Mon royaume pour un enfant
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A la Une du Matin, 9 lignes sur le limogeage de Bakkoury, un quart de page sur les élections
et 8 colonnes sur la fête de fin dannée scolaire de Moulay Hassan, 6 ans !
Dimanche 14 juin, journal télévisé principal de la première chaîne nationale. En ouverture, la cérémonie de fin dannée scolaire à lécole princière, annexe éducative du palais royal. Ça commence par la retransmission intégrale du discours prononcé par lhéritier du trône, Moulay Hassan, 6 ans, devant son auguste papa (extraits de cette
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indispensable allocution : Majesté, père, je caresse votre main bénie et vous souhaite la bienvenue à cette cérémonie (
) Au cours de cette année, jai déployé aux côtés de mes camarades des efforts soutenus (
dans) lassiduité et la persévérance (
) pour davantage dapprentissage et dacquisition de connaissances). Puis ça continue par un spectacle de chant et de danse, suite de charmantes saynètes notamment intitulées : Je suis un jeune garçon, Les lettres de lalphabet, La jument de Michou, et Je suis content. Et ça se termine en apothéose par la distribution des prix : au petit prince, le prix dexcellence, à ses camarades de classe, quelques accessits, et à sa petite sur la princesse Lalla Khadija, 2 ans, le
prix de linnocence propre (Je donnerais cher pour savoir ce que ça veut dire). Tout cela a été, comme de juste, intégralement rapporté par lagence de presse officielle MAP, pour occuper dès le lendemain la moitié de la Une du Matin du Sahara, gros titre sur 8 colonnes à lappui. Sur la photo accompagnant larticle, on voit en arrière-plan le ministre de lEducation nationale Ahmed Akhchichine (qui, notons-le, ne joue absolument aucun rôle dans le fonctionnement de lécole princière), et même le Premier ministre Abbas El Fassi, souriant jusquaux oreilles pendant que le jeune héros de la soirée fait un bisou à son papa.
Un jour plus tôt, pour ceux qui suivent (le reste de) lactualité, le parti de lIstiqlal présidé par El Fassi venait dêtre supplanté par le PAM, formation très controversée de son cauchemar n°1 Fouad Ali El Himma. Quant à Akhchichine, il est depuis une semaine au cur dun imbroglio politique dantesque : représentant au gouvernement dun parti dopposition, il a annoncé le gel de son appartenance au PAM (ce qui ne veut rien dire), tout en restant un des premiers lieutenants dEl Himma. Tout cela mérite, pour le moins, explications. Mais ne comptez pas sur Le Matin pour vous les donner contentez-vous plutôt du quart de page consacré ce jour-là, en Une du quotidien du Palais, aux élections qui font encore haleter le royaume.
Le limogeage sec de Mustapha Bakkoury, PDG de la Caisse de dépôt et de gestion, le bras financier de lEtat (plus de 60 milliards de dirhams entre chiffre daffaires, dépôts et consignations) na eu droit, lui, en Une du Matin toujours, quà une dépêche MAP de 9 lignes. Et sans que le nom de Bakkoury ne soit cité une seule fois. Rien non plus, évidemment, sur les raisons de ce licenciement signé Mohammed VI, qui a sonné comme un coup de tonnerre dans les milieux financiers du royaume. A tel point que le très sérieux LEconomiste, généralement en pointe sur ce type dinformations, sest retrouvé à pronostiquer la future nomination de Bakkoury (par Mohammed VI) à la tête de la Banque centrale ou
au poste de Premier ministre !! Et il y en a qui protestent encore, quand on parle du pouvoir absolu ou de la politique du bon plaisir de Sa Majesté
Sa Majesté, elle, sait ce qui lui fait plaisir : mettre en avant les atouts précoces de sa royale progéniture, dans les médias officiels. Cest vrai que Moulay Hassan est appelé à être roi du Maroc, dans un futur lointain. Est-ce une raison pour que sa réussite au CP soit la première info jugée digne dêtre détaillée à des millions de Marocains, en ce lendemain de week-end électoral (et de séisme dans les milieux financiers) ? Linsupportable hiérarchisation de linfo officielle (en gros : après les Alaouites, le déluge), qui perdure depuis bientôt un demi-siècle, est une émanation directe du protocole royal. Et une manifestation éclatante de linfantilisation dans laquelle on maintient volontairement les Marocains. Et avec ça, on leur reproche de se désintéresser de la politique
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