N° 378
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Réda Allali

Entendons-nous, les Marocains ne s’intéressent
qu’au foot. ça tombe bien, Zakaria Boualem aussi.

Nom : Boualem
Prénom : Zakaria
Né en 1976 à Guercif
Signe particulier : Marocain à tendance paranoïaque



Un jour, dans ces mêmes colonnes, Zakaria Boualem s’est publiquement moqué des chauffeurs de taxi. Un truc excessif, injuste, où il expliquait benoîtement leur souhaiter la prison collective sans procès. Il ne s’est rien passé. Il a également attaqué les policiers, qui n’ont pas réagi non plus. Il s’est abondamment foutu de la gueule des hommes politiques sans la moindre conséquence – il faut dire qu’ils en faisaient autant de leur côté depuis plusieurs siècles… En sept ans de chroniques, il a eu l’occasion de s’en prendre à l’enseignement public et privé, à nos chaînes nationales, à nos tribunaux, à nos hôpitaux, à des supermarchés et des compagnies aériennes, à des policiers, des gendarmes et autres moustaches louches, aux Marocains en général et à lui- même
en particulier. Sans même parler des arabes les pauvres.
Personne n’a réagi, personne n’a geint, personne ne s’est plaint, tout allait bien.
Jusqu’au jour où Zakaria Boualem s’est attaqué au Wac, que Dieu les assiste. Il faut préciser que l’attaque en question n’avait rien de bien brutal : juste un petit attrapage de terrasse de café, presque gentil. Un vrai signe d’amitié en fait. Et là, soudain, le téléphone se met à vibrer en continu, les protestations affluent : “ça ne se fait pas, quand même, hchouuuuuuma, c’est pas correct, il faut respecter ce club pour tout ce qu’il a apporté au foot marocain… Vous savez, sous le protectorat, blablablabla…”. Zakaria Boualem tire de cette expérience baroque trois conclusions. La première, c’est qu’il existe une nouvelle ligne – rouge bien sûr - à ne pas franchir dans la liberté d’expression. La seconde, c’est que les Wydadis devraient acheter, en plus de quelques milieux de terrain, un sens de l’humour pour la saison prochaine. Mais c’est la troisième conclusion qui est la plus captivante : les Marocains ne s’intéressent qu’au foot. ça tombe bien, Zakaria Boualem aussi. Cette chronique sera désormais consacrée exclusivement au ballon rond. Voilà, c’est dit.
Le patron de cet estimable magazine, qui lit ces lignes en même temps que vous, s’étouffe à moitié avec son café et sa tartine, il compose actuellement mon numéro pour me demander si je ne suis pas devenu fou.
En attendant, voici les considérations footballistiques de la semaine de Zakaria Boualem, rapidement s’il vous plaît ce téléphone qui sonne devient très énervant.
Premièrement, figurez-vous que le Real Madrid a acheté l’insupportable Cristiano Ronaldo pour un milliard de dirham. Cette somme, pour Zakaria Boualem, est abstraite. Elle correspond au salaire de cent ouvriers marocains pendant toute leur vie. Si tous les clubs de notre valeureuse Botola mettaient leur budget en commun, ils ne pourraient pas se payer plus d’une jambe de Ronaldo, ils ne pourraient donc plus faire de match, faute de joueurs. Il ne faut pas compter sur Zakaria Boualem pour encourager ce joueur ou applaudir à ses actions, il n’en a absolument pas besoin. Ce serait plutôt à Cristiano Ronaldo d’applaudir le public et de le soutenir, c’est lui qui a une vie misérable…
Sans transition, on enchaîne avec une information importante : la Corée du Nord vient de se qualifier à la Coupe du Monde. Figuraient également l’Iran et l’Arabie Saoudite dans leur groupe éliminatoire, aux forts relents d’axe du mal. Heureusement que Georges Bush est à la retraite, il aurait pu essayer de bombarder la FIFA.
Terminons en beauté en rendant hommage aux formidables footballeurs égyptiens, qui ont vaillamment tenu tête à l’équipe du Brésil. A égalité trois buts partout à quelques secondes de la fin du match, ils ont fini par céder sur un pénalty parfaitement justifié. Ces incorrigibles comédiens en ont aussitôt profité pour sortir leur panoplie vintage de simulations et de jérémiades ridicules, annihilant par leur comportement la belle image qu’ils avaient donnée pendant le match. Ils ont même poussé la farce jusqu’à poursuivre la FIFA en justice, alors que jamais une telle démarche n’a connu de succès. Vive le foot, et merci.

 
 
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