N° 378
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

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VIRUS H1N1. Le royaume grippé
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L'ACTU MAROC



Par Youssef Ziraoui

VIRUS H1N1. Le royaume grippé
(DR)

En une semaine, le Maroc, jusque-là épargné, a totalisé 8 cas de grippe porcine. Tandis que les autorités s’activent pour endiguer la maladie, la panique gagne du terrain.


Hôpital Moulay Youssef, Casablanca, à quelques encablures de la mosquée Hassan II. A l’entrée du bâtiment, un vigile, masque scotché sur le visage. “Ben oui, on ne sait jamais, on reçoit beaucoup de monde, des gens qui pourraient avoir chopé influenzat al khanazir…”, lance-t-il, sûr de son fait. Quittant l’établissement, des femmes portant
jellaba et voile, plaquent le capuchon de leur habit sur la bouche. Bref, ça stresse à bâbord. A l’intérieur, plus de journalistes que de médecins au mètre carré. Les caméras des deux chaînes nationales ont fait le déplacement, de même que la radio nationale. Une flopée de reporters a tôt fait de les rejoindre. La très officielle MAP (Maghreb arabe presse) est aussi de la partie.
La raison de cet attroupement ? Ce mardi 16 juin, Mohamed, 29 ans, atteint quelques jours plus tôt de grippe A (H1N1), ou grippe porcine de son petit nom, est autorisé à respirer l’air frais à nouveau, à 17 heures tapantes. Placé en quarantaine (chambre isolée et tout le toutim) depuis vendredi 12 juin, le jeune homme pimpant est invité à narrer ses péripéties lors de la conférence de presse organisée par le ministère de la Santé à l’occasion de sa sortie. “Là, je n’ai qu’une seule hâte, rentrer chez moi, faire un petit jogging, et surtout, prendre une bonne douche”, annonce-t-il d’entrée de jeu, sous le regard bienveillant du directeur de l’hôpital, Fouad Jettou, à moitié allongé sur une chaise, la cinquantaine, avec son air de Docteur House. Pressé par les sollicitations des médias, souhaitant immortaliser l’instant à coups de flashs, le Casablancais convalescent, chemise bleue et lunettes de vue rondes, oppose un niet catégorique : “Pas de photos s’ils vous plaît, j’insiste. Si vous voulez filmer, faites-le, mais prenez moi de dos, lance-t-il. Je tiens à rester discret”. On le comprend.

Symptômes suspects
Flash-back. De retour du Canada, mercredi 10 juin, Mohamed embarque dans le vol Montréal-Casablanca. Rien à signaler à l’arrivée. Le lendemain matin, se sentant fébrile, cet agronome s’administre “un cocktail de vitamines avant d’aller au bureau”. Coup de pompe une fois la nuit tombée : “Je me sentais de plus en plus mal, j’étais fiévreux”. Vendredi 12 juin, Mohamed reçoit un coup de fil du ministère de la Santé. Mauvaise nouvelle : un premier cas de grippe porcine au Maroc a été détecté chez une étudiante marocaine de 18 ans, résidant à Montréal et arrivée dans le même vol que lui. En pleine période d’incubation, la jeune fille a passé sans problème la barrière des portiques thermiques, censée repérer les voyageurs fiévreux. Mais, se sentant légèrement fatiguée, elle se fait ausculter par le médecin de l’antenne médicale de l’aéroport. RAS, mais le toubib lui “conseille de le contacter en cas d'apparition de symptômes suspects”, apprend-on du côté du département de Yasmina Baddou. Les symptômes ? Ceux d’une grippe classique, dite saisonnière : écoulement nasal, toux, fièvre, courbature, sensation de fatigue, etc.
Dès le lendemain, le jeudi 11 juin, le père de l’étudiante prend contact avec le médecin de l’aéroport, et lui fait part de l’état fiévreux de sa fille. Réaction immédiate. Le CHU Hassan II de Fès est informé et une ambulance de la Protection civile rapplique dare-dare au domicile parental de la patiente, escortée par un cortège de motos et de voitures de police. Pour la discrétion, il faudra repasser. Verdict du labo : la jeune fille est atteinte de grippe A (H1N1). A Fès, la nouvelle se répand comme une traînée de poudre. “Du coup, les gens ont peur d’aller à l’hôpital. Certains s’en sont même enfui, assure une source locale, d’autres refusent de serrer la main aux gens”. Alors que la première victime de la grippe porcine, ainsi que les membres de sa famille qui sont entrés en contact avec elle, sont mis en quarantaine pour une durée d’une semaine, le ministère de la Santé fait chauffer les lignes téléphoniques, contactant les passagers des vols Montréal-Casablanca, “pour s'assurer qu'ils ne présentent pas de symptômes de la maladie”.

