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De Karim Boukhari
Laissez Hassan II tranquille, svp !
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mohamed maradji
photographe (MHI)
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Antécédents
| 1939. |
Voit le jour à Casablanca, un 25 décembre |
| 1959. |
Effectue un stage à Paris à lagence photo de renommée mondiale Keystone |
| 1961. |
Crée sa première agence photo |
| 1962. |
Couvre, à Alger, la constitution du premier gouvernement de lAlgérie indépendante dAhmed Ben Bella |
| 1973. |
Accompagne les Forces armées royales au Sinaï (Egypte) pendant la guerre contre Israël |
| 1993. |
édite un nouveau livre sur la Mosquée Hassan II |
| 2006. |
Mohammed VI le décore Grand commandeur du trône |
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Le PV
Maradji aurait pu être acteur. Mais il ne joue pas. Emotif, affectif, il tape régulièrement du pied quand il veut appuyer une phrase, une idée. Et les larmes lui montent aux yeux quand vous abordez un sujet sensible : sa mère, les trois rois, sa vie, son art. Maradji marche à lémotion, il est sincère au point de vous supplier darrêter de fumer parce que vous auriez pu être son fils, parce que vous êtes un type bien, et parce que le tabac tue
Linterrogatoire étant un genre spécial, parfois difficile, lartiste, que tout le monde connaît mais qui parle si peu, sy est plié avec autant de soin que de perspicacité. Un peu comme il semploie, depuis plus dun demi-siècle, à écrire notre histoire. Mais à sa manière : en saisissant sur pellicule les instantanés qui font notre quotidien. Merci, chef.
Smyet bak ?
Mustapha Lahrizi
Lahrizi, comme la rue ?
Oui, oui, mais cela na rien à voir.
Smyet mok ?
Rkia Marrakchi
Nimirou dla carte sil vous plaît ?
B.44832
En 1956, vous étiez un photographe de rue qui faisait poser les gens pour un dirham. Aujourdhui , vous êtes le photographe des trois rois. Quel est votre secret ?
Il ny a pas de secret. Je suis un pur produit de lécole de la rue, de la vie, du travail et du sérieux. Cest mon université.
En janvier 2009, vous avez publié un livre de souvenirs en images. A bientôt 70 ans, vous envisagez de partir à la retraite ?
Pas du tout. Ce livre (50 ans de photographies, Maradji témoin de son époque) est simplement un témoignage, le mien. Cest un document dhistoire. Je suis content que le livre marche bien, puisque le premier tirage est déjà épuisé.
On vous a conseillé de faire limpasse sur certains événements, au moment décrire votre livre ?
Il ny a jamais eu de on dans cette histoire. Je suis un reporter photographe indépendant et jai toujours exercé dans une petite entreprise, la mienne. Jamais personne ne ma dicté quoi que se soit. Quand il marrive de livrer des photos à la presse marocaine ou internationale, je le fais dune manière responsable, toujours, sans jamais porter atteinte ni à mon pays ni à ses institutions.
Etant donné vos bons rapports avec le Palais, vous auriez pu être tenté doublier certains détails de lhistoire officielle...
Non, pas du tout. Dans ce livre de 750 photographies, il y a tout. En plus de mes trois rois, jai retenu aussi les clichés dopposants, de sportifs, dartistes, de leaders politiques. Sans parler des événements de Skhirat en 1971, du procès du complot de 1963, etc. Je le répète, ce livre est avant tout un document dhistoire. Sans impasse, ni censure.
Vous ne citez jamais le Polisario, qui fait pourtant partie de cette histoire. Pourquoi ?
Parce quil nexiste pas. Moi, je lappelle simplement lAlgesario, si vous voyez ce que je veux dire.
Racontez-nous votre première rencontre directe avec Mohammed V.
Cétait en janvier 1960, feu Mohammed V sapprêtait à partir en pèlerinage à la Mecque. Il a dit à Mehdi Bennouna, lun de ses conseillers?: Mon photographe est français, comment je vais faire pour me faire prendre en photo dans les lieux saints ?. Mehdi Bennouna a répondu : Jai la solution, Maradji. Cétait parti. Et cela dure encore
Il y avait une recette pour se faire apprécier et garder la cote auprès de quelquun comme Hassan II ?
