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De Hassan Hamdani
Je suis dandy mais je me soigne
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Hossein Tallal
Artiste-peintre (DR)
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Antécédents
| 1942. |
Naissance à Chtouka |
| 1967. |
Première exposition à Paris |
| 1974. |
Expose au Musée d'Arts moderne de Paris |
| 1982. |
Ouvre la galerie Alif Ba |
| 2002. |
Sa mère Chaïbia reçoit la médaille d'or de la ville de Paris |
| 2004. |
Décès de Chaïbia |
| 2009. |
Expose à Rabat |
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Le PV
Hossein Tallal est intarissable sur Chaïba. Il vous avouera tout sur sa mère à la manière d'un Pedro Almodovar. A une exception près, mais de taille. Il bafouille, regarde dans le vague, sent la petite larme monter au coin de l'il dès qu'il s'agit de parler de sa mort et de la douleur toujours à vif. C'est le fardeau des fils uniques qui ont perdu leur père jeune. N'avoir plus qu'un seul être à chérir, être en symbiose avec lui, addicted à l'amour maternel. Dans le cas de Tallal, c'est maladif, passionnel, au point de mettre sa carrière de peintre entre parenthèses pour gérer celle de sa mère. Il y a peut-être de l'dipe dans l'affaire, du business sans aucun doute. Mais surtout un dévouement sans faille.
Smyet bak?
Hassan Ben Mohamed
Smyet mok?
Chaïbia Bent Daoui
Nimirou d'la carte
Je ne le connais pas par cur.
Vous avez été artiste à Paris dans les années 1960. Ce n'est pas l'image qu'on a des arabes en France dans ces années-là.
C'est vrai. Grâce à l'aide du peintre Cherkaoui, j'ai exposé en plein quartier latin, chose rare pour un arabe à l'époque. Pour les critiques d'art, il y avait deux Marocains à Paris : lui et moi.
C'était la bohème ?
Je fréquentais La Coupole à Montparnasse, là où se réunissaient beaucoup de peintres dans les années 1920. J'ai connu Serge Gainsbourg à cette époque-là. Il écrivait déjà pour Brigitte Bardot, mais ce n'était pas encore une star. Chez lui, je tapotais sur son piano un morceau d'Eric Satie sans qu'il n'y trouve à redire. Il m'écoutait gentiment sans m'envoyer bouler.
De retour au Maroc, Casablanca a dû vous sembler provinciale.
Paradoxalement, les artistes vivaient mieux au Maroc qu'à Paris. Nous avions au moins la possibilité de vendre quelques tableaux pour 2000 ou 3000 dirhams. En France, des créateurs de talent étaient obligés de se maquer avec de vieilles nanas pour vivre.
Cherkaoui vous a filé un coup de main à Paris. Pour vous, il y a toujours autant de solidarité entre peintres marocains ?
La solidarité a laissé place à une jalousie morbide qui s'est développée au travers de réseaux et de chapelles. Le marché de l'art est en plein boom au Maroc, il y a désormais des enjeux financiers qui n'existaient pas dans les années 1960 et 1970.
Phénomène de mode ou véritable goût pour l'art ?
Je ne cracherais pas dans la soupe car il faut regarder le bon côté des choses. Mohammed VI a donné un coup de fouet à l'art marocain en s'intéressant aux artistes locaux. Aujourd'hui, cet engouement permet à des peintres de vivre, alors qu'un Cherkaoui, tout talentueux qu'il fut, est mort parce qu'il n'avait pas d'argent pour se payer des médicaments.
A vous écouter, il crevait de faim
A Paris, je lui demandais de m'acheter juste deux tomates et un peu de pain. Il m'a emmené un jour au marché pour me montrer le prix des tomates. C'était trop cher pour son maigre budget. Il m'a déclaré qu'à l'avenir je mangerais du tagine, tout comme lui, car c'était moins onéreux.
Comment a-t-on découvert le talent de peintre de feu votre mère Chaïbia ?