Elle court, elle court, la maladie porcine
Mohamed, notre agronome casablancais, est l’un d’entre eux. “Vu mon état de santé et mon 38,5 de fièvre, j’ai commencé à me poser des questions. Le vendredi, j’ai décidé de me rendre à l’hôpital Moulay Youssef pour être fixé”, raconte-t-il. Six heures (de suspense) plus tard, laps de temps nécessaire pour obtenir les résultats des tests, les analyses sont formelles : Mohamed est lui aussi atteint de grippe A. Branle-bas de combat. Le jeune homme est prié de communiquer les numéros de toutes les personnes qu’il a pu approcher depuis son retour : amis, collègues et famille. “C’est la procédure, nous devons localiser et contrôler régulièrement l’état de santé de toutes les personnes entrées en contact avec un malade. D’ailleurs, nous avons aussi dépêché les responsables des délégations régionales du ministère chez tous les voyageurs qui ont été en contact avec des malades, soit près de 800 personnes, martèle Abderrahmane Benmamoun, du service épidémiologie au ministère de la Santé. La plupart des personnes visitées sont contentes qu’on s’occupe d’elles. Mais certaines rechignent à être contrôlés deux fois par jour”. Il reste des exceptions qui confirment la règle. Petite anecdote captée dans les couloirs de l’hôpital auprès d’un infirmier : plus tôt dans l’après-midi, un homme acheminé par la Protection civile de l’aéroport Mohammed V de Casablanca vers Moulay Youssef a carrément pris la poudre d’escampette en arrivant à l’hôpital.
Bilan des courses à l’heure où nous mettons sous presse : 8 cas de grippe A dans le plus beau pays du monde, jusque-là épargné par la pandémie qui s’est déclarée fin avril au Mexique, principal foyer de la maladie. Mohamed l’agronome, la jeune étudiante résidant à Montréal, une fillette de sept ans, arrivant elle aussi du Canada. Puis, un tir groupé, trois cas supplémentaires diagnostiqués dans la nuit du 15 au 16 juin : une mère de famille de 32 ans et son bébé de 19 mois, débarqués le 13 juin, avant d’être hospitalisés à Casablanca, et, enfin, une adolescente de 16 ans, arrivée le même jour par un vol en provenance des Etats-Unis, placée en quarantaine à Rabat.

Faut-il avoir peur ?
A mesure que les cas de grippe sont révélés, la panique gagne du terrain. Samedi 13 juin, un couple de seniors provenant de Hollande, venus bronzer sous le soleil marrakchi en passant par la case Sebta, ressent comme une petite baisse de forme. Les deux tourtereaux s’en ouvrent alors à un médecin de l'hôpital Ibn Zohr à Marrakech, et sont transférés dans la foulée au CHU de la ville. Après un séjour de 48 heures passé à huis clos, agrémenté d’une batterie de tests, le mari et la femme quittent l'hôpital Ibn Tofaïl de Marrakech. Même scénario dans la capitale économique. Pendant que l’Association marocaine des pilotes de ligne se répand dans la presse, réclamant la mise en place de portiques thermiques pour le personnel navigant, l’hôpital Moulay Youssef reçoit une hôtesse de l’air, puis une deuxième, arrivées dans un vol en provenance de New York. Le diagnostic tombe peu après : plus de peur que de mal. En début de semaine, panique également dans une école privée casablancaise. Après une fausse alerte à la grippe, des étudiants se sont rués vers la pharmacie la plus proche, pour acquérir des masques.
Mais, bonne nouvelle, le traitement administré -le Tamiflu, un antiviral utilisé contre la grippe- durant quatre jours et autant de nuits- a fait ses preuves. “Les deux patients atteints de grippe A, hospitalisés respectivement à Fès et Casablanca, sont totalement rétablis et quittent l'hôpital cette après-midi”, a annoncé mardi 16 juin le ministère de la Santé. “Juste après avoir reçu le traitement, je me sentais beaucoup mieux, nous confie Mohamed. Les symptômes se sont estompés dans la nuit. Dès le lendemain, je me suis remis au travail grâce à mon ordinateur et à ma connexion Internet”. Les autres, eux, continuent de recevoir leur traitement, en attendant leur sortie imminente.
Noureddine Chaouki, directeur du service des épidémies au ministère de la Santé, tient à rassurer son monde : “La grippe A tue moins que la grippe “normale”. A aujourd’hui, il y a 36 000 cas dans le monde pour 150 décès, soit un taux de mortalité de 0,5%, contre environ 2% pour la grippe saisonnière”. Tout irait donc pour le mieux dans le meilleur des mondes médicaux. Soit, mais pourquoi un tel battage médiatique ? Réponse de Hakima Himmich, chef du service des maladies infectieuses à l’hôpital Ibn Rochd de Casablanca : “Imaginez si la maladie se propage, l’Etat devra faire fermer les écoles, les lieux de travail, etc”. Le scénario-catastrophe. Et si la grippe porcine tue moins en proportion, elle se propage beaucoup plus vite. “Elle pourrait donc tuer plus de monde en valeur absolue, surtout dans les pays du Sud, un peu comme la grippe espagnole qui a fait 40 millions de morts le siècle dernier”. Cruellement arithmétique. Il y a quelques jours, l’OMS a déclenché le niveau 6, l’alerte maximale, car la grippe porcine joue désormais dans la cour des pandémies mondiales. Les statistiques de l’Organisation sont formelles : 163 pays touchés par le virus,
36 000 cas et 150 morts.

