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Par Fahd Iraqi
CDG. Bakkoury, solde de tout compte
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Mustapha Bakkoury,
décoré par Mohammed VI. (DR)
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Après huit années à la tête de la Caisse de dépôt et de gestion, Mustapha Bakkoury est démis de ses fonctions. Coulisses dun limogeage royal.
Samedi 13 juin. La nouvelle a fait leffet dune bombe : Mustapha Bakkoury nest plus directeur de la Caisse de dépôt et de gestion (CDG). Une dépêche de lagence MAP citant un communiqué du cabinet royal appose le sceau officiel à la décision. Tout le microcosme des affaires est pris de court. A commencer par Mustapha Bakkoury |
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lui-même. Il apprend quil est éjecté alors quil est en pleine cérémonie de remise de diplômes aux lauréats de luniversité Al Akhawayn à Ifrane, aux côtés dautres grosses pointures du monde des affaires. Bakkoury a disparu au milieu de la fête, laissant un trou dans la traditionnelle photo des diplômés sous la tribune où sont installés leurs parrains, nous raconte un lauréat dAl Akhawayn. Bakkoury aurait repris immédiatement la route vers Rabat, les pensées tournant à la vitesse de son Audi A8. Il se repasse probablement tous les détails de sa soirée de la veille. Une soirée passée à festoyer à la democracy party de son ami El Himma, au siège de son Parti authenticité et modernité, heureux vainqueur des communales du 12 juin. Rien dans lattitude de lami du roi ne laissait apparaître que Mustapha Bakkoury était sur la sellette. El Himma la raccompagné tout sourire jusquà sa voiture, nous rapporte un témoin.
Bons baisers de Paris
Bakkoury a pourtant bel et bien sauté. En fait, dès le milieu de semaine, les salons rbatis bruissaient déjà détranges rumeurs. Sa Majesté va écarter une grosse personnalité dans le milieu des affaires dès son retour de France, murmurait-on. Mais rares sont ceux qui auraient parié que la roue de linfortune allait sarrêter sur la case du patron de la CDG.
Le roi na même pas attendu son retour de la capitale française pour décider du remplacement de Bakkoury. Un fait qui pourrait confirmer la thèse selon laquelle la tête de Bakkoury aurait été réclamée au roi en France même. Il aurait tout simplement fait les frais de la bataille qui se joue sur lavenir du capital de Club Med, explique un connaisseur des connexions du business maroco-français. En effet, notre bonne vieille Caisse de dépôt et de gestion est un interlocuteur incontournable dans le tour de table du plus réputé club de vacances au monde, depuis quelle sest payé, en 2006, 10% du capital de Club Med. Une position stratégique dans la bataille boursière qui semble se profiler entre le PDG du groupe, Henri Giscard dEstaing, et Bernard Tapie, homme daffaires intéressé par le rachat de lentreprise. Sauf que la CDG semble avoir choisi son camp depuis longtemps. En avril, le PDG de Club Med avait fait le déplacement dans son village à la Palmeraie de Marrakech, pour faire une grande annonce aux côtés de son allié Bakkoury : les deux sociétés seront partenaires dans la construction dun nouveau complexe au Sénégal. Et la collaboration ne sarrête pas là : la CDG vient de mettre la main à la poche pour suivre une augmentation de capital et un emprunt obligataire décidés par le management de Club Med. Objectif : rendre compliquée toute tentative dOPA hostile de Bernard Tapie, un homme des réseaux de gauche quon dit proche de lElysée. Une frange du capitalisme français aurait-elle coûté à Bakkoury son poste ? En partie, probablement.
Contre-performances à linternational
Il nempêche, cette récente levée de fonds de Club Med a coûté cher à Fipar Holding, filiale offshore où la CDG loge ses participations à linternational. Près de 32 millions deuros ont été déboursés par la Caisse. Et le timing est loin dêtre favorable. Car la Caisse a déjà laissé des plumes dans cette participation. En 2006, Club Med cotait à 42 euros à Paris, aujourdhui il vaut moins de 10 euros. Ce sont donc les trois-quarts de linvestissement initial, estimé à 900 millions de dirhams, qui se sont évaporés, explique un analyste financier.
Ce nest pas seulement au club des bronzés que la CDG sest fait cramer. Avec leffondrement des Bourses mondiales, les participations dans le tour opérateur TUI ou encore dans Vivendi ont aussi fondu comme neige au soleil. On murmure également que CDG a perdu gros en misant dans le fonds de Bernard Madoff, le célèbre banquier daffaires américain dont le nom est associé à la plus grande arnaque financière de tous les temps. Suite à la découverte du pot aux roses, un audit a été commandé à un cabinet parisien. Le rapport qui vient de tomber récemment naurait pas été tendre avec Bakkoury, confie un proche de la CDG.
