N° 378
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Karim Boukhari


k.boukhari@telquel.info (DR)

Elephant man
Quand Abbas El Fassi déclare à nos confrères d’Aujourd’hui le Maroc qu’il porte la même montre depuis 40 ans, il nous offre, peut-être sans le savoir, une métaphore qui résume parfaitement ce qui vient de se passer le vendredi 12 juin. Comme la montre de Si Abbas, le jeu politique, dont le trot est un peu éléphantesque, est le même depuis 40 ans. Le PAM de Fouad Ali El Himma, vainqueur sans surprise des communales, porte en lui les germes de deux grands partis administratifs : le FDIC de 1963 et le RNI de 1978. Comme le FDIC, il est né pour défendre l’institution monarchique et contrer la menace
hégémoniste (hier Istiqlal – UNFP, aujourd’hui PJD). Comme le RNI, il a rassemblé des notables, des sans appartenance politique et des transhumants conduits par un proche du roi (hier Osman beau-frère de Hassan II, aujourd’hui El Himma intime de Mohammed VI). Le PAM n’a pas fait moins bien que ses deux modèles : le parti cocotte-minute a tout raflé dès sa venue au monde. Qui dit mieux ? La métaphore involontaire de Abbas El Fassi fera sans doute plaisir aux adeptes de l’immuabilité et à tous ceux pour qui il ne sert à rien de courir, ni même de bouger. Elle renvoie un peu à une phrase célèbre, celle de Mohammed VI, déclarant, lors de l’une de ses premières et seules interviews : “J’avance au rythme du Maroc”. Un rythme, d’ailleurs, qui nous inspire le conseil suivant : Si Abbas, vous pouvez garder votre montre pour les 40 années à venir.


Pour le lait
Reçu cette semaine le nouveau livre de notre ami Jaouad Mdidech (Vers le large, Ed. Marsam), journaliste à La Vie Eco et ancien détenu politique. Je vous lis un passage de la dédicace : “Un autre témoignage romancé où il y a un peu de liberté et quelques gouttes de lait”. C’est exactement de cela qu’il s’agit. Comme pour La Chambre noire, son premier livre, adapté au cinéma par Hassan Benjelloun, Mdidech romance légèrement la vie carcérale sous les années de plomb. Et adopte cette fois le ton doux amer de la chronique, d’où l’indispensable petit lait comme compagnon de route. Le livre, écrit comme un long drink, est tourné autour de la reconstruction d’une personne au lendemain de sa libération. Il nous rappelle joliment que la littérature carcérale a de beaux jours devant elle. Le filon n’est pas épuisé. Et la torture n’est plus le seul angle de narration possible. Demain des auteurs oseront sans doute briser un autre tabou lié aux années de plomb : les rivalités et les petites guerres personnelles entre camarades de détention. Raconter l’après, ou le pendant, mais autrement, parler de l’autre torture (les autres), cela s’appelle aller de l’avant et donner la preuve d’une grande maturité intellectuelle. On y arrivera…


Monsieur le maire
Parmi les prochains maires qui vont gouverner nos villes, il faudra sans doute compter de nouveau sur l’Istiqlalien Hamid Chabat. Il est terrible, celui-là. Le maire sortant et bientôt rentrant de Fès a dégoûté Lahcen Daoudi du PJD, poussé à Rabat. Et il nous dégoûte tous, de plus en plus, avec ses sorties dont le moins que l’on puisse dire est qu’il vaut mieux les prendre au deuxième degré. Ce monsieur a chassé Abderrazak Afilal du syndicat de l’UGTM. Il a fait de Fès sa chose, qui lui obéit au doigt et à l’œil. Ce n’est pas un problème. L’ami Chabat est puissant, au point que sans lui, il est probable que Abbas El Fassi n’aurait jamais été porté, une nouvelle fois, à la tête de l’Istiqlal. Ce n’est pas, non plus, un problème. Maintenant, quand Chabat donne de la voix, il vaut mieux s’abriter derrière un mur de son. Je vais vous traduire un petit passage de l’interview, proprement renversante, que monsieur le maire de Fès vient d’accorder à Akhbar Al Yaoum, dans l’une de ses éditions de la semaine. Il déclare, en évoquant Abdelilah Benkirane du PJD : “Le Fassi est de nature poli et respectueux de l’autre, mais Benkirane n’a pas bu l’eau de Moulay Driss”… Vous pouvez deviner la suite : toujours selon Chabat, si Benkirane n’est pas un “bon”, alors qu’il est fassi, et censé être exemplaire, c’est qu’il n’a pas bu l’eau de Moulay Driss, la source locale. Bon, bon… Benkirane et tous les Fassis n’ont pas besoin qu’on prenne leur défense. Quant à Chabat, on le prendra toujours avec les pincettes et le deuxième, ou trente-deuxième, degré. Au sujet de Fès, de Moulay Driss, de Ben Barka, de tout, et de rien, oui, c’est vrai, monsieur le maire nous fait rire.

 
 
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