Mobilisation tous azimuts
On l’aura compris, la partie n’est pas encore jouée, loin s’en faut. Car elle court, elle court, la grippe porcine, faisant fi des frontières. “Il n’y avait aucune raison pour que le Maroc soit épargné. A cause des flux humains entre les pays, nous risquons d’importer d’autres cas”, prévient Noureddine Chaouki du ministère de la Santé. Et de nuancer : “Au Maroc, nous comptons bien confiner les malades et faire en sorte que le virus ne se répande pas. Ce qui est positif, c’est que notre système nous a permis de faire le point et de détecter rapidement les cas présents sur le territoire”. Le dispositif en question ? Une mobilisation tous azimus : un poste de commandement central, chapeauté par le général Housni Benslimane lui-même, qui coordonne l’action avec un comité interministériel de crise, et les postes de commandement préfectoraux. “Le Maroc est en état d’alerte, résume un proche de Yasmina Baddou. Nous organisons des réunions avec la ministre tous les jours”. Et plus on est de fous, plus on rit. Appelés en renfort, le ministère de l’Equipement et des Transports est chargé d’acquérir et de mettre en place les portiques thermiques, les gendarmes et la DGSN (Direction générale de la sûreté nationale) accompagnent les convois de médicaments et autres équipements, la Protection civile quant à elle achemine les cas “suspects” vers les hôpitaux, l’ONDA (office national des aéroports) filtre les flux aériens, tandis que l’ANP (Agence nationale des ports) garde un œil sur les frontières maritimes.
Tout ce beau monde ne sera pas de trop pour faire face au risque, avec le retour des MRE et l’arrivée des touristes. “Aujourd’hui, nous gérons un flux quotidien de 3000 à 4000 personnes. Dans quelques jours, ils seront 20 000. Autant dire que la tâche est rude”, soupire le docteur Belnmamoun de la direction du service des épidémies. Et de poursuivre : “A Sebta et Melilia, nous contrôlons entrées et sorties. A Tanger par exemple, le dispositif est complet : les thermomètres infrarouges relèvent la température des automobilistes, les piétons, eux, passent par les portiques. Bref, nous faisons de notre mieux”. Tout comme l’Arabie Saoudite, sur le pied de guerre à quelques mois du pèlerinage de La Mecque, qui devrait rassembler près de deux millions de musulmans. Un événement qui rime avec “hyperpromiscuité”, et où le risque de contagion s’accroît. Cité par l’agence officielle SPA, un haut responsable du ministère saoudien de la Santé, chargé des maladies infectieuses, Khalid al- Zahrani, a affirmé en substance que son ministère “renforçait ses services d'hygiène sanitaire et de contrôle de la maladie, sans pour autant imposer de restrictions à l'entrée des pèlerins”. Au Maroc, la perspective du Haj donne des sueurs froides à l’Etat-major du ministère de la Santé. Mais pour l’instant, on préfère s’en remettre à la méthode coué : “Inchaallah, argumente un membre de l’équipe Baddou, on gérera le Haj comme n’importe quel flux de voyageurs”. Amen.

Guide. Dix conseils contre la grippe
Garder son sang froid.
Consulter un médecin dès l’apparition de symptômes grippaux.
Contacter le ministère de la Santé.
Garder une distance d’au moins un mètre avec vos interlocuteurs si vous avez, ou s’ils
ont des symptômes grippaux.
Ne pas quitter son habitation en cas d’apparition de symptômes grippaux, ne pas
aller ni au bureau, ni à l’école, et éviter tous les endroits fréquentés.
Se couvrir le nez et la bouche avec un mouchoir jetable quand vous toussez ou éternuez.
Jeter les mouchoirs à la poubelle, sans les laisser traîner.
Se laver les mains à intervalle régulier, à l’eau et au savon.
Eviter accolades, embrassades, poignées de mains chaleureuses et autres câlins.
Ne pas se toucher les yeux, le nez, ou la bouche sans s’être lavé les mains.

La grippe A (H1N1) en chiffres :
8 cas de grippes porcines diagnostiqués au Maroc.
850 millions de dirhams débloqués par le gouvernement.
5 millions de masques acquis par le ministère de la Santé.
1 million de doses de Tamiflu stockées à l’hôpital militaire de Rabat.
500 000 à 1 million de vaccins commandés pour septembre 2009.
Près de 400 chambres équipées dans les 128 hôpitaux publics du pays.
26 portiques thermiques, 20 caméras thermiques et 100 thermomètres infrarouge.

 
 
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