Ces contre-performances à linternational nexpliquent pas, à elles seules, le limogeage de Bakkoury. Il y a plusieurs semaines déjà, la publication des résultats 2008 de la Caisse avait mis au jour limpact de la crise. Les bénéfices ont baissé de 62% par rapport au résultat historique de 6,4 milliards de dirhams enregistré en 2007. Mais ce constat ne suffit pas pour éclipser toutes les réalisations de Bakkoury durant ces huit dernières années. La Caisse dont il a hérité en 2001 ne boxait pas dans la même catégorie quaujourdhui : le montant des dépôts est passé de 30 à 46 milliards de dirhams et les bénéfices, qui se limitaient à quelques centaines de millions de dirhams, ont dépassé la barre des 6 milliards. Même les versements à lEtat ont été triplés pour atteindre 600 millions de dirhams par an. La Caisse a dailleurs servi, à plusieurs occasions, de pompier pour éteindre le feu dans certaines entreprises étatiques. On retiendra notamment les montages financiers réalisés pour limiter les dégâts dans la BNDE, finalement revendue à la découpe, et le CIH, aujourdhui recapitalisé et assaini. Côté organisation, Bakkoury a apporté sa touche en modelant le portefeuille tentaculaire de la CDG autour de pôles et de holdings qui permettent une meilleure lisibilité de ses participations.
Exception faite du final surprenant, les huit années de Si Mustapha à la tête de la CDG ont été un long fleuve tranquille. Lingénieur est même passé docteur ès équilibrisme, histoire de se prémunir contre les guerres intestines qui peuvent opposer les hommes de pouvoir. Il ne refusait rien à Fouad Ali El Himma ou à Mounir Majidi. Même au plus fort de la guerre des clans qui opposait les deux proches du roi, le patron de la CDG n'a jamais tranché pour un camp ou lautre, explique un homme d'affaires. Et puis, le patron de la CDG ne semblait prendre aucune décision sans en référer en haut lieu. Il aurait dérogé à la règle récemment, en prenant de son propre chef des initiatives sur quelques opérations. Un changement dattitude qui naurait pas été du goût de certains.
Limogé sans les honneurs
Les versions sur le limogeage de Bakkoury se complètent donc plus quelles ne sopposent. Et la véritable raison, il se pourrait que lintéressé lui-même ne la connaisse pas. Subitement injoignable depuis quil est hors-jeu, sa version des faits reste inconnue. Mais il y a des signes qui ne trompent pas. Le fait que le communiqué du cabinet royal diffusé par la MAP névoque à aucun moment Mustapha Bakkoury, se contentant seulement dannoncer son successeur, montre quil nest pas en odeur de sainteté, décrypte un connaisseur du protocole. Pas dhommage, ni de pot dadieu et encore moins de décoration, le départ de Bakkoury ressemble plus à une disgrâce quà un remerciement. Mais, dans les salons rbatis, les paris sur son prochain point de chute sont déjà ouverts : certains le présentent comme le futur ministre des Finances, sous la couleur du PAM dans le probable remaniement ministériel ; dautres misent sur le poste de wali de Bank Al-Maghrib pour remplacer un Abdellatif Jouahri qui songerait à partir en beauté avant que la crise financière internationale nait plus dimpact sur le porte-monnaie du royaume; dautres encore le voient comme le futur remplaçant du conseiller royal Meziane Belfqih. En tout cas, il ny a pas à sen faire pour le futur de Si Mustapha. Il est brillant et bosseur. Sil ne rebondit pas au Maroc, ça sera à létranger, conclut une de ses connaissances. Cest tout le mal quon lui souhaite. |
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Anas Alami. Un financier dexception
Si le licenciement de Bakkoury est une surprise, le choix de son successeur ne lest pas vraiment. Anas Alami, jusque-là patron de Barid Al Maghrib, mérite bien une telle promotion. Ingénieur de lEcole Mohammadia et titulaire dun MBA de la prestigieuse New York University, ce quadragénaire a été (à lâge de 25 ans) co-fondateur dUpline Securities, une des banques daffaires les plus en vue. Dans les milieux boursiers, Alami simpose comme lanalyste financier le plus respecté de la place. Il a été porté par ses pairs président du conseil de surveillance de la société gestionnaire de la Bourse de Casablanca. Mais ce nest quen 2006 quil fait officiellement son entrée sur la scène publique avec sa nomination comme directeur de Barid Al Maghrib. Une consécration pour ce fils de postier, quil doit sans doute au coup de pouce de son ami denfance, Hassan Bouhemmou, le bras droit de Mounir Majidi, secrétaire particulier du roi. Mais Alami ne démérite pas. En 3 ans, il a apporté sa touche à Poste Maroc : les offres de produits financiers se sont nettement élargies, les performances se sont substantiellement améliorées et le projet de banque postale a été mis sur les rails. Bank Al-Maghrib vient dailleurs de délivrer son agrément à cette institution. Un agrément symbolique, vu que la poste na pas encore finalisé sa transformation en société anonyme. Le projet de loi pour cette mutation est dailleurs toujours bloqué au parlement sous la pression des syndicats, qui nont pas facilité la vie à Anas Alami depuis son premier jour de fonctionnariat. A la tête de la CDG, il sera plus entouré dingénieurs financiers surdiplômés que de facteurs syndiqués. Un terrain plus propice qui lui permettra dexercer tous ses talents. |
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