementation des télécoms (ANRT), son directeur a rang de secrétaire dEtat. Ainsi, Azzedine El Mountassirbillah, au même titre que ses prédécesseurs, perçoit un salaire de 50 000 dirhams. Un traitement que lon dit inférieur à son salaire à Maroc Telécommerce, quil dirigeait auparavant. Une information que lintéressé na pas voulu confirmer, se contentant de préciser quil ne bénéficie pas dun logement de fonction et quil roule en Audi A6, véhicule mis à sa disposition par ladministration. LANRT a permis pourtant à lEtat dencaisser son premier chèque dépassant le milliard de dollars en pilotant le processus exemplaire doctroi de la 2ème licence GSM. Cétait en 1999, du temps dun certain Mostafa Terrab.
Mohamed Lambarki
Agence de lOriental
50 000 DH nets /mois
Fin connaisseur des rouages de la fonction publique, ce lauréat de lEcole Mohammedia des ingénieurs commande lAgence de lOriental depuis sa création en 2006. Son passage à la wilaya de Tétouan, et auparavant à la tête du département de lHabitat sous le gouvernement Youssoufi, lui a donné un aperçu complet des besoins de cette région. Mais pour Lambarki, prendre les rênes de cette agence ne sest traduit que par une petite augmentation de salaire. Au même titre que les directeurs des autres agences de développement territorial (agences du Nord et du Sud), il a rang de secrétaire dEtat. Son salaire ne dépasse pas les 50?000 dirhams. Il bénéficie néanmoins dun véhicule de fonction : une Citroën C6. Son homologue Ahmed Hajji, directeur de lAgence du Sud, préfère, lui, la Peugeot 607.
Mohamed Jamal Benjelloun
Agence Nationale des Ports
50 000 DH nets /mois
Diriger une autorité portuaire nest pas une mince affaire. Mohamed Jamal Benjelloun ne le sait que trop. Celui qui était directeur des ports et du domaine maritime au sein du ministère de lEquipement pendant deux ans a mené toutes les négociations pour la mise en place de la difficile réforme portuaire. Cest donc tout naturellement quil hérite en 2006 de lAgence nationale des ports, organe gouvernemental de réglementation qui a sous sa tutelle les 18 quais du royaume. Ce super-fonctionnaire du département de Karim Ghellab perçoit un salaire de 50 000 dirhams. Il dispose, comme tout directeur dépendant du ministère de lEquipement, dune voiture de fonction avec chauffeur. Suffisant pour gérer tout le trafic portuaire du royaume ?
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Ministres, réveillez-vous !
Imaginez un peu cela : le salaire de ministre na pas bougé depuis 20 ans. Les propos sont ceux dun actuel membre du gouvernement El Fassi, qui ajoute que la fiche de paie sest même resserrée par rapport aux années 1990 : Lune des premières décisions prises par Abderrahmane Youssoufi a été de gratter 20 000 dirhams sur le salaire perçu par ses ministres. Il sagissait dune prime dite de la primature que le gouvernement de lalternance a sacrifiée pour donner lexemple en matière de réduction du train de vie publique.
Ils ne sont tout de même pas à plaindre
. Abbas El Fassi est aujourdhui payé 70 000 dirhams nets par mois, 100 000 si lon compte ses primes. Les ministres, eux, sont à 60 000 dirhams, les secrétaires dEtat à 50?000. Mais lEtat prend en charge le loyer, paie les factures deau et délectricité, et met à leur disposition deux voitures (et paie lessence), en plus de trois employés de maison.
Cela dit, ce que les ministres de Sa Majesté omettent souvent de déclarer, cest leur prime dinvestiture. Au moment de sa nomination, chaque heureux porteur de valise ministérielle perçoit 10?000 dirhams, le double pour le chef du gouvernement. Et rebelote quand il sagit de quitter leur poste. Mais cette fois-ci le bonus est plus conséquent : un minimum de 200 000 dirhams pour un secrétaire dEtat et un maximum de 320?000 dirhams pour un Premier ministre sur le départ. Qui a dit que les remaniements navaient rien de bon ?
Rassurons-nous, les ministres sont tous assurés de maintenir leur standing. Sils arrivent à rebondir dans un poste qui leur assure un revenu supérieur à 39?000 dirhams, tant mieux pour eux. Dans le cas contraire, lEtat leur assure ce niveau minimum. Sur les 300 ministres qui ont défilé depuis que le Maroc est indépendant, une centaine continuent toujours de toucher cette indemnité, confie une source au ministère des Finances.
Les walis et gouverneurs du royaume sont tout aussi choyés. Actuellement, un wali perçoit une rémunération nette de 45 000 dirhams, 15 000 dirhams de plus quun gouverneur. Sans parler des avantages en nature et toute la logistique de lagglomération à disposition. Cette nouvelle grille des hauts fonctionnaires de lIntérieur est en vigueur depuis linstauration, en novembre 2008, du dahir traitant du nouveau statut des agents dautorité. Ce qui a valu aux walis comme aux petits khalifas des augmentations de salaires allant de 5000 à 12 000 dirhams. Négocié en catimini par Chakib Benmoussa, le dahir royal qui a court-circuité le gouvernement et le parlement, a aussi engendré une crise politique. Car quand il sagit de salaire, tout le monde veut avoir son mot à dire
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