Le célèbre critique d'art Pierre Gaudibert est venu au Maroc pour voir mes travaux. Nous dînions chez ma mère qui lui a présenté des bouts de cartons où elle avait peint des motifs de tapis. Elle avait utilisé pour cela de la vulgaire peinture pour bâtiment achetée à Bab Marrakech. Pierre Gaudibert, interloqué, m'a annoncé que ma mère serait un grand peintre. Il ne fallait surtout pas le lui dire, mais la laisser tranquille pour ne pas abîmer sa spontanéité.
Quel est le plus beau compliment qu'on ait fait à votre mère ?
En 1966, lors de la première exposition de Chaïbia au Goethe Institut, une artiste allemande lui a déclaré: "Madame, vous êtes une sauvage de la peinture?!" L'artiste avait eu maille à partir avec les Nazis qui l'ont accusée de faire de "l'art dégénéré". Dans sa bouche, "sauvage" était un compliment.
Vous pensez quoi de ces ouvertures de galeries à tout va à Marrakech ?
Le marché de la peinture étant devenu rentable, des gens se sont lancés dans ce business. Mais c'est un métier auquel ils ne connaissent rien. Ils auraient pu tout aussi bien ouvrir une mahlaba. La mode des galeries me rappelle l'expression concernant les cafés. A Casablanca, entre un café et un café, on trouve un café. A Marrakech, entre une galerie et une galerie, on vous case une galerie.
Vous avez été dandy dans les années 1970. Pantalon pattes d'éléphant et col pelle à tarte ?
C'était la mode à l'époque. J'organisais des soirées où je portais des smokings blancs, tandis que les femmes devaient venir en robes de soirée. Les réceptions se déroulaient dans mon grand atelier aménagé comme un loft, un pianiste jouait pour mes invités toute la nuit. C'était un lieu unique à Casablanca où faisaient escale tous les artistes de passage au Maroc. Un jour, c'était Georges Moustaki, un autre Abdelhalim Hafez.
Rien d'excentrique, au fond.
J'avais une seule petite coquetterie. Je mettais des grosses baskets avec mes smokings quand je sortais en boîte.
Et il y avait foule à vos soirées mondaines ?
Tous les artistes marocains. De Farid Belkahia à Edmond Amran El Maleh en passant pas Nass El Ghiwane et Tayeb Seddiki. Cela dit, Casablanca était un village et les créateurs ne couraient pas les rues. Par la force des choses, tout le monde se connaissait.
Et ça devait vous coûter cher en petits fours et champagne ?
Oui. Je suis d'ailleurs toujours locataire, alors que j'aurais pu faire fortune en investissant dans l'immobilier comme tout le monde. J'avais des amis étrangers très fortunés qui m'aidaient aussi.
Dépenser sans compter, c'est une revanche sur votre passé de pauvre ?
Oui, tout à fait. J'ai grandi sans eau ni électricité, avec le strict minimum. Mais moi c'est rien, ma mère était encore plus dépensière (rire). Elle distribuait de l'argent à tout le monde. A Paris, Chaïbia a donné un billet de 100 francs à une inconnue. Une amie lui a conseillé de garder son argent, ma mère venait de faire l'aumône à la femme la plus riche du Brésil.
Vous étiez un tombeur paraît-il.
J'ai toujours été assez sage en vérité. Je ne siffle pas les filles dans la rue.
On ne parle pas de la drague à deux balles, mais de votre réputation de séducteur
Oui, ça c'est vrai.
C'est court comme aveu.
Oui, très court même (rire).
Pour parfaire le tableau, en plus des jolies filles, vous aimez les belles voitures.
Je les collectionne. J'en ai encore quelques-unes, mais elles ne roulent plus. Je n'arrive pourtant pas à m'en séparer. Je ressemble à ce pharaon mort à 18 ans et qu'on a enterré avec tous ses objets. Je vais finir comme lui, six pieds sous terre avec mes voitures qui ne marchent plus.
Pourquoi êtes-vous si discret sur votre âge ?
Je vous répondrais comme ma mère quand les journalistes lui posaient la question. Vous êtes venu m'interviewer ou me demander en mariage ? (rire) |
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