N° 378
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

INTERVIEW. Le Maroc, l’Amérique, etc.
GALERIE. La dame de l'art
LE MAG CULTURE



Abla Ababou

GALERIE. La dame de l'art
Aïcha Amor et Aziz
Daki : elle et lui ont monté
l’Atelier 21. (Atelier 21)

A la tête de L’Atelier 21, à Casablanca, Aïcha Amor veut développer un véritable marché de l’art marocain contemporain. Rencontre.


“J'ai la plus haute idée, et la plus passionnée, de l'art. Bien trop haute pour consentir à le soumettre à rien. Bien trop passionnée pour vouloir le séparer de rien”. Aïcha Amor semble avoir adopté ces propos d’Albert Camus. Après avoir dirigé durant plus de vingt ans la communication de la Société Générale et participé à la constitution de l’une des plus belles
collections institutionnelles d’art plastique du pays, la dame a définitivement attrapé le virus de l’art. Avec son associé, le journaliste et critique d’art Aziz Daki, Aïcha Amor a ouvert, en octobre 2008, la galerie casablancaise L’Atelier 21 et s’est promis de participer à la structure du paysage artistique marocain. Pari réussi, le lieu est devenu incontournable pour les amateurs d’art et affiche déjà près de six expositions, à raison d’une par mois. Les toiles et sculptures de la star Mahi Binebine ont inauguré en grande pompe la galerie. Par la suite, les œuvres de Mustapha Boujemaoui, Tibari Kantour, Ahmed Amrani, Safaa Erruas, Jamila Lamrani et Khalid El Bekay, ont investi cet espace de 200 m2. Mais le rôle de la galerie ne semble pas s’arrêter là, nous apprend Aïcha Amor : “Nous n’en sommes qu’à nos débuts. Notre but est également d’offrir des services comme la constitution de collections privées ou publiques, conseiller le mécénat d’entreprise, expertiser des œuvres d’art et surtout parvenir à promouvoir les artistes marocains à l’étranger”. Des ambitions louables mais qui exigent encore bien du travail comme l’explique Mahi Binebine : “Dans les pays occidentaux, un artiste vivant a le droit de déplacer ses œuvres dans le monde entier sans frais de douane, ce qui est loin d’être le cas au Maroc. Nous nous trouvons face à un vide juridique qui freine considérablement l’exportation de nos créations”.

Image de marque
Autre frein important, celui d’un marché de l’art parallèle. De plus en plus de vendeurs à la sauvette écoulent des faux Gharbaoui, Chaïbia ou Ben Allal et portent préjudice au travail des galeristes. Aïcha Amor souligne également la tendance de plusieurs artistes à vendre leurs travaux dans leur atelier en faussant la cote que tentent d’instaurer les maisons de vente aux enchères et les galeries dont le nombre augmente depuis près de trois ans. Face à ce phénomène Aïcha Amor demeure confiante : “Une ville comme Casablanca aurait besoin d’une dizaine d’espaces d’art professionnel. A Barcelone, New-York ou Paris il existe des rues pleines de galeries les unes à côté des autres. La concurrence a toujours été un excellent moteur pour niveler les choses vers le haut”. Des propos que renforcent l’artiste Safaa Erruas : “Les choses ont tendance à changer même s’il faudra attendre une dizaine d’année avant que les artistes, les acheteurs et les médias soient sensibilisés à un véritable marché de l’art”. Jusqu’à présent, ce marché draine essentiellement des hommes d’affaires considérant l’art comme une valeur refuges ou encore des fashion-victims soucieux d’acquérir la même toile que celle du voisin, image de marque oblige. Mais le foisonnement des galeries fait naître le goût de l’esthétisme. Quelques amoureux de l’art commencent à se manifester, en entamant des collections constituées à partir de coups de cœur et non pas pour assortir la couleur du canapé ou du tapis.

 
 
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