N° 378
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

PROCHE-ORIENT. Netanyahou s’entête
L'ACTU MONDE



Par Nina Hubinet

PROCHE-ORIENT. Netanyahou s’entête
(AFP)

En réponse au président américain, le Premier ministre israélien a évoqué pour la première fois un “Etat palestinien”, tout en posant des conditions qui rendent impossible l’avènement d’un tel Etat.


C’était un discours très attendu. Comme celui que Barack Obama a adressé aux musulmans depuis le Caire, le 4 juin, ce discours de Benyamin Netanyahou, dimanche 14 juin, devait jeter les bases d’un nouvel effort de paix au Proche-Orient. Mais contrairement au président
américain, le leader israélien, qui prononçait son premier discours de politique étrangère depuis son arrivée au pouvoir en février, est loin d’avoir marqué le début d’une nouvelle ère. Il a plutôt officialisé la stagnation, sinon le retour en arrière, du leadership israélien actuel.
“Je dis aux Palestiniens ce soir : nous voulons vivre à vos côtés en relations de bon voisinage”, a commencé le premier ministre israélien, qui parlait depuis l'université Bar Ilan, près de Tel Aviv. Une entrée en matière encourageante, introduction idéale avant de prononcer les mots d’“Etat palestinien”, que l’administration Obama attendait fébrilement. Pour le chef du Likoud, le parti de droite israélien, il s’agit d’une première, puisqu’il avait toujours refusé par le passé d’accepter la notion même d’un Etat palestinien souverain, en contradiction avec son idéologie. Au cours de la campagne électorale de février, il préférait parler d’une entité palestinienne autonome économiquement.

Petits pas en avant
Cette déclaration ne constitue pas une avancée en soi, puisque les prédécesseurs de Netanyahou avaient depuis longtemps accepté la création d’un Etat palestinien. “Bienvenue, Monsieur le premier ministre, au XXème siècle. Le problème, c'est que nous en sommes déjà au XXIème”, a ainsi commenté le journaliste Ben Caspit dans le quotidien israélien Maariv. Mais du point de vue de Netanyahou, ces deux mots constituent effectivement un petit pas en avant, et prouvent que l’action d’Obama n’est pas sans effet. “Le simple fait que Benyamin Netanyahou se soit senti obligé de prononcer un discours parlant d’un Etat palestinien montre que les pressions américaines sont efficaces”, analyse Jeremy Bowen, spécialiste du Moyen-Orient, sur le site de la BBC.
Après avoir prononcé cette “formule magique” destinée à s’éviter les foudres de Washington, le chef du gouvernement israélien a posé plusieurs conditions : que cet Etat palestinien soit démilitarisé et ne puisse pas contrôler son espace aérien, que les réfugiés palestiniens ne puissent pas revenir en Israël, et que “les Palestiniens reconnaissent de façon sincère et publique qu'Israël est le pays du peuple juif”.
Or aucun dirigeant palestinien ne peut accepter de telles conditions. L’appel à la reconnaissance du caractère juif d’Israël pourrait, à terme, devenir une menace pour les Arabes israéliens, qui forment un cinquième de la population du pays. En vertu de ce principe, ils pourraient être sommés de quitter Israël si un Etat palestinien était effectivement créé. “Il a employé les mots “Etat palestinien” mais, en fait, il veut un protectorat israélien”, a réagi Yasser Abed Rabbo, un proche collaborateur de Mahmoud Abbas. A Gaza, le Hamas a dénoncé le “racisme” de Benyamin Netanyahou. Washington a, en revanche, salué un “important pas en avant”, probablement pour ne pas jeter de l’huile sur le feu.

Jeu d’équilibriste
Mais en privé, les proches de Barack Obama ont dû grincer des dents. Sur la question essentielle des colonies de Cisjordanie, où vivent près de 300 000 Israéliens, Benyamin Netanyahou n’a pas tenu compte des déclarations américaines exigeant leur gel immédiat. Il a certes affirmé ne pas souhaiter “faire construire de nouvelles colonies”, mais a également exclu toute interruption des constructions dans les colonies existantes au nom de leur “croissance naturelle”. De même, le premier ministre israélien a réaffirmé que Jérusalem resterait la capitale de l’Etat hébreu, alors que les Palestiniens revendiquent Jérusalem-Est comme capitale de leur futur Etat. Ces déclarations sont sans surprise : à la tête d’une coalition qui comprend à la fois les travaillistes et l’extrême-droite religieuse, Benyamin Netanyahou ne tient pas à mettre en péril sa majorité en froissant ses membres les plus à droite. “Je suis fier du haut degré de sionisme dont a fait preuve le Premier ministre. Il n’a pas mentionné d’évacuation ou de gel des implantations. J’espère que cela signifie que nous pourrons continuer à construire”, a ainsi déclaré Pinchas Wallerstein, le président de Yesha, l’organisation représentative des colons israéliens.
Pourtant, le jeu d’équilibriste de Benyamin Netanyahou ne pourra pas durer éternellement. Barack Obama n’est probablement pas prêt à lâcher du lest sur la question des colonies. Il perdrait aussitôt la crédibilité qu’il est en train de gagner auprès des populations arabes de la région. Et les Etats-Unis ont de réels moyens de pression sur Israël : l’aide financière et militaire américaine est vitale pour l’Etat hébreu. “Vu l’aspect hétéroclite du gouvernement actuel, aucune décision importante ne pourra être prise”, rappelle Barah Mikaïl, spécialiste du Moyen-Orient à l’Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS), à Paris. La solution passe donc, peut-être, par de nouvelles élections en Israël. Une opportunité qui pourrait bien surgir avant la fin de l’année, étant donné l’instabilité chronique de la vie politique israélienne.

Zoom. Des livres israéliens bientôt publiés en Egypte
C’est ce qui s’appelle un virage à 180 degrés. Farouk Hosni, ministre égyptien de la Culture depuis 22 ans et candidat à la présidence de l’Unesco, vient d’autoriser la traduction d’écrivains israéliens en Egypte. Des auteurs proches du camp de la paix, comme Amos Oz et David Grossman, sont pressentis. L’année dernière, face à un député égyptien dénonçant la présence de livres israéliens à la bibliothèque d’Alexandrie, Farouk Hosni avait juré qu’il “brûlerait lui-même tous les livres israéliens” s’il en trouvait dans les bibliothèques égyptiennes. Ce revirement s'inscrit dans la campagne de réhabilitation de Farouk Hosni : des intellectuels juifs, dont le prix Nobel de la paix Elie Wiesel, avaient réclamé le mois dernier le retrait de sa candidature à l’Unesco. Depuis, le ministre égyptien a fait paraître une tribune dans Le Monde, affirmant qu’il regrettait solennellement ses propos. En Egypte, la décision de publier des auteurs israéliens a été très critiquée : malgré les accords de paix de 1979, le pays refuse d’entretenir tout lien culturel avec l’Etat hébreu tant que le conflit israélo-palestinien n’est pas résolu.

 
 
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