Ecoutez, à lintérieur du palais royal, pour durer, il faut être loyal, fidèle et surtout discret. Cest en fonction de ces qualités que jai toujours été apprécié
Quelque chose à ajouter, peut-être ?
Oui. Hassan II me faisait confiance et me traitait avec beaucoup daffection parce quil ma vu travailler tout jeune, à lépoque de feu Mohammed V. Il savait bien doù jétais parti, avec mon appareil photo : des rues de Casablanca.
On dit que vous avez eu, une fois, des ennuis avec le Palais. Vous pouvez nous en parler ?
Non, je nai jamais eu dennuis. On a simplement essayé de me glisser des peaux de banane que jai réussi, Dieu merci, à soigneusement éviter. Depuis toujours dailleurs. Mais le plus dur, cest dêtre tout le temps efficace, vous savez
Nous le savons
On dit que vous êtes très attaché à votre mère, un Ould mou en quelque sorte
Oui, oui, vous pouvez lécrire. Mon père est décédé sept mois avant ma naissance. Cest ma mère qui ma élevé, elle est restée mon étoile et mon ange-gardien jusquà sa mort, en 2002. Elle me disait?: Tu as de la chance, tu es né le jour de Papa Noël, un 25 décembre.
Comment le capricorne que vous êtes a fini par se faire prendre en photo par Hassan II lui-même ? Il voulait vous montrer que même dans ce domaine, il était le meilleur ?
Mais non. Cétait à la veille de lannonce officielle de la Marche Verte, Sidna ma pris à part et ma dit : Il faut que lon te prenne en photo. Et il la fait lui-même. Si vous voulez en savoir plus, et voir de près la photo en question, je vous invite à acheter donc mon livre.
Evidemment, la photo ne pouvait être que magnifique. Non ?
Ecoutez, sil vous plaît, a oulidati (mes enfants) laissez cet homme tranquille. Cétait un grand et un géant de la géopolitique (il ny a quà voir comment ses funérailles, grandioses, ont drainé tous les grands du monde, venus spontanément lui rendre hommage), il mérite de reposer en paix.
Mais le roi défunt occupe toujours les esprits. Chez le citoyen lambda comme parmi ceux qui le côtoyaient : les anciens ministres, les conseillers
Comme vous dites. Mais, vous savez, jai aujourdhui 70 ans et je suis simplement écuré de constater parfois dans les publications des écrits inexacts, ou injustes, envers toute cette période de notre histoire. Une histoire qui doit être écrite par les historiens, les gens qui ont vécu cette époque.
Mais à travers vos témoignages, vos photos, vos confidences, vous participez à écrire cette histoire, disons, collective. Non ?
Bien sûr. Ce que je voulais dire, cest que Hassan II est mort, il nest plus ici pour répondre ou démentir. Beaucoup lui doivent leur fortune, leur carrière, ce sont ceux-là qui lattaquent aujourdhui effrontément. Tout cela nempêche pas décrire ou de parler de cette période intense, très spéciale. Mais il faudrait le faire avec précision et sérénité. Enfin, si on veut vraiment rendre service à lhistoire de notre pays. Et à son avenir.
Une dernière question : comment avez-vous vécu les attaques contre Hassan II, à Skhirat et dans le Boeing royal, en 1971 et en 1972 ?
Je le répète : il faut laisser tranquille ce grand roi, mais aussi ses compagnons, cest-à-dire ceux qui lont combattu politiquement, pacifiquement, intellectuellement. Eux, et lui, ont évité un naufrage certain à ce pays. Oufkir et dautres gradés ont mis au point un programme diabolique pour tenter dassassiner le roi et prendre le pouvoir, mais Dieu aussi avait son propre programme : rendons grâce à Dieu.
Monsieur Maradji, nous navons plus aucune question à vous poser.
Tant mieux. Alors au revoir et merci, mes enfants. |
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